‹ Les propos de table de M. LutherChapitre 25 sur 62 · LUTHF.R DANS SON MÉNAGE. SOS · texte numérisé non relu

LUTHF.R DANS SON MÉNAGE. SOS

El l'étranger répondit ; « S'il en advenait ainsi, le pape les mettrait au catalogue des saints, et vous inscrirait sur celui des hérétiques. »

On reçut des lettres qui annonçaient qu'il devait venir de Pologne un émissaire auquel on avait promis quatre mille florins s'il réussissait à empoisonner le docteur l.uther. Il vint en effet un savant Polonais, homme vieux et grave, très-versé dans diverses langues, astrologue fort habile, et pour lequel Philippe Mélanchton même montra une grande admiration. Mais Dieu veilla sur Luther; et ce Polonais venait souvent chez le docteur sans y être appelé, et il voulait jouer avec lui aux échecs ; mais ses ruses étaient déjouées. Voyant qu'on le regardait avec beaucoup de défiance, il s'enfuit clandestinement. Use rendit chez le landgrave, mais ce prince dit : « Que l’on chasse ce brigand ; il voulait empoisonner Luther. » — « Je crois, dit le docteur Martin, que ce n’est pas la seule fois que Dieu m’a préservé du poison ; on a souvent voulu se défaire ainsi de moi. » Quelqu'un dit à Anvers au cardinal Alexandre : « Pourquoi ne corrompezvous pas ce moine avec de l’argent? » Il répondit : « Cette bète ne veut pas accepter d'argent.» On saisit dans le temps des lettres du pape, qui écrivait à Fugger ■ de me compter trois cents florins, pourvu que je voulusse garder le silence. Je dois m’enorgueillir de ce que Satan montre une inimitié aussi décidée à mon égard ; je suis fier d’avoir un ennemi aussi imposant. Je suis le fils d’un paysan , mais je suis docteur en Écriture sainte, je

‘ Les Fugf;er d’Augsbourg , les banquierseles plus célèbres de l’époque. On a prétendu que Gtiarles-Quinl teur ayant, dans un de ses voyages , fait l'honneur de loger chez eux, ils firent déposer dans la cheminée de la chambre de l’empereur un fagot de cannelle, denrée alors du plus haut prix, et qu’ils y mirent le feu avec une obligation que leur avait souscrite Sa Majesté pour une très-forte somme reçue d’eux. Anecdote souvent ré‘ pétée, mais d’une authenticité bien douteuse. Il existe un beau recueil de portraits des membres de cette famille de Grés us ; Fuggerorum et Fuggeraritm imagines; Aug.Mnd. , I59t; 1620. Quelques catalogograpbes peu exacts ont cru qu’il s’agissait de fougères, et ils ont rangé cet ouvrage parmi les livres de botanique.

tOH PROPOS DE TABl.F< OR MiRTIK i.I’TIIF.R.

suis le grand antagoniste du pape ; il n'est pus étonnant que |o pape me déteste; mais sa haine n’est pas fondée sur de justes raisons. »

Le 2 juillet 1539,1c docteur I.ulher reçut une lettre anonyme, par laquelle on lui marquait de se tenir sur ses gardes, car l’on avait promis de grosses sommes à des scélérats pour le tuer, ainsi qu’A. Spalatin. Le docteur dit : « Dieu est mon protecteur, et je suis sans crainte. Ce n’est pas seulement l’Ecriture et la foi, mais encore l’expérience qui me montrent que le Seigneur veille sur nous. Il m’a délivré des plus grands périls, je continuerai donc à me fier h lui. »

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l,a femme du docteur Luther dit un jour qu’il ne lui restait que trois vases de bière, et le docteur dit : « De ces trois. Dieu peut en faire quatre, si telle est sa volonté. Je sais vivre de peu ; je suis né de parents pauvres ; mon père exerçait la profession de mineur et il étaitdans l’indigence ; ma mère portait sursondosé la maison tout le bois dont il était besoin. Je suis plus riche quêtons les théologiens papistes dans le monde entier : j’ai une femme et six enfants que Dieu m’a donnés, et les papistes sont indignes de posséder un pareil trésor. Je me suis marié le 12 juin 1523; mon fils aîné, Jean, est né le 7 juin 1326 ; Elisabeth, eu 1527 ; Magdeleine, en 1530, la veille de l’Ascension; Martin, le 7 novembre 1531; Paul, le 28 janvier 1533; Marguerite, en 1531. Je confie à Dieu ce que j'ai reçu de lui. »

