UK QUELQUES ROIS OU PRINCES ET DE L’E.HPERBUR
Il n’y a pas longtemps que le roi Feixlinand vint dans un monastère où j’étais, et il s’y trouvait tracé sur les murailles , en très-beaux caractères, les lettres suivantes :
Le roi s’arrêta et regarda ces lettres, réfléchissant à ce qu’elles
airs de leurs chants, et l’on sait aussi que le mouvement précipité de leura ailes produit un son très-bruyant, mais doux cl flùté. Voir à ce sujet des observations consignées dans \'llistoria nnimalium de Wolfang Franz, t. Il, p. 983 ; le passage esl curieux. Consultez aussi \e Némoire de .U. Mongez sur les cijgnesqui chantent (Paris, 1783, in-8"), et la dissertation de II. Morin, dans le recueil dcrAcadcmio des insciiptions. Pourquoi les ajgnes, gui chantuienl autrefois si bien, chautcnt-ils au]omi’hui si mal?
DK QCtLQLKS ROIS 01 PU1NCI.S ET DE l'eMPEREUR. 177
pouvaient signiüer. Son secrétaire lui dit alors : «Si Votre Majesté voulait me le permettre et ne pas avoir de déplaisir, je pense que je pourraislui indiquer la signitication de ces lettres. » Le roi le lui permit et promit de ne pas s’offenser. Alors le secrétairedit: vMentitur Nausea (qui étaitalorsévêquede Vienne); Menlitur Gallus (c'était le prédicateur de la cour) ; Mentiuntur Majores (les Franciscains), Minores (les frères Déchaux), Minotaurii (moines ainsi nommés et qui habitaient dans les Alpes); tous sont des menteurs. » Le roi se mordit les lèvres et passa outre. C'était une fort ingénieuse explication [que celle de ce secrétaire.
Lorsque Dieu eut châtié le prince Georges de Saxe, frère aîné du prince Henri, ce prince, voyant que tous ses enfants étaient morts avant lui, envoya vers son frère qui était alors à Freyberg, et lui fit dire que s'il voulait abjurer sa foi et se faire papiste , il le déclarerait héritier de tous ses États ; sinon, que son intention était d’en disjmser par testament en faveur de l’empereur et d’autres. A cela le prince Henri répondit et dit : « Par Marie (c’était son expression habituelle), plutôt que d’y consentir et de renier le Christ notre Sauveur , ma Catherine et moi nous prendrons chacun un bâton et nous irons mendier notre pain. » Il resta fidèle à la loi de Dieu, et, peu de temps après , par suite de la mort subite de son frère , il devint un grand et puissant prince, car il est très-certain que Dieu élève ceux qui l’bonorent et qui sont fidèles à sa parole.
Philippe, landgrave de Hesse, est un homme admirable. S’il abandonnait l’Évangile , il obtiendrait du pape et de l’empereur ce qu’il voudrait , mais Dieu l’a jusqu’ici maintenu dans la fermeté. Il a une tête hessoise et ne peut rester inactif. Il m'a mandé à Weimar, ainsi que Philippe Mélanchton, nous demandant notre avis au sujet des guerres qu’il projetait ; mais nous le dissuadâmes , autant que nous le pûmes , de ses projets ; nous
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tirâmes le meilleur parti de notre rhétorique et nous le supplié* mes de ne pas ternir l'Évangile et de ne pas troubler la paix de l'empire. Gela le vexa beaucoup et il devint fort rouge, quoique d'ailleurs il fût d'un esprit fort juste.
Il vint sous un défulsement misérable à la conférence de Mar* pui^ , en 1539 , de sorte que personne ne savait que c'était le landgrave; il avait alors de grands projets. Il demanda un jour conseil à Philippe Mélancbton, lui disant : «Cher Philippe, dois-je endurer que l'évêque de Mayence chasse mes prédicateurs de l'Évangile?» Philippe répondit : « Si la juridiction de ces endroits appartient à l'évêque, votre seigneurie ne peut lui résister. » Le landgrave lui répliqua : « Je reçois votre conseil , mais je ne le suivrai pas. » Vers cette époque , je demandai à Beiliierburg, l'un des confidents les plus intimes du landgrave, pourquoi il ne dissuadait pas le prince de ses stratagèmes. Il me répondit : « Nos avis ne servent de rien ; on ne peut le détourner d'une résolution qu'il a prise. Quand il se mit en campagne et qu'il voulut rétablir le prince de Wurtemberg dans ses États, chacun le supplia de ne pas attirer sur la Hesse une ruine complète. « Soyez tranquilles, dit-il , laissez-moi faire , je ne la ruinerai nullement. » Il lança contre un château 350 boulets et il le prit.
