DES LÉGENDES
devait épouser Marie-Madeleine ; mais il y renonça, afin de suivre le Messie.
Le docteur Luther prêcha au sujet de saint Christophe le jour de la fête de ce saint et il dit que ce n'était point une histoire, mais une légende imaginée par les Grecs, gens sages, instruits, et doués d’une grande imagination, afin de montrer quelle devait être la vie et la conduite d’un chrétien, le représentant comme un homme très-grand, très-fort et très-robuste, qui porte sur ses épaules l’enfant Jésus, ainsi que l’indique le nom de Christophe. Mais l’enfant est si lourd que celui qui le porte se courbe sous ce fardeau ; il traverse* une mer orageuse, agitée, c'est-à-dire le monde, et les vagues qui l'assaillent, ce sont les tyrans et les factions, ainsi que tous les diables, qui cherchent à lui donner la mort do l’âme et du corps; mais il s'appuie sur un grand arbre qui lui sert de soutien, c'est-à-dire sur la parole de Dieu. De l'autre côté de la mer est un petit vieillard avec une lanterne qui renferme une lumière allumée; ce .sont les écrits des prophètes; il se dirige de ce côté et il arrive sur la plage où il se trouve en sûreté. Il a à son côté un panier où se trouvent du pain et du poisson ; ceci signifie que Dieu n'abandonne point
' Au )ujet de la curieuse légende de saint Christophe, consultez le tome premier de la traduction que nous avons donnée en I8t3 de la Légende dorée de Jacques de Voragine ; elle fait partie de la Bibliothèque cTélite. Noos ajouterons que l’importance de l’ouvrage de Voragine se Tait chaque jour sentir de plus en plus, sous le rapport de l’étude des idées du moyen âge et pour la connaissance de l'art chrétien devenu l’objet d’une attention persévérante et générale. Depuis la publication de notre version, il a paru en Allemagne la première partie d’une édition nouvelle et critique du recueil que nous avons tenté de faire passer dans notre langue : Jacobi d Yorngine Legendamrea, vulgo Hisloria lombardica dicta. Ad optim. libr. fidein recenmit, emendnvii, supplevit, potiorem lectionit varietaiem adspersit , notas hisloricas , prolegomena et catalogum sanctorum bibliographicum adjecit Dr. J. G. Th. Graesse. (Dresdæ e Lipslæ, Arnold , gr. S».) Le docteur Graesse occupe une des premières places parmi les plus savants et les plus infatigables bibliographes de celte Germanie si laborieuse et si docte ; il suflil de rappeler son Lehrbuch einer literargeschichte, son travail sur les Cesta Romanorum, sa Bibliolheca magica.
ses fidèles sur la terre, au milieu de tous les maux et de toutes les tribulations qu’ils ont à endurer, mais qu'il les nourrit et ne les laisse ()oint mourir de faim. C’est un beau poëme chrétien. Il en est de même du chevalier saint George, car George, en grec, veut dire un architecte qui élève des édifices avec justice et régularité, et qui chasse et repousse les ennemis qui veulent les * détruire et les endommager.
C’est un grand fléau dont le diable est l’auteur que nous n'ayons aucune bonne légende des saints. Celles qui existent sont un amas des plus honteux mensonges, et il est diflicilede les corriger. — Le docteur Luther lut le même soir la légende de sainte Catherine, et il dit : « C’est contre toutes les histoires romaines, car Maxence s’est noyé dans le Tibre devant Rome, et il n’est jamais allé à Alexandrie; mais Maximien y est allé, ainsi qu’on le lit dans Eusèbe, et depuis le temps de Jules-César il n’y a pas eu de roi en Égypte. Celui qui a troublé les chrétiens par de pareils mensonges était sûrement un scélérat désespéré ; il doit être plohgé bien profondément dans l’enfer. Nous avons cru toutes ces fables monstrueuses, mais alors nous ne les comprenions pas. Rendez grâce au Seigneur Dieu, vous autres jeunes gens, de ce que vous n’êtes plus tenus de croire de semblables choses ou d’autres encore plus honteuses. »
oc JCGB.HENT UBRNIEit BT DE L'ACTRB VIE.