Le 38 janvier 1533, à la première heure de la nuit, naquit le sixième enfant du docteur Luther ; il eut pour parrain le très-illustre duc Jean -Ernest, pour marraine la femme de Gaspard Lindemann ; il fut baptisé dans la citadelle et nommé Paul. Après la cérémonie, ceux qui y avaient assisté se mirent à table

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uvec If docteur, et je les servis*; ils causèrent avec beaucuiipde cordialité, et le docteiirdll, entre autres choses ; « J'al vouluquu mon flis fiU nommé Paul, car le docteur Paul a bien mérité par ses actions et par ses discours que mon fils i>ortât son nom. Dieu veuille que cet enfant ait les talents et les qualités de Paul! »

Le 0 septembre 153H, les enfants du docteur Luther étaient devant la table, regardant avec admiration des pèches, et le docteur dit : « Si quelqu'un veut voir l'image de la satisfaction unie à l'espérance, qu'il regarde ces enfants; plût à Dieu que nous pussions considérer le dernier jour avec autant de joie et d’espoir! » Il expliqua ensuite les vertus des pèches, qui sont un fruit excellent. Adam et Ève avaient certainement des fruits bien plus beaux que les nôtres; toutes les créatures ont dégénéré d'une façon extraordinaire par suite du péché originel. Le serpent était Jadis un animai superbe, il mangeait sans crainte dans les mains d’Ève ; mais après avoir été maudit il a perdu ses pieds, et a été foivé de manger de la terre. C’est parce que le serpent était le plus beau de tous les animaux que Satan le choisit pour accomplir scs artifices, carie diable goûte fort la l>eauté,et leschoses qui attirent l’homme ad péché ont besoin d’ètre belles. Ce n’est pas Un niais qui provoque h l'hérésie, ni une servante difforme au libertinage, ni l’eau à fivroguerie, ni les haillons à la vanité; pour conduire à ces vices, il faut une langue subtile, une p-n de grande beauté, du vin excellent, des vêtements de soie. Adam et Éve étaient d’une extrême beauté et exempts de concupiscence, mais leurs corps perdirent leur supériorité. Leurs yeux distinguaient les objets à plusieurs milles de distance, leurs oreilles saisissaient le moindre son. Adam se serait approché d’Éve dans des vues pures, sans souillure et sans désirs corrompus; elle n’aurait éprouvé ni incommodité, ni douleur pendant la grossesse et l’accouchenieut. Considérez les corps des enfants, ils sont plus purs, plus nets, mieux formés <iue ceux des per-

■ c’est Auriraber qui raconté ici ce dont il tut témoin auriculaire.

sonnes âgées, parce que les enfants se rapprochent de l'étal d'innocence où était Adam avant sa chute ; leurs déjections ne sentent pas aussi mauvais que celles des vieillards Dans notre triste condition, nous n’avons j^ur nous consoler que l’allente d’une autre vie. La majeure partie de l’espèce humaine meurt avant qu’elie arrive à l’àge de raison, et cette grande mortalité doit nous faire songer à la résurrection des morts qui amènera un autre ciel et une autre terre ; la raison ne peut pas elle-même se rendre compte de cetarlicle de foi, car toutes les œuvres de Dieu sont contraires à la raison Bref, Dieu est incompréhensible dans ses créatures; il ne répond pas à ce que nous voudrions, parce qu’il n’observe pas la loi de notre géométrie. Il a mis un égout au milieu de la face de l’homme ; moi, j’aurais posé un seul œil au milieu du front, et j’aurais placé une oreille d’un cèté de la tète et le nez de l’autre côté. Mais Dieu en a agi autrement; il peut former avec de la boue et de la poussière les créatures les plus admirables, et il a donné des yeux admirables aux moindres animaux.

Un soir, le docteur Luther vit un oiseau qui s’était posé sur un arbre afin d’y passer la nuit, et il dit : « Cet oiseau a déjà trouvé son souper tout préparé, et il va passer la nuit sans avoir nul souci du lendemain et sans posséder de domicile; mais, comme l’a dit David, il habite dans la protection du Dieu du ciel. Si la chute d’Adam n’avait pas tout corrompu, quelle admirable et divine créature que l’homme ! de quelle science et de quelle sagesse eût-il été doué ! il aurait vécu dans un bonheur immense, exempt de toute calamité, et il aurait quitté son enveloppe terrestre sans éprouver aucune des angoisses de la mort. »

' .Vo» aileo male olet, sicul tnerda senum.

