UK L’ASTROLOCIK, DE DIVERSES SCIENCES ET DES ARTS
Ni Philippe Mélanchton , ni aucun homme vivant, ne me fei-a croire que l'astrologie est une science certaine et un art ; tout ce qui a trait à l'astrologie est opposé à la philosophie. Je me suis souvent entretenu avec Méianchton et je lui ai raconté la suite et l’histoire de toute ma vie , et comment j’avais agi. Je suis le Uls d'un fermier ; mon père , mon grand-père et mon bisaïeul
■ Méianchton ajoutait toi aux rérea, aux prodiges, i l'astrologie. Il calculait l'horoscope de sa fille, cl un horrible aspect de Mars le faisait trembler pour elle. De tristes conjonction f des astres et la flamme d’une loiiièie extrêmement septentrionale ne l’cITrayaient pas moins. Il se coiisolait de la lenteur des conférences d’Augsbourg , parce que, vers l'automne, les astres devaient être plus propices aitx disputes ecclesiasttijites. Il avance sérieusement que la ruine de la papauté est prochaine, est démontrée, car il est né, prés d'Augsbuurg, un enfant i deux têtes ; le T ibre est débordé : une mule a mis bas un petit avec un pied de grue ; un arc-en-ciel, que Méianchton avait vu, la nuit, de la maison d'un de ses amis, ne présageait-il pas clairement un mouvement populaire?
Dt L'ASTIlOLOGIt , ItK UIVERbICS SaENCts ET DES ARTS.
étaient fermiers, mais mou père abandonnusafermeet alla vers Manstield, et là il se Ht mineur dans les mines d'argent, et je fus ne et élevé à Eislebeu , à un mille de là. Mais il n'élait pas écrit dans les planètes ([ue je deviendrais bachelier, licencié ès arts, docteur, moine, etc. N'ai-je pas fait une chose fort honteuse lorsque j'ai renoncé à ma barbe noire et lorsque je suis devenu un sale moine? cela vexa beaucoup mon père et lui causa de vifs chagrins; néanmoins j'en vins aux coups avec le pape et il se battit avec moi. Je |>ris une femme, qui avait été religieuse et qui s'était enfuie do son couvent; j'ai eu d’elle plusieurs enfants: maintenant, je le demande, qui avait vu toutes ces choses dans les étoiles? qui m'avait annoncé d'avance qu'il m'en arriverait autant? Un astrologue ou un faiseur d'horoscopes peut se com- ' parer à quelqu’un qui vend des dés et quldit : « Tenez , voyez , j'ai des dés qui amènent douze à tous les coups. » lien est de même de nos astrologues; si une ou deux fois leurs conjectures et leurs prévisions tombent juste et se réalisent, ils ne peuvent assez vanter et exalter leur art, mais dans les cas si nombreux où ils se sont trompés, ils gardent le silence et ne soufiQent mot. J'accueille volontiers l'astronomie ; elle me plaît à cause des avantages multipliés qu'elle donne.
Le 8 décembre 15;t8, un gentilhomme, le seigneur de Minckwitz, fit un discours public en l'honneur de l'astrologie, où il tâcha de montrer que le passage de Jérémie : « Ne redoutez pas les signes du ciel », ne s'appliquait pas à l'astrologie, mais aux images des geqtils. Le docteur Luther dit : « On peut chicaner sur semblables passages, mais non les combattre. Le prophète parle là, ainsi que Moïse, de tous les signes du ciel, de la terre, de la mer ; les gentils n'étaient pas assez stupides pour craindre le soleil et la lune, mais ils ont craint et adoré les prodiges et les merveilles. L’astrologie n'est pas un art : elle n'a nul principe, nulle démonstration ; elle nejuge qu'au hasard et d'après l’événement, disant: «Cela est arrivé une fois, donc cela arrive toujours.» Philippe Mélanchton y est fort adonné, mais il n’a jamais pu me
3<U l’«ül*OS 'l»I’ TAHI.K Üfc 'lAKMA H Tilt I!.