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En 1530, l'empereur Charles-Quint convoqua une diète à Augsbourg afin d'amener à fin toutes les diftlcultés relatives à la religion. Il essaya en même temps, par toutes sortes de ruses, de faire renoncer le prince Jean, électeur de Saxe , à la profession de l'Évangile; mais, dédaignant toutes les paroles flatteuses et les menaces , le prince ne voulut pas s'écarter, pas même de l'épaisseur d'un cheveu, de la véritable religion et de la parole de Dieu, quoiqu'il fût en butte aux dangers les plus imminents ; au contraire , il encouragea et anima les docteurs qu'il avait amenés avec lui à la diète, tels que Philippe Mélanchlon , Juste Jonas, George Spalatin et Jean Agricola, et il chargea les |)crsonnes de son conseil de dire à ces docteurs qu'ils n'avaient qu'à agir avec droiture pour la louange et l'honneur de Dieu, et qu'ils
DF. Qnr.i.QUES nois ou pi\iîcces f.t de i.’empf.reur. 179
ne s'inqiiiétassont ni de lui , ni de si‘s États , ni de son peuple. Ce prince resta fermement altaclié à la parole de Dieu , avec un courage admirable. S'il avait hésité, tout son conseil auniit cédé à l'instant et abandonné l'Évangile. Même, à cette époque, pour « apaiser la colère de l'empereur, ses conseillers étaient disposés à entrer en arrangement, à faire des concessions. Mais le prince leur recommanda à maintes reprises de ne point se préoccuper de ses intérêts terrestres , mais d'agir et d'écrire conformément à ce qui était juste et équitable en présence de Dieu. Il dit à l’un de ses conseillers intimes, Jean deMinkwitz : «Vous avez entendu mon père dire que se tenir ferme et droit à cheval, était le moyen d'emporter le prix à une course de bagues ; s’il en est ainsi pour une chose temporelle, jugez combien il est plus louable d’étre ferme et inébranlable dans la cause de Dieu! »
La constance admirable de ce prince est digne d’être It jamais conservée dans la mémoire et louée. Lorsqu’on lui fit savoir la détermination finale de l’empereur, il dit ; u Deux partis nous sont offerts , retfier Dieu, ou renoncer au monde. Que chacun considère ce qui est préférable. » Ce fut un vrai miracle et une grâce particulière de Dieu, de voir un seul prince résister avec tant de fermeté à tous les autres et à l’empereur lui-même. Cet électeur avait six pages qui restaient près de lui dans son appar- • tement, et durant six heures par jour ils lui faisaient la lecture de la Bible. En écoutant un sermon, il avait toujours des tablettes dans sa poche, et de sa propre main il écrivait ce que disait le prédicateur.
Le pflnce électeur de Saxe, Jean-Frédéric, m’a dit lui-même que le prince Jean (fils aîné du prince Georges de Saxe), étant près du moment de la mort, désira recevoir la communion sous les deux espèces. Lorsque son père en fut informé, il lui envoya un moine de l’ordre des augustins, pour lui donner des instructions au sujet du salut de son ême et pour lui conseiller de recevoir le sacrement sous une seule espèce, lui recommandant de dire à son fils qu’il était en relations Intimes avec Martin Luther. Pour faire que le prince le crût mieux, il dit que Luther
lui-même avait récemment conseillé à plusieurs personnes de recevoir la communion sous une seule espèce. Ce bon et vertueux jeune prince fut ainsi amené à ajouter foi aux faux renseignements que lui donna ce moine. Mais quand le prince, son père, vit que son fils était près de rendre le dernier soupir, il le consola en lui rappelant la doctrine de la justification par la foi en Jésus-Christ, et il le fit souvenir de ne penser qu'au Sauveur du monde et d’oublier entièrement ses propres œuvres et ses mérites, lui disant aussi de bannir de son cœur l’invocation des saints. Le fils ressentit une grande satisfaction dans sa conscience par suite des conseils de son père, et il lui demanda pourquoi il ne faisait pas prêcher dans tout le pays cette doctrine consolante. Le prince Georges lui répondit : « Mon cher enfant, nous devons parler ainsi aux mourants seulement, et non aux personnes qui sont bien portantes et pleines de vie. » Alors, ajouta le docteur Luther, je dis au prince électeur qu’il devait observer avec quel entêtement nos adversaires s’opposent à la vérité qu’ils reconnaissent. All)ert, évêque de Mayence, et le prince Georges savent et confessent que notre doctrine est la parole de Dieu, et cependant, comme elle ne vient pas du pape , ils la repoussent, mais leur propre conscience les abat et les terrasse ; aussi je ne les crains pas.
J’ai appris dernièrement qu’Henri VIII, roi d’Angleterre, a de nouveau abandonné l’Évangile, qu’il a commandé, sous peine de mort, à ses sujets de ne recevoir la communion que sous une seule espèce, et qu’il exige que les moines et religieuses accomplissent leurs vœux et ne vivent plus dans l’état de mariage , tandis qu’autrefois il avait enjoint tout le contraire. Gela réjouira les papistes et les mettra en gaieté. C’est un grand tort qu’à eu ce monarque , mais laissons-le faire. Il est toujours ce qu’il était jadis, ainsi que je l’ai dépeint dans mon premier livre. 11 trouvera à coup sûr qui le jugera : je n’ai jamais aimé sa détermination ; il voulait tuer le corps du ])ape, mais en conserver l’àme , c’est-à-dire la fausse doctrine.
ftK Ql^EI-QOES ROIS OÜ PHINCES ET DE I-’emPERECR. 181
Le 10 jnillel 1539 , le docteur Lnllier nuidit grâce à Dieu de ce qu’il avait délivré notre Eglise de ce pernicieux roi d’Angleterre , qui chercha avec beaucoup d’ardeur à se liguer avec les personnes de notre parti, mais qui ne fut pas accepté. C’est Dieu, sans doute, qui en a ainsi disposé, dans sa miséricordieuse providence , car ce roi a toujours été inconstant et indécis
On demanda au docteur Luther si sir Thomas Monts avait été exécuté pour la cause de l’Évangile ou non; il répondit « : nullement; c’était un cruel tyran *. Il était le premier conseiller du roi et il était fort savant; mais il a versé le sang d’un grand nombre de chrétiens innocents qui confessaient l’Evangile ; il les a tortiirésavec d’alTreux instruments de supplice, comme s’il était un bourreau. Il les examinait d’abord verbalement sous un arbre chargé de verdure, ensuite il les torturait cruellement en prison; eiilin, il s’est opposé à l’édit du roi et de tout le royaume. Il a été désobéissant et il a été puni.