' Omnla Dei opéra raiioni siuil contraria.

l.tTHEII DANS SON MÉNAGK. 209

Lti docltiur Lulher, lunaul une rose, l'aduiirait comme un inagnilique ouvrage de la main de Dieu , et il dit : « Si un homme avait le pouvoir de faire une seule rose comme celle-ci, il serait digne des plus grands éloges ; mais les dons de Dieu perdent leur prix à nos yeux, parce qu’ils sont très- multipliés. Voyez comme Dieu donne aux parents des enfants qui leur ressemblent. Un paysan a souvent trois ou quatre fils qui reproduisent son image comme s'ils étaient tombés de ses yeux. Les païens regardaient comme une chose bien digne d’attention, que les enfants ressemblaient à leurs pères. C’est ainsi que Didon dit à Énée :

« Shnihi parvulus Æneas luderel in aula.

Qui to tanlum ore referret.»

Parmi leurs malédictions, les Grecs n’avaient point oublié de désirer aux parents des enfants qui ne leur ressemblassent pas.

Le docteur Luther goûtait un jour son vin, le conservant pour un repas de noces, afin qu’il inspirât l’allégresse aux convives, ainsi que l’a dit l’Écriture ; le pain confirme le cœur de l’homme, le vin le réjouit. Il dit ensuite que c’était une grande merveille de voir comment la terre était creusée par des courants d’eau qui y entretiennent la fertilUé. La neige, la pluie, la rosée entretiennent cette distribution des eaux, et une couche de neige recouvre sans cesse les monts les plus élevés qui atteignent la région moyenne de l’air, qui est inhabitable à toute créature, si ce n’est au diable. »

Le docteur L.uther demanda un jour à sa femme si elle croyait être sainte. Elle lui répondit avec beaucoup d’étonnement : « Comment puis-je être sainte, moi qui sqis une si grande pécheresse! » Le docteur dit alors : «Voyez l’abomination de la doctrine papale ; comme elle a blessé les cœurs et préoccupé toutes les consciences ; l’on n’est plus capable de rien voir, si ce n’est la piété et la sainteté personnelle et extérieure des œuvres

210 l’RUPOS DE TABLE VE MARTIN' LUTHER.

que l'boiuiue même fait pour soi. » El se retournant vers Catherine, il lui dit : « Si lu crois que tu as été baptisée et que tu es chrétienne, tu dois aussi croire que tu es sainte; car le saint baptême a une puissance telle qu’il détruit et anéantit les péchés, non qu'ils n'aient été commis, mais eu ce qu’ils ne sont pas une cause de réprobation. Telle est la puissance et l’cIBcacité du baptême, qu’il enlève et efface toutes souillures. >i Pareille question fut adressée à lu femme du maître Antoine L. (Laiiterbach) ; elle répondit qu’elle était sainte autant qu’elle pouvait en juger, mais qu’elle était pécheresse en tant qu’elle appartenait à la nature humaine. » — «Oui, répliqua le docteur Luther, un chrétien est entièrement et complètement saint. Si le diable (touvail revendiquer les pécheurs, oü l'esteraient les chrétiens? H fllut embrasser avec force la fui du baptême, alors nous serons, nous sommes déjà saints. Au psaume lxvi, David se qualilie lui-même de saint. »

Un jour, la femme du docteur Luther lui oignait les pieds à cause d’une douleur qu’il y ressentait, et il dit : « Autrefois, Catherine, c’élaienl les maris qui uigiiaienl les pieds de leurs femmes, car le mol femme en laliu, uxor, vient de l’expression oindre, ab ungendo; les païens virent iiu’il y avait beaucoup de diflScultés, d’obstacles et d’empêchements dans l’état de mariage, et comme ils voulaient remédier à cet étal de choses, ils avaient coutume d’oindre les jambes des nouvelles mariées.