pfi’suader, et il avoue d’ailleui-s la vanité de cet art en disant :
« Il y a bien là une science, mais personne ne la |H»sscde. » — Kllc. n*a ni principe ni exi»érience, à moins (pie l’on no veuille ajipeler expérience un événement accompli.
l.’astrouomie est la plus ancienne de toutes les sciences, et elle a amené avec elle des connaissances étendues. Elle était três-fainili(TC aux anciens, et spécialement aux Hébreux. Ils observèi-enl tous avec la plus grande attention le cours du ciel, ainsi que Dieu le dit à .\braham : « Lève les yeux en haut, et compte les étoiles. »
L’an 1538, le docteur Martin dit : « Cette année est vraiment une année calamiteuse à cause des grandes maladies qui ne proviennent point uniquement de causes naturelles, comme les comètes, les conjonctions et as|)ects des astres, la combinaison de Saturne et de Mars', mais qui sont aussi la suite des grands et innombrables péchés des hommes.
' L’idée d’attribuer lea maladies épidémiques à riiillueiice des astres ne rencontrait pas de contradicteurs au commencement du quinzième siècle. C'est ainsi qu’écrivant sur une maladie jusqu'alors inconnue, et qu’on désigne clairement du moment qu'on ne la nomme pas, P. Mainard, professeur à Padouc , démontrait que la conjonction de quelques-unes des ■planètes en était la cause ; il calculait que le fléau aurait disparu en 1581. Voir son Liber de morbo yalCico dans le Recueil d’Al. Luisinus, Aphrodisiacus , Venrt., I5S9, t. I, p. 336, recueil que Boerhaave a jugé digne d’une seconde édition {Litgd. Bal-, i728). bans un écrit adressé au duc d'Este, Conrad Gilinus avançait qu’il fallait s’en prendre à Saturne et à Jupiter (Ibid., I, 296). Hork de Brackenau, dans son traité Ve mentagra (1502, 15U4, 1514, Luis., I, 26 S; Gruner, 3pArodia. (Jena, 1789, p. 117), disait de même : yerarn causain et magie appropriatam fuisse aliquani influentiam sieUarum errallcarum. Un évéque sarde, C. Torclla, dédiait au célèbre César de Borgia un Traetaïus cum consi/iis contra pudendagram (Rom., 1197, 4° ; voir Luis., 1, 46i et Astruc,Oe morb.gall., I, 568- 574) ; c’étaient encore les étoiles qui élaient en faute : In Ariete et Piscibits sunl qitœdam stelUe habentes virtuies generandi monstra. Je termine en indiquant l’ouvrage d'un docteur de Ratisbonne, Jean Basilius ; Prognosiicondecomete gui an. l5uo manifeste apparuil cum remedlo eufusdum morbi qui vtdgo Gona nunatpalur. Cebenni, 1501, 4»,
DE l'aSTROEWIE , DE DIVERSES SCIENCES ET DES ARTS. SÜM
La cliiroinancie esl loiit à fait digne de réprobation Les devins peuvent prédire aux impies le genre de leur mort, parce que le diable connaît les pensées et les résolutions des impies qu’il tient en sa puissance, car il est le prince de ce monde.