■ Henri VIII avait commencé par écrire contre Luther un ouvrage célèbre ; Asseriio tepiem sacramenlorum, dont la première édition vil le jour à Londres en isai, et dont les réimpressions se multiplièrent rapidement ; une des plus remarquables est celle de Rome, isai , in-t»; on lit
sur le titre : Librum hune Anglia regis, fidei defensoris legentibus, de-
cem annorum et toiidem XL indiilgenlia, aposioUca aulhoritale, concesswn est, Luther répondit avec aigreur, Henri répliqua derechet. Le docteur saxon parle de son adversaire couronné avec une irrévérence diOicile é surpasser ; il soupçonne le roi do n’avoir tait que mettre son nom à un livre qui est l’oeuvre d’un gros cochon de thomiste (crassi porci Thomisia) , le pamphlet de Luther, écrit en quelques heures , parut i la fois en latin et en allemand : voici des échanlillons de cette polémique : « Si ce roi barbouille de sa flenie (schmierei sein dreck) la couronne de mon roi, devra-t-il s'étonner que j’én use de même pour son diadème , et que je lui dise qu’il est un menteur cl un coquin.... Il dit, sans perdre l'.aleine, tant d'injures amères et empoisonnées, que dans un a^cés de colère aucune p— n de la rue ne saurait engueuler comme lui {als keine offeiuliche zomige Hure schelien mag).
* Thomas Morus , le célèbre chancelier et l’auleur de \’Vlople, décapité en 1535. Luther se fait ici l’écho d’une calomnie longtemps répandue, mais i tort. Morus ne fut point persécuteur. Voir la remarquable notice de M. Nisard, dans le Dictionnaire de la Conversation. '
dSÎ PROPOS DF. TABLE DE MARTIN lUTHER.
Lorsque je vivais à Magdebourg , un prince d'Anhall se lit moine mendiant; ii aliait publiquement à travers la ville et il demandait l’aumône, et quoiqu’un autre grand et robuste fainéant vint avec lui, le prince portait toujours le sac; son but, en agissant ainsi , éuit de faire admirer son humilité. C’est ainsi qu’on SC jouait de nous du temps de la papauté. Cet exemple ne doit pas Mro oublié, quia est notahite.
L’empereur dit un jour ; « Mon frère fait grand cas d’Eck et de Faber et il a pour eux une grande estime. Quels défenseurs a en eux la docirine de Jésus-Christ ! l’un est ivre toute la journée, l'autre est un fou , un coureur de p-ns. » — C’était parler en prince sage.
Sudület I, qui a été durant quinze ans le secrétaire du pape, et qui était un homme instruit et habile, écrivit à Mélanchton, employant les expressions les plus amicales et usant de beaucoup de ruse et d’adresse à l’italienne ; il cherchait peut-être à l'attirer de son côté par l’oITéc d’un chapeau de cardinal, et il agissait sûrement par l’ordre du pape. Ce Sadolet a été fait cardinal à cause de sa dextérité et de son talent, mais il n’a nulle connaissance de l'Ecriture sainte; c’est ce qu’on voit bien clairement dans son commentaire sur le psaume li, où il met toutes sortes de choses inutiles et sottes. Ah ! bon Dieu ! que ton esprit nous dirige dans la droite voie!
' J.-icques Sadolei, l'un des écrivains les plus distingués qu’ait possédés l’Italie au .seizième siècle; il fut, avec Itembo, l'un des secrétaires de Léon X; nommé en uiT évéque de Carpenlras, il mourut i Rome en 1547, i rige de sohanle-dix ans. Son esprit de conciliation lui attira l’estime et l’atiacliemeiit de ses adversaires eux-roémes ; l’édition la plus complète de ses œuvres a vu lejour é Vérone, en I5î7, 4 vol. ln-4®.
bt UtËLOttS HUIS OU l’KINCËS ET UE l/LUlUtHEUH. 183
Le duc Françuis de Luiiebourg, souffrant à la jambe les douleurs les plus aiguës, dit , à ce que l'on assure , peu avant sa mort : « Tous ces tourments sont peu de chose en comparaison de ce «|ue méritent mes péchés; mais ne me rejetez pas , Seigneur, et ayez pitié de moi, en vue des mérites de votre Fils. » Il est très-rare que les princes s'expriment ainsi; ce sont des oiseaux qui sont rares dans le ciel.
Le docteur Luther dit que iorsqu'aprés la diète d'Augsbourg le cardinal Cauqiège entra, avec Ferdinand, dans la ville de Vienne, ou habilla eu cardinal un petit homme de bois, et, après lui avoir attaché au cou des iuduigences et le sceau du pape, on le mit sur un chien à la queue duquel on avait lié une vessie de porc pleine de pois. On donna la chasse à ce chien dans toutes les rues de la ville.
Pourrons-nous, sans craindre d'offenser Dieu , et eu buune conscience, nous défendre contre l’empereur, s’il entreprend do nous subjuguer? Cette question doit être portée devant les jurisconsultes, et non devant les théologiens.
Si l’empereur se met à nous faire la guerre, son intention est, ou de détruire notre religion et d’empècher nos prédications, ou bien de troubler et envahir l'économie et la police, c'est-à-dire l’administration temporelle et intérieure; s’il en est ainsi, ce n’est plus comme l’empereur des Romains, légalement élu, qu’il faut le regarder, mais comme un tyran. Il est donc complètement inutile de demander si nous pouvons combattre |>our la doctrine droite, pure, et pour la religion. C'est pour nous une loi et un devoir de combattre pour nos femmes et pour nos enfants, pour nos serviteurs et nos sujets ; oui, nous sommes tenus de les protéger contre un pouvoir malfaisant.
Si je vis, j'écrirai à tous les États du monde chrétien au sujet de la défense forcée; je montrerai que chacun est, obligé de défendre soi et les siens contre une puissance inique. D’almrd,
184 rnoros de table de vaktin lltiier.
l'euipcreur esl la tèle du corps daus lu royaume temporel, coi*i>s dont chaque sujet, chaque particulier est uu membre et une partie, et auquel le droit de la défense forcée revient comme à une personne civile et temporelle ; car, s’il ne se défend pas, il est de fait l'assassin de sa propre personne.
