U’ÉRASME
Erasme écrit de très-lourdes et basses préfaces, bien qu'il les adoucisse ; il semble ne pas mettre de différence entre Jésus- Christ notre Sauveur et le sage législateur païen Solon. Il méprise aussi saint Paul et saint Jean, comme ses préfaces de l'épltre aux Romains et de saint Jean le témoignent. 11 ose dire que l’épltre aux Romains n’est ni convenable ni appropriée à l’éjKKjue actuelle, et qu’elle est plus inquiétante et fâcheuse que profitable. N’est-ce pas là faire un bel éloge de l’écrivain de ce livre? Honte à loi, misérable maudit!
Le docteur Luther dit une autre fois : « Erasme est un véritable Momus ; il se moque de tout, et ses livres, remplis d’équivoques, pourraient être lus par les Turcs. Lorsqu’on s’imagine qu’il a beaucoup dit, de fait il n’a rien dit du tout. Il ne peut être saisi ni par nous, ni par les papistes ; il est plein de termes ambigus et louches, que l'Écriture défend ainsi que les lois de l’empire, car elles portent : « Si quelqu’un fait usage d’expres- « sions douteuses, obscures et incertaines, elles seront enten- « dues et relevées contre lui. »
Voici, dit un autre jour le docteur Luther, ce que je laisse dans mon testament, et je vous en prends à témoin : je tiens Erasme de Rotterdam pour l’ennemi le plus décidé qu’ait Jésus- Christ'. Dans son Catéchisme (celui de tous ses écrits que je peux le moins supporter), il n’enseigne rien de certain ; il n’est pas un mot qui dise : fais cela, ou : ne fais pas ccci. 11 ne fait que jeter dans l’erreur et le désespoir les consciences de la jeu-
' Luther a dit ailleurs ; Erasme est un pauvre esprit qui n’a jamais su loger dans sa cervelle qu’une idée opiniâtre, celle de vivre en paix ; il ne
sait pas ce que c’est que la croix de Jésus-Christ C’est un païen qui
voudrait rétablir le culte des Taux dieux. Dans son traité Ue serve arbitrio adversus liberum arbiirium ab Erasme defensum, le docteur saxon donne à son antagoniste les épithètes de blasphémateur , d’épicurien, de pjrrhonieD et d’athée.
nesse. 11 écrivit un livre contre moi, Intitulé Hyperatpite» dans lequel il avait l’intention de défendre son livre sur le libre arbitre contre lequel j’ai écrit mon livre au sujet de la dépendance de la volonté; mon livre n’a pas été encore combattu, et Erasme ne sera pas capable de le réfuter, car je suis sûr et certain que ce que j’ai écrit à cet égard est l’immuable vérité de Dieu. Mais si Dieu vit dans le ciel, Erasme sentira et connaîtra ce qu’il a fait.
Erasme est l’ennemi de la véritable religion, l’adversaire déclaré de Jésus-Christ, l’image complète et fidèle d’Epicure et de Lucien.
Le docteur Luther, ayant appris la mort d’Erasme, dit : « Je ne voudrais pas, au prix de dix mille florins, courir la chance d’avoir, dans l’autre vie, la place qu'a saint Jérôme, et pour beaucoup plus forte somme, je ne voudrais pas de celle d’Erasme. »
Erasme ne peut que soulever des chicanes et faire des moqueries ; il n’est pas en état de réfuter et de détruire. Si j’étais papiste, je le combattrais et le terrasserais bien faciiement. Il tourne eu dérision le pape et ses cérémonies, mais il ne l’a pas culbuté et abattu ; et même, tout en se moquant du pape, il se moque de Jésus-Christ.
Erasme, Eck, Cochlœus et consorts ont un autre idiome que le mien. Erasme est un impie, et je veux un jour le délivrer du soupçon répandu parmi les papistes qu’il est luthérien. Il frappe en cachette, il n’avance jamais droit en face sur quelqu’un ; aussi
' Hyperaspiiet , diairibce advenus servum arbUrium Uarlini Litiheri (BAIe, ua«). Luther dit une fois que ce livre était comme te tüDement de la vipère.
d’Érasme. '
ses livres sont-ils pleins de poison. En mourant, je recommanderai à mes enfants de ne point lire scs Colloques, où il avance beaucoup d’impiétés sous des noms supposés, dans le dessein prémédité d’attaquer la foi et l’Église de Jésus-Christ. Qu’il se moque et se rie de moi et des autres, mais je ne lui conseille pas de se moquer de Dieu ; il ne s’en tirerait pas sans châtiment. Je pense qu’il flniramal.