On parla d'un astrologue^ qui avait récemment entrepris de prouver que c’était la terre qui se mouvait et non le ciel, le soleil et la lune, comme si quelqu’un cheminant dans une voiture, ou sur un navire, pensait que c’était lui qui restait immobile, tandis que la terre et les astres seraient en mouvement. — Le docteur Luther dit : « S’il veut bouleverser toute l’astronomie, qu’il le fasse ; moi, je crois à la sainte Écriture, car Josue a commandé au soleil et non à la terre de s’arrêter. »
La science de l’alchimie me plaît fort, et vraiment c’est la philosophie des anciens. Je ne l’aime pas seulement j>our le prolit qu’elle donne lorsqu’elle amène la fonte des métaux, les préparations, extractions, coctions des substances diverses et la distillation des herbes et racines ; mais je l’aime aussi à cause de l’allégorie et signification secrète, qui est d’une extrême beauté,
' La chiromancie se fonde sur l’examen des lignes de la main. Selon Cardan, les lignes de la main el même des doigts ont rapport aux .<ept planètes des astrologues. Les chiromanciens se paflagcnl sur la question de savoir si c’est la main droite ou la main gauche qui doit être consultée ; quelques-uns tranchent la difficulté en affirmant que les lignes des deux mains sont également significatives. Du temps de Luther, l’Allemagne possédait sur cette science un ouvrage alors fort renommé, exécuté à Augsbourg à la fin du quinzième siècle, die Kami cyromanlia, par le docteur Hartiieb, in-folio. Ce livre est devenu d’une extrême rareté, et les bibliophiles y mettent un prix excessif. En lai.t, un exemplaire s’éleva à Londres , en venté publique , jusqu’à 125 livres sterling fprés de 2,300 francs). On trouvera dans la Uiblioihera mayica detiraesse (Leipzig, 1813, p. 106 - 108 ) l’indication de 49 ouvrages relatifs à la chiromancie.
’ Il doit ici être question de Copernic dont le grand ouvrage. De Revoluiioiifbus orbium cœleslium libri Tf, parut à Nuremberg en 1543, trois ans avant la moil di- Luther.
PROfOS TABI.F. UK MARTIN LUTHKR.
ç'e«t<4-dire, louchant la résurrection des morts au dernier jour. . De même que dans une fournaise le feu extrait et sépare d'une substance la portion qui est la meilleure, il fait monter aussi ce qui est la vie, l'espvil, la stH'c. et la force ; de sorte que dans un alambic, ce qu'il y a de mieux se trouve an haut, et la matière impure, le rebut, reste au fond comme chose morte et sans valeur.
Le diable est puissant, ii peut nous tromper lorsque nous dormons, tout comme quand nous veillons, et les interpréta tipns humaines sont incertaines : il y a peu du Jose{A et du Daniel! Saint Cyprien eut un songe où il vit Jésus-Christ assis et le diable qui lui teudait des Hlets ainsi qu'à ses saints. Philippe Mélanchlot eut aussi un songe, et il le raconta en ces termes : « J'ai vu un lieu assez resserré et un vieux temple, et le docteur Luther y était assis non loin d’une fenêtre; près de lui était un verre rempli de vin. Jonas, Pomeraniis, et d'autres docteurs étaient autour de Luther; je vis entrer le pape Paul III, et allant au-devant de lui, je lui' dis: «Très-saint Père, rétablis la paix dans l'Eglise. »
11 me réiwndit d’un ton plein de colère : « Rétractez-vous, rétractez-vous, et la paix renaîtra aussitôt. » J'insistai, et je dis : «Seigneur, ni les temps, ni les circonstances n'exigent que nous nous rétractions. » Il me sembla ensuite voir défiler tous les cardinaux couverts de vêtements de deuil, et ils étaient suivis d’une foule de luthériens très-misérablement vêtus, ainsi que j’ai vu dans la Thuringe les ecclésiastiques de village. Le cardinal Campège était à côté du pape et semblait le soutenir, et il se mit à entonner un cantique de deuil, comme on le chante aux vigiles: Libtra me. Domine. Alors les luthériens se mirent à chanter avec allégresse un cantique triomphal : Ckristue résurgent a mortuis non morilur. • Le docteur Luther loua ce songe de PhiUiipe, et dit : « Il a le don des songes; moi je ne leur accorde rien, je ne veux avoir ni songes ni apparitions. J'ai la parole de Dieu, où est plus de certitude. Il y a trois sortes de songes: les prophétiques, qui concernent l'administration salutaire; les physiques, qui laissentdes impressionsdont celui qui
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don conserve la mémoire; et les diaboliques, qui sont pernicieux'.