Le docteur Luther dit : « O mon Dieu ! ne diffère pas ta venue; j’attends le jour où renaîtra le printemps, lorsque le jour et la nuit sont d’égale longueur et qu’il y aura une très-belle aurore. Mais voici quelles sont mes pensées, et je veux prêcher à ce sujet. Bien peu de temps après l’aurore, viendra un nuage noir et épais, et trois éclairs se feront voir, et un coup de tonnerre se fera entendre, et le ciel et la terre tomberont dans la plus
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grande confusion. Loué soit Dieu qui nous a appris que nous devions soupirer après ce jour et i'attendre avec impatience.' Pendant ia papauté, ie monde entier n'y pensait qu'avec effroi, comme le témoignait l’hymne que l’on chantait à l’Église : Die» irœ, die» ilia. J’espère que ce jour n’est pas éloigné, et que nous le verrons de notre vivant. »
Quelqu’un demanda au docteur Luther : « Seigneur docteur, est-ce que l’Évangile n’a pas déterminé la venue du dernier jour, car Jésus-Christ a dit qu’il trouverait à peine de la foi sur la terre?» — Oui », répliqua le docteur Martin, « cela veut dire que l’Évangile se sera caché dans quelques coins. L’Évangile est inconnu en Asie et en Afrique; il n’est point annoncé en Grèce, en Italie, ni en Hongrie, en Espagne, en France, en Angleterre, en Pologne. I.e pays de Saxe, cette portion si petite du monde, n’empèchera pas l’avénement du dernier jour. »
Un autre jour, le docteur Martin dit l>eaucoup de choses concernant le jugement dernier et la fin du monde, car, depuis six mois, il avait été tourmenté de rêves affreux et épouvantables au sujet du dernier jour. « Il est possible, dit-il, qu’il ne soit pas éloigné, cl l’Écriture est là pour nous le faire croire. Ce qui reste de temps au monde, si on le compare aux temps qui se sont déjà écoulés, n’est pas plus large que la main ; c’est une petite pomme, la seule qui tienne encore faiblement à l’arbre et qui est près de tomber. Les empires entre lesquels Daniel a vu le monde partagé, les Babyloniens, les Perses, les Grecs, les Romains, n’existent plus. Le pape a conservé quelques restes de l’empire romain, c’est le dernier sceau de l’Apocalypse; il va se briser. Il survient au ciel beaucoup de signes que l’on y voit fort bien et qui annoncent que la lin du monde n’est pas éloignée. Sur la terre, on s’occupe avec ardeur de planter, de bâtir, d’accumuler des trésors ; tous les arts se développent, comme si le monde vou-
lait se rajeunir et recommencer à fleurir. J’espère que Dieu mettra lin à tout ceci. » Alors maître Léonard dit : « Les mathématiciens et les astrologues prétendent que, pour la quarantième année (c’est-à-dire, pour l’an 1540), les conjonctions des planètes annoncent des grands événements. » — « Oui, répondit maître Martin, cela peut durer quelques années, mais nosdescendants verront l’accomplissement des Écritures , et peut-être sera-ce nous qui en serons témoins. »
En 15.36, le docteur Martin dit : « Les prédictions de l’Apocalypse se sont accomplies jusqu’à celles qu’annonce le cheval blanc *. Le monde ne durera pas longtemps ; peut-être encore, si Dieu le permet, une centaine d’années.
Lorsque les Turcs commenceront à déchoir, alors la fln du monde sera proche, car les paroles de l’Écriture doivent se vérifier. Il y a déjà de grandes agitations parmi les hommes. Jamais les hommes de loi n’ont eu autant d’occupation qu’à présent. Il existe de vives dissensions dans nos familles, même parmi nos fils et nos filles, et l’Église est en proie à la discorde.
C’est au temps de Pâques, au printemps, lorsque l’on a le moins de crainte de la pluie, que Pharaon a été englouti dans la mer Rouge et que le peuple d’Israël a été délivré de l’Egypte. C’est vers la même époque que le monde a été créé ; c’est alors que l’année recommence et que Jésus-Christ est ressuscité pour renouveler le monde. Ce sera peut-être vers la même époque qu’arrivera le jugement dernier. J’ai l’idée qu’il viendra vers le temps de Pâques, lors du moment le plus agréable et le plus at-
' « Et je regardai, et voici un cheval blanc ; et celui qui était monté dessus avait un arc , et une couronne lui fut donnée, et il sortit victorieux. » {Apocalypse, ch. vi, v. 3.3
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trayant de l’année, et qu’il surviendra de bonne heure, au lever du soleil, comme lors de la destruction de Sodome et de Gomorrbe.