En écrivant son livre sur la folie, Erasme a engendré une fille telle que lui. 11 veut badiner, ricaner et railler; mais c’est un bouffon et un extravagant, et le livre de ce fou est pure folie.
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Quelqu'un demanda au docteur Luther si, lorsqu'il priait, il maudissait en. même temps. Il répondit : « Oui, lorsque je fais celte prière : Que ton nom soit béni, je maudis Erasme et tous les autres hérétiques qui blasphèment et outragent Dieu. i>
Erasme aurait pu rendre de grands services à la cause de l’Évangile et il a été plusieurs fois prié de le faire; mais il n’a pas voulu. Le voudrait-il à présent, il ne le pourrait ; les choses sont trop avancées ; les cartes ne sont plus en sa main, il les a jetées. Je dis de lui ce qu’un évêque disait d’Arius : il cherche A déshonorer Jésus-Christ.
SI Erasme avait à cœur la gloire de Jésus-Christ et de l’Évangile, au lieu de s’amuser à écrire des contes d’enfants et des folies, il donnerait un bon commentaire sur l’une des épltres de saint Paul; mais il n’en a cure. Il est maître consommé dans l’art d’embrouiller les questions, de s’exprimer en termes louches et obscurs, qui peuvent signifier noir ou blanc au gré de chaque parti. C’est le roi des amphibologies. Je veux lui offrir le combat ; qu’il vienne, et avec l'aide de Dieu je le confondrai en
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peu de mois. Si je vis, je délivrerai l'Église de pareilles immondices.
Erasme a été infecté de doctrines épicuriennes à Venise et à Rome; il a donné plus de louanges aux ariens qu'aux catholiques, il a osé dire que Jésus-Christ n'est appelé Dieu qu'une fois dans l'Évangile de saint Jean, lorsque saint Thomas dit : « Tues mon Seigneur et mon Dieu (ch. xx, v. 28). » Mais de tous les traits qu'il a décochés, celui qui me révolte le plus, c'est son Catiehitme; il n'y enseigne rien avec certitude et à fond ; il ne fait que jeter le doute et l'erreur chez les jeunes gens.
Erasme regarde comme une chose ridicule que Dieu soit né d’une pauvre femme; je sais que, dans son cœur, il se moque de nous. Il imite Lucien qui s'est raillé de tous les dieux ; c'est un grand bouffon et un misérable. Mais, au jour du jugement dernier, il dira ; « Voyez, ils .sont parmi les saints de Dieu, ceux que nous regardions pendant leur vie comme des fous et des insensés {Sagesse, ch. v, v. i). » C'est bien certainement ce qu’il reconnaîtra.
Je m'étonne qu'un homme puisse s'écarter de la connaissance de Dieu autant que le fait Erasme. Erasme a la conviction qu'il n’y a ni Dieu, ni vie future, tout aussi fermement que moi, grâces à Dieu, j'ai la conviction opposée à la sienne. Il ne vaut pas mieux que Lucien, mais ce qui me surprend, c’est qu’il veut se donner pour théologien, et il ne sait pas pourquoi Dieu est venu au monde. Avec sa théologie, il fait de Jésus-Christ un légiste. Que notre Seigneur me laisse seulement une année de vigueur ; je suis plein d’ardeur et de zèle chrétien pour tirer vengeance d’Erasme et de mes autres ennemis.
Mr^LANCHTON, BRENTUIS, ETC.
MÉLANCHTON, BRENTICS, ETC.