Le docteur Luther parla un jour des peintres italiens et il lit nn grand éloge de leur talent : « Telle est leur habileté à imiter la nature, qu’en outre des couleurs et des formes convenables, ils savent exprimer les gestes et les sentiments des personnes qu’ils représenUiiit, au point que l’on croirait que leurs tableaux sont des objets animés. Les Flamands imitent les Italiens; ils ont l’esprit subtil et une grande facilité pour apprendre les langues des nations étrangères. II y a nn proverbe qui dit que si l’on portait un Flamand dans un sac à travers l’Italie et la France, il apprendrait tout de même la langue du pays. »
La musique est un des plus beaux et des plus glorieux dons de Dieu , et Satan en est l’ennemi déclaré; elle chasse beaucoup de tribulations et de mauvaises pensées. Cest un des meilleurs arts , les notes donnent la vie au texte ; elle expulse la mélancolie, ainsi que nous le montre l’exemple du roi Saül. Les rois et les princes devraient favoriser et encourager la musique , car les souverains sont tenus de protéger les arts libéraux et les sciences utiles, et quoique les simples particuliers aient du goét pour les arts et y prennent plaisir , ils n’ont pas les ressources nécessaires pour les faire fleurir. Nous voyons dans la Bible que les rois bons et pieux entretenaient et payaient des chanteurs.
La musique est la meilleure consolation que puisse éprouver un esprit triste et allligé ; elle rafraîchit le cœur et lui rend la paix, ainsi que l’a dit Virgile : Tu calamos inflare levet, ego dir.ere versus. Chante les notes , moi je chanterai le texte. La musique est une demi-discipline et maîtresse d’école; elle rend les gens plus aimables et plus doux , plus modestes et plus intelligents. Les musiciens et les chanteurs bas et mauvais servent à nous faire voir et entendre quel bel art est la musique, car le blanc n’est jamais mieux connu que lorsque le noir le fait res- «•ortir.
riKM'uü i)L i.wd.K 1)1. .\i.\un.\ uiiitn.
I>K DIVKRS PERSO.\.\Ar.KS l>K L’.\.\TI«H'ITÉ.
Que de grandes et belles acliuns sont restées dans l'oubli , faute d’avoir été écrites ! Les Grecs et les Romains seuls ont eu (les historiens. Il ne reste dcTite-Livc qu’une petite portion ; le reste est égaré, perdu, détruit. Sabellicus avait l’intention d’imiter et de suivre Tite-Live ' , mais il n’â ri^n accompli. Ovide était un excellent poète , il a surpassé tous les autres pour les Ijelles sentences qu’il a su enchâsser dans ses vers , telle que celle-ci :
>'ox etamor, vinuinque nihil moderabile auadenl.
Virgile est le premier de tous sous le rapport de la grandeur et du sublime, de Vheroica gravitas; il s’exprime vraiment en prince et avec une sérieuse majesté.
Le docteur Luther, ayant lu Lucain , dit : « Je ne saii^ si c’est un poëte ou un historien. Voici la différence qu’il y a entre eux : un historien dit ce qui est vrai; un orateur, un homme éloquent dit ce qui ressemble à la vérité ; maisuu poëte n’écrit ni ce qui est vrai , ni ce qui ressemble à la vérité. Aussi Aristote a dit : « Les poètes mentent beaucoup; » car lors(|u’ils ont un sujet tant soit peu fondé , ils l’amplilienl grandement, l’étendant de Ions côtés ; c’est comme un peintre qui peindrait une personne beaucoup plus belle qu’elle ne léserait réellement. — Jules César a dit : « I.orsque je lis les écrits de Brutus^ alors je me crois élo-
‘ Marc-.tnloine Sabellicus, mort en 1508, a laissé deux grandes compositions historiques dont le succès fut général lors de leur apparilion : une histoire de Venise {1487, in-folio) et une Uapsodie dei Histoires, ou histoire générale depuis la création du monde jusqu'à 1 503, ouvrage dépourvu de critique et médiocrement écrit ; il vit le jour en 14S8 et I504, Pt il est partagé en quatre-vingl-douüe livres. Les œuvres complètes de Sabellicus, réunirs .à Ymirc, en ijOO, en >|uitie volumes in-folio, figorem au nombre des livres les plus délaissés.