Secondement , l’empereur n’est pas le seul monarque ou le seul seigneur en Allemagne ; mais les princes électeurs sont, avec lui, les membres temporels de l’empire que chacun est tenu et obligé de protéger; le devoir de chaque prince est de veiller au bien de l’empire, d'y contribuer, et d'empécber tout ce qui pourrait lui nuire ou lui être préjudiciable. C’est surtout le devoir du chef principal, de l’empereur. Quoique les princes électeurs soient égaux en pouvoir à l’empereur, ils ne sont pas ses égaux en dignité et en prérogatives. Mais les princes électeurs et les autres princes de l’empire sont tenus de résister à l’empereur, en cas qu'il entreprenne quelque chose qui tende directement au détriment de l’empire ou qui soit contre Dieu et le droit légitime. De plus, si l’empereur entreprenait de déivoser un des princes électeurs, alors il les dépose tous, ce qui ne doit ni ne peut être permis.
Ainsi, avant de répondre formellement à cette question, si l’empereur peut déposer les princes électeurs ou s’ils peuvent déposer l’empereur, nous devons d’abord et nettement distinguer : un chrétien se compose de deux sortes de personnes, c’est-à-dire, une personne croyante ou spirituelle, et une personne civile ou temporelle. La personne spirituelle ou croyante doit tout souffrir et tout endurer; elle ne mange, ni ne boit; elle n’engendre pas d’enfants, elle n’a aucune part aux actions et aux faits temporels. Mais la personne civile et temporelle est sujette aux lois et aux droits temporels, elle est assujettie à l’obéissance; il faut qu’elle se protège et défende, elle et les siens, suivant ce que les lois et les droits demandent.
Par exemple, si un misérable essayait de faire violence à ma femme ou à ma tille, en ma présence, alors, vraiment, je mettrais de côté la personne spirituelle et je ferais usage de la temporelle ; je le lierais sur place ou j’appellerais au secours ; car, en l'absence des magistrats, et lorsqu’on ne peut avoir recours
DE QL'EMitES ROIS OL l'KINCES ET DE l’eMPEREER. 185
à eux, ulurs la lui du la naliuii esl dans la force et nous permet d'appeler le voisin à notre assistance; car le Christ et rKvangile n'abolissent pas les droits et les ordonnances temporelles, mais les conlirment.
Pour conclure, l’empereur n’est pas un monarque absolu qui gouverne seul et selon sa volonté, mais les princes électeurs sont ses égaux en pouvoir; il n'a donc pas le droit et l'autorité de faire seul des lois et des ordonnances ; il a encore bien moins le jmuvoir, le droit ou l’autorité de tirer l’épée pour subjuguer les sujets et les membres de l’empire sans la sanction de la loi ou sans le consentement de l’empire entier, ou à son insu. Ainsi, l’empereur Othon fit très-sagement en réglant qu’il y aurait sept princes électeurs qui, avec l’empereur et auprès de lui, dirigeraient et gouverneraient l’empire, et, sans cela, l’empire n’aurait jamais subsisté comme il l’a fait.
Enfin, nous devons savoir que lorsque l’empereur entend faire la guerre contre nous, il n’agit pas de lui-même et pour lui» mais bien dans les intérêts du pape auquel il a prêté serment d’obéissance, et il entreprend de défendre et d’appuyer la tyrannie et abominable idolâtrie du pape ; car le pajMî n’a nul égard |K)ur l’Évangile, et il veut seulement faire usage de l’emjæreur jK)ur défendre sa propre pui.ssance et conserver sa tyrannie. Nous ne devons pas, en pareille circonstance, rester dans le silence et dans l’inaction.
Mais quelqu’un peut présenter des objections et dire , (pioique David eût été choisi de Dieu pour être roi, et que Samuel l’eût sacré, il rie voulut pas cependant résister au roi Saül, ni mettre la main sur lui ; nous ne devons donc pas résister à l’empereur, etc. A cela jeréponds: David, à cette époque, n’avaitque la promesse de son royaume, il ne l’avait pas en sa possession, il n’était pas établi dans son gouvernement. Donc, en pareille cause, nous ne nous armons pas contre Saül, mais contre Absaloii, auquel David fit la guen’c, et le rebelle fut tué de la main de Joab. »
Je désirerais soutenir une controverse sur cette question : Pouvons-nous ou non résister à l’empereur? Quoique les jurisconsultes, suivant leurs notions des droits temporels et naturels, se prononcent pour l’affirmative , c'est une question qui présente (le bien graves difficultés pour nous théologiens, qui nous trouvons en présence de préceptes comme ceuxci : « Si l’on te frappe sur la joue droite, présente l’autre », et « Serviteurs, soyez soumis, en toute crainte, à vus maîtres, non-seulement lorsqu’ils sont doux et Imns, mais aussi lorsqu’ils sont rudes, etc. » (Saint Mathieu, ch. v, v. 39, et f» épllre de saint Pierre, ch. ii, v. 18.) Nous devons craindre d'agir contre la parole de Dieu. Mais nous sommes cependant certains d’une chose, c’est que les temps où nous vivons ne sont plus comme les temps des martyrs, lorstpie Dioclétien régnait et sévissait contre les chrétiens; il y a une autre espèce de gouvernement et de royaume. L’autorité et le |M)uvoir de l’empereur, sans les sept princes électeurs, est sans valeur. Les jurisconsultes ont écrit : « Il a quitté le glaive et il l’a remis Cn notre possession. Il n'a donc sur nous qu’un seul glaive, gladium petiforium; il doit le chercher près de nous et nous le demander lorsqu’il a l'iniention de luinir ; car, cn droit, il ne peut rien faire seul. Si son gouveruement était comme celui en vigueur au temps de Dioclétien, alors nous nous soumettrions volontiers à lui et nous souffririons »
J’espère que l’empereur ne nous fera i>as la guerre en faveur du pape; mais s’il joue le rôle d’un Arien, et s’il combat ouvertement contre la parole de Dieu, non comme un chrétien, mais comme un païen, alors nous ne sommes plus tenus de nous soumettre et de souffrir. C’est de la ceinture du pape, non de celle de l’empereur, que je détache l’épée, et il est évident que le pape ne doit être ni un tyran, ni un maître.
