DU PÉCHÉ OBIGINEL, DE LA JUSTIFICATION, ETC
Cest un grand aveuglenienldu cœur humain de ne pouvoir se saisir du trésor des grâces qui lui est donné ; nous avons été baptisés, nous avons la foi, les sacrements, et nous ne voulons pas nous dire saints. Car nous ne distinguons pas la foi de l'Esprit saint, qui est la certitude elle-même dans la parole.— Maître Kinneck répondit : « Si vous dites que l'Esprit saint est une certitude vis-à-vis de Dieu, alors tous les sectaires qui ont une persuasion certaine de leur religion, ont l'Esprit saint. » Le docteur Luther répondit : « Ils n'ont aucune certitude; Mahomet, les papistes, les sacramentaires ne s'appuient pas sur la parole de Dieu, mais sur leur foi personnelle. »
La foi est dans l'intelligence, l'espérance dans la volonté ; mais ces deux vertus ne peuvent se séparer, non plus que les chérubins du lieiude propitiation.
vres ; dans la doctrine luthérienne, elle en était séparée, elle était tout. Il est vrai qu’à cette foi paisible et de tradition que demandait la doctrine catholique, la doctrine luthérienne substituait une foi spéciale , absolue, véhémente, marquée du caractère de son auteur et réclamant de Dieu la justiBcation à titre de promesse. Cela consistait à dire, dans la pratique, de toutes les forces de son être : «Je crois que mes péchés me seront remis par les seuls mérites de Jésus-Christ, médiateur et propitiateur. « C’est ce qu'on appela la justice imputaiive. Dans le commencement, on fut si épris de cette justice, qu’on ne s’occupa point des œuvres. On les proscrivit dans ce qui n’avait été que l’abus ; mais les diflicultés queLuther et ses disciples n’avaient pas vues d’abord, ne tardèrent pas à se montrer dans toutes leurs forces. Mélanchton se donna des peines incroyables pour retenir les bonnes œuvres, dont son esprit pratique sentait toute la nécessité, et toutefois ne pas abandonner la justice impuiative aux charmes de laquelle , pour parler comme Bossuet, il ne put jamais renoncer. Luther ne prit point tant de peine ; une fois le dogme de la justification par la foi proclamé, il ne se soucia point de le concilier avec les œuvres et se reposa dans la joie de son invention, ou bien, lorsque les événements le pressèrent , on le vit, selon le besoin de sa politique ou de son orgueil, tantôt abonder dans son premier sens, tantôt faire à la doctrine des œuvres des concessions inattendues, peu calculées, et comme avec la pensée de les retirer dans l’occasion.
Des prières émanées du fond du cœur, et les plaintes des pauvres gens, soulèvent une telle clameur, que tous les anges dans le ciel doivent reiitendre. Notre Seigneur Dieu doit avoir de grandes oreilles et une ouïe perçante et subtile.
Quelqu’un demanda au docteur Luther si celui qui prie maudit aussi. « Oui, répondit-il, car lorsque je fais cette prière: que ton nom toit béni, alors je maudis Erasme et tous les hérétiques qui offensent et méprisent Dieu. »
Jésus-Christ a donné l’Oraison dominicale d'après les idées des Juifs, c’est-à-Hüre qu’elle s’adresse au Père seul, bien que ceux ([ui prient doivent, pour être exaucés, le faire par l’intercession du Fils. Quelqu’un demanda au docteur Luther pourquoi il en était ainsi; il répondit: « Jésus-Christ ne voulait pas être loué avant sa mort. »
L’an 1512, le docteur Luther parla de la puissance et de l’utilité de la prière, et il raconta cette histoire: « Le roi de Perse avait assiégé la ville d’Edesse, et l’évêque, voyant que tout secours humain était trop faible, et que la ville ne pouvait résister, ni se défendre longttMups, monta sur les murailles, étendit sa main vers le ciel et pria, et il lit en même temps le signe de la croix du côté des ennemis. Aussitôt tous les chevaux eurent les yeux pleins de mouches, et ils s’enfuirent dans la campagne. Dieu peut également affaiblir et briser le cœur des Turcs, si nous prions avec persévérance et avec foi. »