LUTHER DANS SON MÉNA6E
Le iO l'évriur I53S, maître Spalutin et maître Kberhard sou|>èrent avec le docteur Luther, et il badina avec son petit garçon Martin, et il dit ensuite : « Tel fut l'état de candeur et de simplicité, exempt de toute malice et de toute méchanceté, qui régna dans 1e paradis, rhomme |K)ssédant alors toute riunocencc (le l’enfance. Les jeux des enfants sont pleins de grâce; leui-s actions, dé|K)urvues de raison, oITrent un spectacle charmant. Nos enfants sont la source des amusements les plus vifs ; lors> (|u’ils veulent quelque chose, ils le veulent de toutes leurs forces, et ils ne sont point embarrassés pour trouver des excuses quand ils sont en faute, comme lit Nicolas le Niais, qui Ot ses ordures dans les bottes des grands seigneurs chex le conseiller Pfeffiuger, et qui se justitia en disant que sa grand'mère en avait fait autant. »
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Le petit Jean Luther, étant à table, prit part à la conversation qui roulait sur les choses du ciel, et il dit qu'il voudrait bien aller en paradis, parce qu'on s'y livre à un contentement extrême, en mangeant, en sautant et en y goûtant toute sorte d'allégresse, et parce qu’il y coule un fleuve de lait et qu’il y a des arbres chargés des plus beaux fruits. Et le docteur Luther dit : « Cet âge est le plus heureux de tous ; l'on n'y a nul souci politique, l’on n’aperçoit pas les fléaux de l’Eglise, l’on n’éprouve j)oinl la crainte de la mort et de l’enfer, l’on n’a que des pensées pures. » Jouant ensuite avec sa petite fille Madeleine , il lui dit : «Madeleine, qu’est-ce que te donnera Jésus-Christ? Et il ajouta : « Les enfants ont de Dieu les idées les plus pures, parce que c’est leur père céleste qui les leur envoie. » Sa femme lui apporta ensuite son petit Martin, et il dit : « J'aurais voulu mourir à l’âge qu’a cet enfant. » Et comme il embrassait .son petit garçon, celui-ci le salit, et le docteur dit :(( L ue mère souftre oien la puanteur de son nouveau-né, et Dieu siqiporte ccdle de nos murmures et de nos blasphèmes, qui est bien plus grande. »
LlTUEIt UA>8 SUN MÉNAGE.
La femme du docteur Luther l'iinportuiiait uu jour par son caquet; il lui dit : « Est-ce qu'a vaut de prêcher tu as eu le soin de réciter l'Oraison dominicale? Si lu l'avais fait, Dieu t'aurait défendu de prêcher *. »
Le docteur Luther avait écrit avec de la craie sur la.muraille <|ui se tmuvail derrière le poêle de sa chambre cette sentence
‘ bisous ici quelques mots de l'épouse et dus desceiidanls du réformateur.
Catherine de Uora, issue d une famille noble, mais pauvre, était née un 1499. A vingt-deux ans scs parents l.i mirent dans un couvent de Uernardines ; elle ne larda point à s’échapper , elle s’enfuit à Wittemberg; clic devint, le M juin I52â, l'epouse de Luther. Il parait qu’elle n’avail guère d’autre beauté qu'un teint frais et blanc; joue < larges, œil dénué du vie, traits sans distinction.il reste d'uile deux portraits peints en 1326 et en 1528, par Cranach. b'un esprit borné , bavarde , avare , Catburinc acquit un grand empire sur son époux; l’attaehemcnt (|u’il cul pour elle se peint dans sa correspondance sous dus traits na'ifs et graves. « Catherine, le plus grand bonheur, c'est d’a'oir des eiifi nts d'un iiomme qu’on aime. — ru es la femme d'un homme pieux; tu es plus grande et plus glorieuse que l'impératrice. »
l.’arlillerie des painpliluts et des railleries des ennemis du docteur tonna contre lu nouvuau ménagé; uu vois, eu prose, on le voua an ridicule ; Conrad Collin publiait un écrit sur la noce du chien {die Uunds-Uoditeil) de Martin Luther; Jean .Vasemberg s'amusait à trouver des points de similitude entre lu roi David et rex-moine (Uie carmlHu lu.til — lu cij~ thara ; iii nonnn ludii et ille ma). Itempon composait un épithalame moqueur dont nous citons quelques vers d après M. Audio, qui représentent Callicriue sautant, piroueitant, bondissant comme une chèvre que l'on vient de mettre en liberté; tandis que Luther, retardé par le poids d’un abdomen majestueux, ne peut suivre les mouvements de l'agile danseuse.