Le i3 novembre, le docteur Luther se rendit, avec Philippe Mélanclilon et C. Carlo witz, auprès des princes d’Anhalt. Etlors- ((u’il fut de retour, il lit le plus grand éloge de la science et du talent de ces princes, disant que, sous le rapport de la retenue
DE QUELQUES HOIS OU PKI’SCES ET LE l’EHI’EREUK. 187
cl de la dééence de l'aspect, ils étaient supérieurs à bien des vierges; qu'ils étaient furt habiles dans la langue latine, fort instruits dans la Bibie, et qu'ils étaient à même de l'emporter facilement sur tous les papistes. A table, il n'avait été question que de la parole de Dieu ; les pro|>os de ces princes étaient remplis de bienveillance et d'édification, et ils ne ]>ouvaient manquer d'obtenir les trésors célestes s'ils persistaient dans la doctrine de l'Evangile. Les trois frères, Jean, Georges et Joachim sont également recommandables. Voilà le fruit de la Ixinne éducation que donnent ries parents pieux et tidèles, qu'accompagne la bénédiction de Dieu. Prions pour r(ue ces princes résistent aux sollicitations des tyrans. Ils ont une grande puissance et de vastes domaines. Dans la partie de chasse qu'ils tirent ils prirent treize sangliers et deux cerfs, et dans une année ils ont pris quatorze cents chevreuils.
L'autre duc Wolfgang vit dans le célibat pour que la souveraineté leur réste. Le plus jeune parla en termes excellents de l’Ecriture sainte, disant : «Jésus-Christ est le seul prêtre pour l’éternité; ni Pierre, ni pape n’est digne de ce titre.» Citant ensuite un passage de saint Bernard qui dit que l’humilité est la route qui nous mène à Jésus-Christ, il ajouta, que se délier de soi et de ses forces, c’était la véritable humilité. lisent lu tous mes livres, ceux de Zuiiigle et ceux d’OEcolampade.
Le docteur Luther fit un grand éloge du landgrave, qui fait régner une grande securité dans un pays couvert de bois et de montagnes, où il y avait autrefois une foule de voleurs; il a détruit leurs repaires, et il a fait rendre à un voyageur 3,000 florins dont on l’avait dépouillé. Ayant réuni les seigneurs du pays, il leur dit : « Si je vous permets de résider dans mes Etats, c’est pour que vous protégiez le peuple , et non jwur que vous le dévalisiez. » Ce prince est belliqueux ; il est petit de taille, mais puissant et habile.
PROPOS UL TABLE bE MARTIN Lt'TlIER.
Louis, landgrave de liesse, ftil un insigne tyran et un brigand; il Unit par tomber au pouvoir de l'évèque de Magdebourg, et il fut enfermé dans la citadelle de Halle ; mais il s'échappa en sautant par une fenêtre, du haut du rocher, dans la Saale. Tandis qu'il faisait peser sur ses sujets une tyrannie affreuse, son cuisinier lui servit de la viande un vendredi, et comme il refusait d'y toucher, sa femme lui dit : » Vous craignez de commettre semblable iiéché , et vous ne reculez pas devant de bien plus grands crimes! » Elle fut enün obligée de s'enfuir, abandonnant ses enfants ; mais au moment de se séparer du plus jeune, elle le mordit à la joue dans un accès de tendresse maternelle, et elle s'évada , sc laissant glisser, comme par miracle , le long d'une montagne élevée. Ce prince étant mort enfin, ou le revêtit d'un habit monastique, et les seigneurs de sa cour, à l'aspect de son cadavre, disaient entre eux, par dérision : «Voyez comme ce moine observe pieusement la loi du silence! »
Le docteur Luther, étant à table, reçut des lettres du landgrave de Hesse, et les ayant lues, il dit : « Ce prince est fou ; il demande à l’empereur la i)erinission d’avoir doux femmes ; les papistes vont bien crier, mais ce sera à leur détriment. Notre cause est l)onne et notre vie irréprochable. Si le landgrave a péché, que son péché reste un objet de scandale. Nous avons souvent dit aux papistes de regaiaier la bonté de notre doctrine et l’innocence de notre conduite, et c’était une Imnue réponse à leur faire; mais ils ri’onl rien voulu contempler de pareil, aussi sont-ils obligés de regarder au derrière du Hessois '. Les im|>ies ne doivent point voir la gloire de Dieu, mais les scandales doivent les faire périr, parce qu’ils n’ont pas voulu écouter la parole de Dieu. Si nous sommes témoins de scandales, Jésus-Chris^ n’en a-t-il pas aussi soulTerl? Si le landgrave nous quitte, Jésus* Christ nous reste. »
' HeiiiO in ailum i/isi>icere.
UE QlELUt'ES KOlS OU HUNUKS ET I>E l’eMPEREUR. 189
Je crains beaucoup de scandales, ((ue de nouveaux et de plus grands suivront encore. Si je pouvais faire que ce qu’a fait rélecteur ue fiH pus, je m'estimerais bien heureux, mais il faut me contenter de remettre ces scandales dans les mains de Dieu ; il conservera dans son Église la concorde de la doctrine, l’unité de la foi et la sincérité de la profession. Se levant de table, d’un air fort sévère, le docteur Luther ajouta : «Je dissimulerai, à cause du diable et des papistes, la douleur que cela me cause ; Dieu mènera tout au mieux ; remettons-nous en à lui. »
La bigamie du landgrave de Hesse faisant grand bruit de plus en plus , le docteur Luther dit d’un air fort triste ; « Cet homme est étonnant; il a une étoile à lui ; je crois qu'il veut obtenir, par le moyen du pape et de l’empereur, l’accomplissement de ses souhaits. Peut-être cette affaire l’amènera-t-elle à s’éloigner de nous. » Le docteur Jonas répondit : « Beaucoup de gens le tiennent pour suspect et révoquent en doute sa constance. » Le docteur Luther repartit : « 11 est vraiment surprenant, mais jusqu’ici il a montré une grande constance à notre égard. Il a mieux aimé rester fidèle à l'Evangile qu’obtenir les bonnes grâces de l’empereur et du pape, qui lui auraient fait de grands avantages. 11 a une tète hessoise ; il ne peut rester tranquille. Il se jette dans beaucoup d’entreprises, il les mène à heureuse fin. Ce fut de sa part une grande audace de combattre les évêques , une plus grande de rétablir le prince de Wurtemberg, et de chasser le roi Ferdinand. Philippe (Mélanchton) et moi, nous le dissuadâmes, par notre rhétorique, de troubler la paix publique. »
Après que l’empereur Charles eut été élu , l’électeur de Saxe demanda à son conseiller, le seigneur Fabien de Feilitzsch, s’il trouvait à jiroiios que l’on eût élu pour eni|x;reur le roi d’Espagne. Cet homme prudent répondit : « Il convient qu’il y ait un vautour pour les corbeaux. » Il y a beaucoup de sagesse dans cette réponse.