J’ai souvent remarqué que lorsque les femmes reçoivent la doctrine de l’Evangile, elles sont bien plus ferventes dans la foi, bien plus attachées à la vérité que les hommes; nousen avons la prèuve dans la pécheresse Magdeleine (pii se montra bien plus ferme, plus courageuse et résolue (pie saint Pierre,

LliTHER DANS SUN MÉNAGE. 211

La fenmie du docteur Luther lui dit un jour ; « Seigneur, j’ai entendu votre cousin, Jean Palner, prêcher cette après-midi dans l’église paroissiale, et je l’ai mieux compris que le docteur Poinéranus, que l’on regarde comme un excellent prédicateur. » Le docteur Martin Luther lui répondit ; « Jean Palner prêche comme vous autres femmes vous avez l'habitude de parier. Dès qu'une chose vous vient dans l'esprit, elle est au Iwut de votre langue. Un prédicateur doit s'en tenir au texte qu’il a énoncé, et dire ce qu'il a devant lui, arm que le peuple en ait une parfaite intelligence. Mais un prédicateur ((ui dira tout ce qui lui passe par la tète, mérite, selon moi, d'être comparé à une fille qui va au marché, et qui reuconlre en son chemiu une autre tille; elles s'arrêtent et bavardent tant qu'elles peuvent. Il en est de même de ces prédicateurs qui prétendent parler de tout à lu fois , et qui s’écartent tout à fait de ce qu’ils se proimsaient. »

Lue femme est, ou du moins devrait être, une compagne affectionnée, joyeuse et soumise pour toute la durée de la vie ; c’est pour cela qu’elle est appelée, dans l'Ecriture, la décoration delà mai son du Saint-Esprit, afin qu'elle soit l'ornement, l'embellissement et l'honneur de la maison ; elle doit être encline à la miséricorde, car c'est principalement pour cela qu’elle a été créée, et (tour avoir des enfants et être une source de consolation, de plaisir, de joie pour son époux. Le motif qui lit que la lille de Jephté pleura sa virginité durant deux mois, c’est qu’elle mourait sans enfants , ce qui était alors regardé comme un extrême malheur; nous voyons à quel désespoir se livrait Ânnah, la mère (le Samuel, lorscju’elle n’avait pas encore d’enfant ; et vraiment les enfants sont les liens les plus tendres et les gages du mariage; c’est la meilleure laine du mouton.

Le 17 décembre 1538, le docteur Luther invita les chanlres et les musiciens à un soui)cr, où ils chantèrent de belles et douces

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antiennes, et le docteur dit avec admiration : a Puisque le Seigneur Dieu nous accorde des dons aussi précieux durant cette vie (qui n’est qu’un véritable cloaque), que sera-ce donc dans la vie éternelle où tout sera disposé de la manière la plus parfaite et la plus accomplie! J’ai toujours aimé la musique ; la connaissance de cet art est l>oniie, et elle sert à toutes choses; il nous faut absolument encourager cette étude dans les écoles. Un maître d’école doit être un habile musicien, autrement. Je ne ferai nul cas de lui, et nous ne devrions (>as conférer à des jeunes gens le grade de prédicateur, si d’avance ils ne sont bien exercés et instruits dans la connaissance de la musique. La musi(|iie est un don de Dieu, et elle est alliée de près à la théoU^ie. Je ne voudrais pas, pour beaucoup, être dépourvu du mince savoir que j’ai en fait de musique. Les jeunes gens doivent être instruits dans* cet art; il rend les gens habiles et recommandables.

Le docteur Luther disait un jour à sa femme: «Tu me persuades tout ce que tu veux ; tu as ici toute la souveraineté. Je t’accorde le droit de commander iK)ur ce qui regarde le ménage, me réservant mes droits. I.a domination des femmes n'a jamais rien produit de bon. Dieu créa Adam maître de toutes les créatures IKiur qu'il pût dominer sur tout ce qui respire. Mais Eve g&ta tout en lui persuadant de se mettre au-dessus de la volonté de Dieu ; vous autres feinines, vous êtes en faute, car, par vos ruses et vos artifices, vous induisez les hommes en erreur, ce que j’éprouve aussi pour mon compte » Il exhorta ensuite sa femme à lire avec attention l’Ecriture sainte, le psautier surtout, et à écouter la parole de Dieu. Elle répondit qu’elle croirait avoir assez lu et entendu , si elle pouvait régler sa vie d’après ce qui avait frappé ses yeux et ses oreilles. Le docteur Luther soupira et il dit : « Ah ! c’est ainsi que commence le dégoût et le mépris de la parole de Dieu, lorsque nous nous croyons capables d’avoir accompli beaucoup de choses; il nous faudrait ressentir une faim continuelle de cette parole divine ; si l’on néglige l’Ecriture sainte, c’est l'indice des plus grands malhem's. i>

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