Atque levi sura glomcrabat ovantia crura,
.More caprœ bruiæ, vitula;(iue a funesoluia’,
Mu’tiplicans iniros iascivo poplité gyros ;
Lutherus fessus, ventris pinguedine pressus,
Non poturat tantas in saltum tollere plantas
Les adversaires de Luther ont aOiimé que Catherine était enceinte lors de la célébration du mariage ; Erasme, Faber, Odoric liay nuid et bien d'autres ont répété cette assertion que les refurmés ont combattue de leur mieux. Force pamphlets ont plaidé à cet égard le pour et le contre. Après un examen impartial et atlcuiif des témoignages cl des arguments
2(X) PKUrUS ut TAULE UE MAKTi.N LtlIIEU.
uxli'uitti lie sailli Luc (cliap. xvi , v. 10) : « Qui csl (itlélc en de pelilos choses, il esl aussi lidèle ou do grandes choses, et qui esl injuste en peu de choses, il esl aussi injuste en do grandes choses » Il montra un jour une image de l'enfanl Jésus attachée à la muraille, et il dit : « I.e petit enfant Jésus repose encore dans les bras de sa mère; il se livre au sommeil, niais plus tard il se réveillera, et nous aurons à lui rendre compte de ce cpie nous aurons fait. »
Le docteur Luther dit un jour : « Si j'avais voulu, il y a de ceci treize ans, faire l’amour, j’aurais épousé Anne Schoufeldin * ; elle esl aujourd'hui la femme du docteur Basilius, le médecin do Prusse. Alors je n’aimais pas ma Catherine, je cixiyais qu’elle était hautaine et pleine de fierté ; mais la volonté de Dieu s’est accomplie ; Dieu a jugé bon que j’eusse pitié de Kétha ; cela m’a fort bien réussi et j’ai de grandes actions de grâces à rendre à
ciuployés de part et d’autre, ou ne peut ni absoudre ni coiidamcr Catherine. Le doute seul est permis. Quoi qu'ii en soit, après la mort de Luther, sa veuve tomba dans la plus extrême détresse; elle était réduite à mendier quelques aumônes auprès des princes qui avaient embrassé la réfurme ; ils furent bien durs puur elle ; le roi de Oanemarck, seul, fit une fois passer un faible secours. Ellemourut aTorgau le 20 décembrc 1553. Suivant le Coiwersalions-Lexicon, la famille du réformateur s’est éteinte en 1T59 par le décès de Martin Goltlob Luther, a; ocat à Dresde. Suivant llaur, le dernier rejeton de cette famille, dans la branche masculine, a été Jean-Martin Luther, chanoine de Zeitz, mort en I756. D’antre part, les journaux d'Allemagne ont annoncé que Joseph-Charles Luther, descendant du célèbre Martin, est mort en Bohême en I837, après être retourné au catholicisme. Ajoutons que le professeur Bcrte vient de publier (décembre if)A3) à Halle une histoire de Catherine de Bora.
‘ Luther, donnant un exemple qui devait trouver un imitateur en Montaigne, avait multiplié sur les parois de sa chambre des sentences extraites de divers poètes ou philosophes, ainsi que de la Bible. On y voyait ce vers d'Homère : «Qui veille sur les destinées d’un peuple, ne doit plus dormir toute la nuit », et surtout un adage que le réformateur aimait au point qu’il avait voulu le voir brodé sur les manches de ses serviteurs : Verbtun Domini tnanel tu œiernian.
' Elle avait été religieuse dans le mémo couvent que Catherine de Bora ; elles s'enfuirent un jour avec sept de leurs compagnes.
’ Donnons encore un échantillon des aménités dont les adversaires de
LVTHbR OA.NS SON MÉNAGE.