190 PKUPUS ut TAULK UE MAHTIN LUTHER.
L'em|>ei'eur n’est i)as comme le roi de France, quî a nnc grande passion jX)ur les femmes. Lorsqu’il traversa la Franée, en t54i, après un lèstin splendide, il trouva dans son lit une noble et jeune iille que le roi de France y avait fait amener. L’emperèur la renvoya honorablement auprès de ses parents.
On montra au docteur Luther un écrit venant des banquiers Fugger d’Augsbourg, et formé de lettres d’une forme si bizarre, que personne ne pouvait les lire ; il dit ; « C’est une invention qui indique des hommes sages et prudents, mais c’est aussi l’indice d’une époque bien corrompue. Il est rapporté que Jules César faisait usage de pareilles lettres. On m'a assuré que l’empereUr ne se ile pas à ses secrétaires, et, dans les occasions les plus importantes, il les fait écrire de deUA manières qui se contredisent; Ils Ignorent ensuite quel est l’écrit auquel l’empereur met son sceau. »
Le roi Ferdinand, étant à Nuremberg, interrogea un des principaux magistrats de la ville sur la fayon dont ils s’y prenaient pour gouverner une si grande multitude. Le magistrat répondit ; « Sire, c'est par de bonnes paroles et des châtiments rigoureux. » Celle réponse fort sage venait d’un homme fort habile.
Un prince a dit : « Si j’étais à la place de l’empereur, je rassemblerais les théologiens les plus habiles des deux partis, papistes et luthériens, et je les ferais renfermer dans une maison bien gardée, en leur faisant donner à boire et à manger, et je les y tiendrais jusqu’à ce qu’ils se fussent mis d’accord sur les points de doctrine qu’ils débattent. Ensuite, je leur demanderais s’ils sont bien fermement convaincus de ce qu’ils vieuneul de décider et s’ils Sont prêts à sacrilléT leur Vie pour le défendre. Èt, lorequ’ils auraient âit oui , je ferais mettre le feu à la maison , aün <|u’ils bfdlâssent tèus. »
»B QUELQUES KO|S OU PRiMCES ET DE I.'eMPEREUR. itt
Les princes de Bavière sont remplis de fierté et de superbe , cl tellement ennemis de l'Aulriche, que l'empereur Maximilien dit un jour que si l’on versait dans un même vase du sang autrichien et du sang bavarois, plutôt que de rester ensemble , l’un des deux s’élancerait de lui-même hors du vase. La maison de Bavière voit avec peine la dignité impériale dévolue à l’Autriche, et elle se vante d’être du bois dont on fait les empereurs.
Il n’est pas de gens plus pauvres sur la terre que les princes, et plus dignes de compassion ; aussi notre Seigneur a-t-il dit , par l’organe de saint Paid : Orale pro illit qui in tublimiiatibut eonililuti tant.
Dieu se sert des rois, des princes et des grands seigneurs comme les enfants se servent d’un jeu de cartes. Quand ils jouent ils les tiennent dans leurs mains , ensuite ils les jettent dans un c lin de la chambre ou sous la table. C’est ainsi que Dieu en use avec les potentats.
Stic
Le docteur Martin Luther dit un jour : « Les princes ont à présent fort peu d’ordre dans l’administration de leur maison et dans leurs repas. A la cour de Salomon tout cela était parfaitement réglé; ce qu’il fallajt pour la consommation de chaque jour était présent d’avance, et le roi se rendait compte de chaque objet , ainsi que nous le montre ce passage du premier livre des Rois (ch. IV, v. 22) : « Les vivres de Salomon, chaque jour, « étalent trente cotes de fine farine et soixante cores d’autre « farine , dix boeufs gras, et vingt bœufs des pâturages et cent « moutons.» Aujourd’hui en un seul jour, quatre villes impériales dépensent en objets de luxe inutile et déréglé, en débauche, en repas de confréries, plus que Salomon ne dépensait en un mois dans tout son royaume.
PROPOS DK TABr.K DK MARTIN LUTHER.
DR l.’EXCOMHt'NICATION, DE LA PAROLE DI VI ME ET DE L'AUMOMB.
Le ministère de la parole appelle à la cène tous les pieux fidèles repentants de leurs péchés et les fait entrer dans le sein de l'Eglise de Jésus-Christ; de même, il rejette et excommunie les impies endurcis et scandaleux, et il les abandonne au jugement de Dieu, d'après la sentence de Jésus-Christ. Car Jésus-Christ a établi qu'il fallait avertir trois fois les pécheurs dont les scandales publics oITensent l'assemblée des fidèles, et s'ils ne s'amendent point, les fuir comme des païens et des pubücains. A nous, auxquels le Seigneur noire Dieu a donné rollico de prêcher l’Evangile, d'administrer les sacremenis, etc., il nous a été recommandé d’excommunier de la parole de Dieu , de ne pas admettre au baptême et à la cène du Seigneur ceux qui persévéreraient, contre leur conscience, dans leurs péchés. C'est pourquoi le gouverneur H. Metzeh a été excommunié à cause de son incontinence, et je ne veux point qu’il reçoive les sacrements dans nos églises, parce qu'il doit en être exclu jusqu'à ce qu'il se repente.