Le 28 septembre 1532, maître Stifel Lochavint à Wiltemlierg afin d’avoir, au sujet de ses opinions sur le Jugement dernier, une conférence avec le docteur Luther; mais l’électeur avait enjoint de garder le silence à ce sujet , et Stifel en fut extrêmement contrarié , et il dit au docteur Luther : « Je m’étonne que vous ne vouliez pas me laisser parler devant le peuple ; il est certain que ce que j’ai à dire , je suis forcé de le dire , même contre ma propre volonté. » Le docteur répondit : « Maître , vous avez eu la force de soulîTir sous les papistes; souffrez donc encore jusqu’à ce que quatre semaines se passent »; et il ajouta qu’un meunier de village lui avait déjà prédit que le jugement dernier devait arriver le 27 septembre , c’est-à-dire la veille du jour actuel. — Stifel répliqua : « Lorsque j’étais en route , j’ai vu de grand malin, du côté de l'Orient, un superbe arc-en-ciel, et j’ai pensé que ce pouvait être un signe de l’avénement de Jésus- Christ. n — Le docteur Luther répondit : « Ce n’est pas seulement l’arc-en-ciel qui se montrera alors ; toutes les créatures seront consumées par la foudre et le feu. Le son terrible de la trompette appellera tous les morts à la résurrection ; plût à Dieu que nous entendissions bientôt cet appel !» — Le docteur Luther dit un autre jour : «Stifel a prétendu fixer l’époque de la fin du monde; il calculait qu’elle tombait quarante-deux semaines à partir du mois de décembre 1532, et il avait trouvé qu’elle arriverait le jour de la fête de saint Michel. La veille il me dit : « Nous avons bien peu de temps à vivre ; le moment approche ; je distribuerais volontiers mes biens , mais je crains qu’il ne se rencontrât personne qui en voulût ; demain soir nous serons assis dans le ciel. » Stifel prétendait que le monde n'avait que 1500 ans à durer depuis l’ascension de Jésus-Christ Il est à
■ Ot> composerait une bibliothèque nombreuse en réunissant les écrits dont les auteurs, émules de Stifel, ont tenté de déterminer l’époque de la
regretter qu'un homme pieux et savant comme lui soit tombé dans ia persuasion qu'il était le septième ange et qu'il devait faire résonner la trompette annonçant le dernier jour ; il distribua tous ses livres et tout son mobilier, comme ne pouvant plus lui être utiles. — Alors je dis' t « Un des signes du dernier jour, c'est le grand mépris dans lequel sera précédemment tombée la parole de Dieu. » Le docteur Luther répondit : « Les papistes ont avancé là-dessus des erreurs que nous méprisons. Dieu n’a pas voulu révéler sa volonté, afin que nous persistions dans la prière et dans la crainte. »
On demanda au docteur Luther si dans l'autre vie et dans le royaume des cieux il y aurait des chiens et iL’autres animaux. U répondit : « Sans doute ; la terre ne sera pas nue , aride et désolée après le jugement dernier , car saint Pierre a dit que nous attendons une nouvelle terre où la justice habite. Dieu, qui créera une nouvelle terre et de nouveaux cieux , y mettra
fln du inonde. Les Anglais ont pris une part active à ces recherches hasardeuses. En 1740, (tengel établissait quels destruction de labéie de l’Apocalypse tombait au 18 juin i836;en i766,Barlon prétendait démontrer, i grand renfort de calculs irès-abslraits, que les gentils se convertiraient en l’an 2436. Clayton, évéque do Clogher, en Irlande, fixait à l’an 2000 ou i peu prés, l’extinction de la papauté; et, plus récemment, un ministre écossais, Culberston, dans ses Lectures upoii ihe Prophecies of John (Bdinburg, 1812 , 2 vol. 8»}, voulait établir que ia bataille d'Armageddon, commencée en 18 IS, se terminerait en 1821 par l’anéantissement complet de l'Ëglise romaine. Pour d’autres opinions tout aussi fondées, mais plus anciennes, voir un curieux article de M. Louandre dans la Revue de Paris (nouvelle série, I. XII, 1842). Un mot en passant au sujet du mathématicien écossais Craig, qui s’avisa, à la fln du dix-septiéme siècle, d appliquer les calculs de l’algèbre é la théologie, en recherchant quel devait être l’affaiblissemenl des preuves historiques suivant l’intervalle des temps et la distance des lieux. Ses formules l’amenèrent à découvrir que la force des témoignages sur lesquels s’appuie le christianisme ne peut subsister que quatorze cent cinquante-quatre ans, à partir de 1698. Il en conclut qu'il y aura, vers l'an 3156, un second avènement de Jésus-Christ ou une se-' conde révélation pour rétablir la vérité dans toute sa force. Ces assertions étranges donnèrent lieu à une vive controverse; Ditton, Houteville et autres docteurs réfutèrent en forme les écrits de Craig.
' C’est Laulerbach qui parie.