Dieu. Sije m'étais trouve alteinld'unenialadiemurtelle et subite, j'aurais voulu, pour rendre honneurau mariage, faire venir auprès de mon lit de mort une pieuse jeune fille ; je l'aurais prise pour femme, et je lui aurais donné deux gobelets d'argent pour don nuptial et présent du matin. »
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Le docteur Luther assista à la noce du la tille de Jean Lufl't '. Quand le souper fut achevé, il mena la mariée au lit, et il dit à l’époux : «Tu te conformeras à l’usage ordinaire en étant le maître au logis, loi’sque ta femme n'y sera pas.» Il ôta ensuite un des souliers du marié, et il le jeta sur le ciel du lit en disant : a Voilà le signe de la prise de ta domination. »
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Un jour, la petite fille du docteur, Magdeleine, fut amenée à table afin qu'elle chantât à son cousin le chant qui commence l»ar ces paroles : « Le pape implore l’empereur et les rois, etc. » Elle refusa opiniàlrément de le faire, quoique sa mère l’en priât beaucoup. Alors le docteur Luther dit : « La force n'obtient jamais rien qui vaille. Toutes les oeuvres que prescrit la loi ne produisent rien de bon si la grâce manque. »
Luther remplisient leurs écrits lorsqu'ils font mention de son mariage : U 11 fist sa femme de cette Catherine après qu'elle eut esté, durant deux ans, vivant i Wiltemberg, vagabonde parmi les escoliers comme l’asiiessc de liiérusalem. Avant ses nopces ayant requis un seigneur de lui envoyer de la venaison, il lui envoya un asne escorebé et mis par pièces dans un vaisseau, au fond duquel on avoitmys les oreilles et les ongles des piedz. (Taillepied, ViedeLuiherA »
' L'imprimeur habituel (les écrits de Luther. Il s'enrichit à vendre les ouvrages du docteur Martin, qui abandonnait toujours ses livres é son éditeur sans lui demander aucune rémunération. Luther s'est plaint i diverses reprises decc(|ue Lutft lui envoyait des épreuves criblées de fautes, de ce qu'il négligeait de faire effectuer les corrections indiquées. — « Papier, caractères, tout ce qu’il emploie pour moi est exécrable. Il se nomme Jean, et, toute sa vie, il sera un véritable Jean. ^
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iUi 1-HUI>U8 UK TABLE UK HiAUTlN LUTlltn.
L6 docteur Luther dit un jour : « Je voudrais qoo nos adversaireBf les ennemis de la parole de Dieu, me tuassent ; ma mort serait pour l'Eglise d'un plus grand proGt que ma vie »
La femme du docteur Luther lisait les psaumes, et elle dit qu'il y en avait qu'elle ne pouvait nullement comprendre ; le docteur essaya de lui expliquer ce dont elle était embarrassée ; il dit ensuite : «Il y a des passages dont nous sommes, tout aussi bien que des oies, hors d'état de saisir le sens. »
Il faut que j'aié de la |>atience avec ma femme Catherine, avec le pape, avec les princes, avec mes disciples, avec mes adversairest avec tous ceux qui m'entourent. Ma vie n'est qu'une |latieuce continuelle. Je suis comme l'homme dont parle le prophète Isaie, et dont la force réside dans sa patience et dans son esim-* rauee, mais il faut savoir souffrir ; un arbre supporte bien une mauvaise branche, et le ventre se résigne à se vider parfois |)éniblemenl *.
Le docteur Luther dit un jour: «J'hi chez mol trois vierges en âge de se marier, et cependant chacune d’elles mourrait des
‘ Ce voeu rappelle des passages analogues épars dans les œuvres de Luther et que XI. .Uicheleln’a point laissés ëch.ippcr; «Plaise à Dieu que nous soyons dignes u’Ctre brûlés ou égorgés par le pape! — Si j’éiais tué par les papistes, ma mort protégerait nos descendants, et ces bêtes féroces en se' raient peut-être plus cruellement punies que Je ne voudrais moi-méme, car il y a quelt^'uii qui dira un jour : où est ton frère Abel ? et celui-là les marquera su front, et ils erreront par toute la terre. — Si j'étais tué dans une êOieute papiste, j’etnniéncrais avëc moi tant de prêtres, de moines et d'évêqüts, que Ghacun dlrtll: « Criait un grand docteur que Martin Luther, bien au-dessus de lousêvéques moines et prêtres; aussi faut-il qu'à aon enterrement ils marchent à sa suite, étendus sur le dos. ••
’ Kinetn schu'eren dreck.