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On parla d'un citoyen qui était un athée et qui avait hautement confessé devant le sénat que depuis quinze ans il n'avait point participé à la cène. — Le docteur Luther dit ; « Nous l'avons assez condamné; après une double admonition, je le proclamerai publiquement excommunié, et qu'il ne faut le regarder que comme un chien; si quelqu'un veut alors avoir des rapports avec lui, qu’il le fasse à scs périls et risques. S'il meurt dans ses péchés, sans avoir fait une vraie pénitence, il doit être enseveli au cimelière comme une bête brute. »
Le 3 décembre 1536 , le docteur Luther parlait en gémissant de la privation où l’on serait à l’avenir de la parole de Dieu, et de
DE l’excommunication, DF. LA PAROLE DIVINE, ETC. 19S '
l’extrême tribulation qui affligerait les hommes, telle qu’il ne s’en serait jamais vu de pareille depuis la création du monde. Et il dit que cette horrible calamité était déjà à nos portes, puisque nos adversaires s’efforcent de tourmenter les consciences et d’étouffer la parole de Dieu. Cette sainte parole est le plus précieux de tous les biens et elle dépasse tous les trésors du monde. Celui qui en est privé souffre une faim véritable et spirituelle. Plaise à Dieu que pareil malheur ne tombe pas sur nous! il vaudrait mieux que nous fussions tous égorgés par les Turcs. Ah ! si j’étais un grand poi-te , comme je chanterais mélodieusement et magnifiquement les louanges de la parole divine , ainsi (|ue le fil Moïse {Deutéronome, chap. xxxm \ Car sans la parole, il n’est rien.
Nous devons faire une grande différence entre la parole de Dieu et la parole d’un homme. La parole d’un homme est un léger son qui vole dans l’air et qui s'évanouit presque aussitôt; mais la parole de Dieu est plus grande que le ciel et la terre, même que la mort et l’enfer, car elle est la puissance de Dieu et elle restera éternellement ; ainsi nous devons nous appliquer à étudier la parole de Dieu, et nous devons croire et savoir avec certitude que Dieu lui-méme nous parle.
Le docteur Erasmus Albert , étant prêt à partir pour la Marche de Brandebourg , demanda au docteur Luther comment il fallait prêcher devant le prince ; le docteur lui répondit : « Ce n’est pas aux princes , mais au peuple qui est grossier et simple que doivent s’adresser tes prédications. Si , dans les miennes , c’était Mélanchton et les autres docteurs que j’eusse en vue, je ne ferais rien qui vaille; je prêche tout simplement pour les ignorants, et cela est du goût de tous. Ce que je sais de latin, de grec et d’hébreu, je le réserve pour nos réunionsdesavants. Alors nous disons des choses si subtiles et si érudites, que Dieu lui-même en serait étonné. »
404 PROPOS DE TABLE DF. MABTIN LOTHER.
Je veillerai et ferai de mon mieux, avec l'aide de Dieu , pour qu'après ma mort une Église sincère et de bonnes écoles soient laissées à nos descendants, afin qu'ils sachent comment ils doivent être instruits et gouvernés chrétiennement et équitablement; mais la grande ingratitude des hommes, leur opiniâtreté et leur mépris de la parole de Dieu, me font craindre que la lumière ne se maintienne pas et n’éclaire pas longtemps.
Il ne peut arriver de plus grand malheur à un peuple chrétien que celui de voir la parole de Dieu lui être enlevée et être falsifiée de sorte qu’il ne l’a plus dans sa pureté et dans sa clarté. Dieu veuille que ni nous ni nos descendants ne soyons témoins d’une semblable calamité.
Lorsque la parole de Dieu nous est présentée dans sa pureté et sa clarté , nous devenons négligents , nous nous reposons dans une vaine sécurité, nous n’y faisons plus d’attention , nous pensons qu’il en .sera toujours de môme. Nous n’opposons pas la vigilance et la prière au diable qui est tout prêt à arracher de notre cœur la parole divine. Il on est de nous comme de voyageurs qui sont tranquilles et sans inquiétude tant qu’ils sont sur la bonne route, mais s’ils s’égarent dans des bois ou dans des chemins de traverse, ils se préoccupent alors du chemin qu’ils doivent suivre. C’est ainsi qu’aiiprès de la pure parole de Dieu , nous nous laissons aller à la sécurité ; nous nous endormons , nous ne nous maintenons pas dans la grâce de Dieu et nous ne sommes pas en garde contre le démon. Mais ceux qui embrassent l’erreur sont fort occupés, et ils se donnent beaucoup de peine pour la répandre.
Quand Dieu veut punir un royaume ou un peuple, il en relire d’abord les bons et pieux prédicateurs. Il le prive aussi des gouverneurs et conseillers sages, honnêtes et équitables. Il en retire les bons soldats, expérimentés et probes , ainsi qne tous les au-
ut L'tXCONMLNlCAïlUn, l>t LA PAKOLE UlVINt , ETC. 198
très gens de bien. Alors le peuple se réjouit; il se laisse aller au gré de ses volontés, il n’a plus de souci de la vérité et de la doctrine divine , il en vient même à la mépriser et il tombe dans l’aveuglement ; il n’a plus ni crainte , ni honnêteté ; il s’abandonne à toutes sortes de péchés honteux, d’où il s’ensuit une vie dissolue, sans frein et diabolique, comme celle, hélas! dont nous sommes témoins et que nous ne voyous que trop et qui île ))€ul longtemps durer. Je crains que la hache ne soit mise à la racine de l’arbre atin qu'il soit bientôt coupé. Que Dieu, dans sa miséricorde iniinie, nous relire de cc monde, alin que nous n’assistions pas à de semblables calamités!