Le docteur Luther ditun jour : «Ce que Philippe Méianchton écrit a des mains et des pieds, a de l'autorité et de la gravité, est plein de poids, mais contenu en peu de mots, ainsi que j’ai toujours trouvé ses lettres. Mais je prévois que nous serons forcés d’entrer en guerre, car les papistes voudraient bien continuer, seulement ils n’ont pas un bon estomac ; nous, nous ne pouvons laisser les choses dans l’état où elles sont à présent. Poursuivons donc notre route au nom du Seigneur ; je confierai tout à Dieu; je le prierai de convertir nos adversaires. Nous avons une bonne cause, et qui de nous ne hasarderait pas corps et sang pour la sainte parole de Dieu ? D’ailleurs, les lois temporelles et les règles de la politique sont également conformes à notre manière d’agir, car nous avons toujours désiré et demandé la paix, mais nos princes sont provoqués et réduits à se défendre, eux et leurs sujets; il faut nécessairement qu’ils résistent à un pouvoir inique. Nos adversaires ne nous laisseront pas vivre en paix. Cette lettre a été écrite il y a dix jours ; dans cet intervalle se sera décidé ce qu’il faut faire. Que le Dieu éternel et miséricordieux nous accorde sa grâce. Veillons et prions, car Satan ne dort point. »
L’an 1536, le docteur Luther écrivit sur sa table les mots suivants : Res et verba Philippus ; verba sine re Erasmus ; res sine verbis Lutlierus; nec res, nec verôa Carolostadius. C’est-à-dire : Ce que Philippe Méianchton écrit a des pieds et des mains ' ; le
' Au sujet de Méianchton, après Luther, la plus grande ligure qu’offre l’histoire de la réforme, on lira avec plaisir unuélégantcetjudicieusenotice de .M. Nisard (detme des Deux-Mondes, série, 1839, tom. XX, p. 5-14, 149-197, 377-113). Empreint dc quelque partialité en faveur du docteur Philippe, ce travail ne dispense pas toutefois de recourir aux so'urces. Camerarius et Fischer ont écrit la Vie de Méianchton, et J. F. Strobel, en publiant en 1777 un Melanchtoniana, nous apprend qu’il avait déjà paru en Allemagne 377 écrits sur la personne et les ouvrages de ce célébré réformateur. Ses ouvrages sont extrêmement nombreux ; Rotermond en
fond est bon et les paroles aussi sont bonnes. Erasme de Rotterdam écrit beaucoup de paroles, mais sans résultat. Luther dit de bonnes choses, mais les paroles ne sont pas bonnes. Carlostadt ne dit point de bonnes choses et n'use point de bonnes paroles. —Philippe Mélauchton, arrivant à l’improviste en ce moment et lisant cela, se tourna en souriant vers le docteur Basile et il dit: « Au sujet d'Erasme et de Carlostadt, ce jugement est bon et cette censure est juste, mais trop d'éloges me sont accordés, et la bonté des paroles doit aussi être comptée parmi les mérites de Luther, car il parle extrêmement bien et ses discours sont substantiels. »
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Celui quia l'intention de s'instruire dans la théologie a maintenant de grands avantages ; d'abord il a la Bible, que j'ai traduite de l'hébreu eu allemand d'une manière si claire que chacun peut facilement la comprendre. Il peut lire ensuite les Lieux communs de Philippe Mélanchton >; qu'il les lise avec tant d'assiduité qu'il les sache par cœur. Lorsqu'il aura accompli ces deux choses, on peut le regarder comme un théologien contre lequel ni le diable ni aucun hérétique ne pourra remporter nul avantage , car la théologie tout entière est devant lui , et il pourra lire ce qu'il voudra. Qu'il lise alors le Commentaire de Philippe Mélanchton sur l'épltre aux Romains, qu'il lise mes Explications du Deutéronome et de l'epltre aux Galates, qu'il s'efforce de devenir éloquent.
Nous ne possédons aucun livre ofi la théologie entière, la reli-
a énuméré 385. (Consultez surtout la BibliolUeca Melanchtoniana de trobel, dans le tome VI de ses Miscell. Huer.) Ils n'ont été recueillis dans aucune édition complète; celles de 1541, i562, 1580, 1583, 1601, 1617, en 4 ou 5 vol. in-tolio, ne renferment qu'une faible partie de tant d’écrits; l'édition entreprise en 1834 i Italie, par le savant Bretschneider, est loin d’être terminée.
' Les Loci communes sont un abrégé de la doctrine chrétienne ; publiés pour la première fois à Wiltemberg en 1341 , ils ont été réimprimés soixante-cinq fois pendant la vie de l’auteur. Strobel a donné (Altdorf, 1776) une Bibliographie spéciale de cet ouvrage et de ses différentes traductions.