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suites de Tunion charnelle t, tandis que Catherine se laisse engrosser par moi. Ah ! mon Dieu ! que le monde a déehu depuis que les lois civiles ont etc promulguées! Alors une fille était regardée, à douze ans, comme nuhjle; un adolescent, à quatorze ans comme pubère. Maintenant, ils n'offrent, à cet âge, qu’une extrême débilité ; la vigueur de la race humaine s'en va, le monde approche de sa lin. »
I,e l'f janvier 1539, le docteur Luther souhaita une heureuse année à tous ceux qui habitaient avec lui, et il fit des présents à tous les domestiques et aux servantes, jusqu’à la valeur de deux tbalcrs, et il les exhorta tous à être obéissants et fidèles. Il dit ensuite en soupirant ; « Ah ! quelle est l’abomination et l’impiété du monde, qui provoque de plus on plus la colère de Dieu et qui l’offense si grièvement ! Il est impossible qu’il n’en résulte pas d’extrêmes calamités, et les merveilles dont nous sommes témoins nous les annoncent, ainsi que l’Écriture sainte et la voix de notre conscience. Heureux qu| se rcpent, se confie dans le Seigneur et chérit la parole de Dieu ; tout lui tournera à bien.»
Le docteur Luther dit à table que sa femme lui faisait souvent des questions dans le geijfe de celles-ci : « La ville de Rome estelle plus grande que Witlemberg ? Le roi de France est-il plus riche que l’Empereur? » et qu’un jour qu’elle ne savait que lui demander, elle avait voulu savoir si le grand-maître de l’ordre teutonique de Prusse n’était pas le frère du margrave?.
' Una illarum propier coiiim moreretnr. M. Audio recule devant la crudité du texte original ; il écrit : « Ces pauvres fleurs seraient mortes li j'avais voulu les cueillir. » Mais Luther n’était guère habitué d jeter sur ses idées le voile transparent des fleurs de rhétorique ; ne lui prétei pas, tant qu'il est à table, un langage que n'aiiraient point désavoué Dorai cl Marmontel.
* C'était un seul et même personnage.
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f.e 7 novembre , le docteur Luther dit ; « J’ai de grandes actions de grâces à rendre à Dieu, car il a bien voulu m’envoyer une compagne sage et pieuse, et sur laquelle le cœur d’un homme peut se reposer, ainsi que l’a dit Salomon, dans le livre des Proverbes (chap. xxxi, v. 11) : « Le cœur de son mari s’assure en elle, et il ne manquera point de dépouilles. »
Le (0 octobre 1538, il fut question de maître F., qui, dans un de ses discours, s’était témérairement élevé contre les femmes ; et la femme du docteur F.uther était présente, ainsi que celle du ilneteiir Pomeranus et la dame de Sednitz, et elles s’emportèrent vivement contre l’orateur. Le docteur Luther fit mine de le dt^ fendre, disant qu’il s'était exprimé, non pas d’une manière sérieuse, mais par façon de parler, et que, s’il avait dit : « Toutes les femmes sont infidèle.s » , tonies signifiait seulement un trèr-grand nombre; le docteur Pomeranus se fâcha et prit parti avec les femmes contre le docteur Luther, qui dit que souvent une plaisanterie pouvait avoir des suites sérieuses.
En 1538, le jour de la fête de saint Burcard, le docteur Luther raconta l’histoire d’un sale cuisinier, ^rnommé le Badin, lequel souilla de ses cxcilêments un morceau de viande. Il dit ensuite : « C’est un homme malheureux et bien contrarié que celui dont la femme ou la servante ne sait faire la cuisine ; c’est une malédiction domestique dont il résulte beaucoup de maux. »
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En 1519 , il arriva à Wiltemberg un étranger, et le docteur Lutherie reçut cordialement en lui donnant la main, et celui-cilui dit: «Je m’étonne, maître, que vous receviez ainsi des inconnus; il Ipiir serait bien facile de vous tuer, se trouvant seuls avec vous, comme je suis en ce moment, » — Le docteur répondit : « Il leur serait alors difficile d’échapper eux-mêmes à la mort. »