Larémuuératioii que le monde donne maintenant à la doctrine de l’Evangile est la même que celle qu’il accorde à Jésus-Christ, la croix; c’est ce ((ue nous devons attendre, et rien autre. Celle année est l’année de l’ingratitude des hommes, mais celle qui va venir sera l’année de la colère de Dieu. Il faut que Dieu châtie, quoique ce soit contre .sa volonté et contre sa naturé; c^esl nous qui sommes la causé des chaiiinelils qu’il répandra.
Le docteur Luther dit un autre jour ; « Ah ! mon Dieu ! *(ue le monde est impie et ingrat, de mépriser et de perséeuter ainsi sa grâce ineffable ! Et nous-mêmes, qui nous vantons du l’Évangile et qui savons que c’est la parole de Dieu , qui la reconnaissons pour telle , nous avons aussi peu de respect et d’égard pour l’Évangile , ce grand et inestimable trésor, que nous en aurions pour un passage extrait de Virgile et de Térencc. Je suis moins effrayé du pape et des tyransque de notre ingratitude et de notre mépris pour la parole de Dieu ; voilà ce qui remettra le pape sur sa selle. Mais lorsque cela surviendra , j’espèriî que le jour du jugement suivra de près. »
19C F’KOrOS DE TABLE DE MAIlTi.N LlTUEil.
Nuus devons tuelli'e une giaiule dilTérence cuIih: la parole du Dieu ut la parole de riioiniue. La parole d'un hoinine est un petit sou qui vole dans l'air et qui s'évanouit bientôt; mais la parole de Dieu est plus grande que le ciel et la teire; elle est même plus grande ((iiu la mort et l’enfer, car elle fait partie de la puissance de Dieu et elle dure éternellement ; nous devons donc étudier avec assiduité la parole de Dieu , et nous devons savoir et croire avec conviction que Dieu lui-nième nous parle. C’est ce que David a vu et ce qu’il a cru , car il a dit : Dieu a parlé dans sa sainteté, c’est pourquoi je me réjouis. Nous devons donc être dans l'allégresse ; mais cette joie et cette satisfaction se trouvent souvent mêlées en nous de beaucoup de peines et de douleurs, ainsi que David en donna également l'exemple, car il a souffert beaucoup de tribulations et d’épreuves au sujet du meurtre et de l'adultère qu’il avait commis. Il n’était certes pas à la noce lorsqu'il était maudit et poursuivi d'un endroit à l’autre , afin qu'il pût rester et marcher dans la crainte de Dieu ; aussi dit-il dans le psaume ii : Sers le Seigneur avec crainte, et réjouis toi avec tremblement. Dieu nous donne toujours plus que nous ne demandons; lorsque nous lui demandons avec ferveur un morceau de pain , il nous donne un arpent entier de terre. Lorsque ma femme était malade , je priai Dieu d’épargner sa vie : non -seulement il m'accorda ce que je demandais , mais encore il nous a donné une bonne ferme à Zolsdorf et il nous a fait la grûce d'une récolte abondante. A celte époque, ma femme me dit : «Seigneur, comment se fait-il que les papistes prient si souvent avec beaucoup de véhémence, tandis que nous ap|>ortonstantde froideur et d'insouciance dans nos prières? «Je lui répondis: «Le diable presse et excite continuellement ses esclaves , de sorte qu’ils sont diligents et qu’ils prennent beaucoup de peine dans leur fausse dévotion ; mais nous, vraiment, nous sommes inattentifs et froids comme de la glace. »
Le docteur Luther s'entretint un soir au sujet de cette sentence : « Donnez, et il vous sera donné », et il dit : « C’est une
1)E L'tXCOHMli.MCAriU.V, Dt LA PAIîüLE VIVIKË , KÏC. 197
belle muxiulc, qui rend les iioiiniies riclius el puuvres; c'eslcellc qui maintient niu maison; je ne veux pas me vanter, mais je sais bien ce que je donne en une année. Si mon gracieux seigneur et maître { le prince électeur) donnait à un gentilhomme deux mille florins, cela suffirait à peine pour faire face , durant un au, aux frais de mon ménage, et je n'ai que trois cents florins de rente annuelle ; mais Dieu les bénit et fait qu’ils suffisent . «
Il y a en Autriche un monastère qui était autrefois trèsriche et qui resta riche aussi longtemps qu'il fut charitable envers les pauvres ; mais quand il cessa de donner, il tomba dans l'indigence, et il y est demeuré jusqu'à ce jour. Il advint, n’y a pas longtemps , qu’un pauvre vint à la porte de ce couvent et qu'il sollicita une aumône qui lui fut refusée ; il demanda pourquoi on refusait de le secourir i>our l’amour de Dieu ; le iKtrtier du monastère lui répondit : « Nous sommes tombés dans l'indigence » ; el le mendiant lui répliqua : « Voici la cause de votre pauvreté : vous avez eu jadis parmi vous deux frères, nommés Date (donnez) et Dabitur{\\ vous sera donné); vous avez expulsé l’un , l’autre s'en est allé clandestinement el de son plein gré. Le frère />afe étant absent, le frère Dabitur a presque immédiatement disparu. » — «Mes amis, ajouta le docteur Luther , celui qui a l'intention de posséder quelque chose , doit aussi donner ; une main libérale n'a jamais été vide ni pressée par le besoin. »
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Un soir le docteur Luther se promenait avec le docteur Jonas el il donna l’aumône à quelques pauvres ; le docteur donna aussi quelque chose elil dit : « Qui sait si Dieu me le rendra?» Luther lui ré jmndilen souriant : « Vous parlez comme si Dieu ne vous avait pas déjà donné ce que vous venez de donner aux (wuvres : il nous faut donner libéralement et de bon cœur. »
fROPOS ÜE TABLE UE MARTIR LUTUKB.