1)1. mu.iiji l‘^.u^u^.^Ar,LS i«t i.’.\.Miyi iiÉ. 3<)9
•luciil inoi-nièmi) . mais quand jo lis les oraisons de Cicéron, j'ai (HTdu Imite mou éloqiienee : je liallnilie comme iin enfant.»
Aristote est un épicurien coinplel ; il tient que Dieu ne se mêle pas des alTaii'es de rhumanité, mais qu'il nous laisse agir selon notre plaisir. Suivant lui, Dieu gouverne le monde comme une servante endormie, berce un enfant.
C'est par une grâce particulière de Dieu que les fables d'Esope se sont conservées dans les écoles. Il n'est, après la Bible, aucun meilleur livre que les fables d'Esope et les distiques de Caton '.
Un rap[M)rte que Jules César disait que lorsqu'il lisait les discours de Cicéron, il lui semidait n'ètre qu'un enfant. Cicéron montra une grande sagesse ; ce qu’il a suiiOert et accompli est considérable : j'espère (|ue Dieu sera propice à lui et à ceux qui lui ont res.semblé , mais il ne nous appar-
' üe tous lef livres de morale employés dans le moyeu âge pour l'instruction de la Jeunesse , il n’en est guère de plus célèbre que celui qui porte le nom de Dionysius Cato. C’est un recueil de préceptes divisé en quatre parties ; il a été longtemps attribué il Caton l’ancien, mais il est bon de remarquer que Virgile , bucaiii et Ovide s’y trouvent cités parmi les poètes dont la lecture est recommandée. Le vérilable auteur de ces distiques reste inco ^uu ; quant é la date de leur composition, Fabricius la porte, d'après des arguments fort plausibles , au second siècle de notre ère. Alcuin, Abeilard, Hincmar,Jean de Salisburyetbien d’autres leurdéccrnent les plus grands éloges. Traduit en français , en allemand , en italien , ce recueil d’apophthegmes fut reproduit i profusion dés le début de la typographie ; il en a paru à Amsterdam, en iTS9, une édition savante qui, grâce à un commentaire étendu et à une version en six langues différentes, remplit deux volumes in-S». Ces distiques ont récemment été reproduits â la suite du Publias Syrus de C. Zell (Stuttgart, 1829}, cl dans le Corpus rr-ei. laiinor. de G. E. Weber (Francof., 183Î, p. 1192-1198).
PROPOS UK TABLI. UK MARTIN LLIHtR.
lient |>as de rien uffirnier à cel égard i. Mous ne pou\cns connuttre quand, ni comineiU il |ieiit plaire à Dieu de dispenser sa grîice parmi les nalions. Il y aura un nouveau ciel, imic nouvelle terre bien pins considérable; là, chacun pourra être traité selon ses mérites.
Le docteur Luther disait qu'il était fort nécessaire de supprimer dans le pays et dans les écoles les écrits du Juvénal , de Catulle, de Martial, les priapées de Virgile et tous ces livres où il y a tant d’obscénités et de choses immorales qu'on ne peut les lire sans inconvénient.
l>KS C02ICILB.*i.
Eu 1533, des envoyés de l’empereur vinrent trouver l’électeur de Saxe, Jean Frédéric, pour s’entendre au sujet de la réunion d’un concile ; les princes de Saxe répondirent qu’ils s’y rendraient en personne ou par leurs représentants, sous certaines conditions, mais qifils voulaient avoir Tassurance que ce serait un concile chrétien et indépendant. Ensuite le docteur Luther et Philippe Mélanchton, soupant ensemble, gémirent et se lamentèrent sur le temps actuel, où il s’élevait beaucoup d'esprits présomptueux qui se combattaient les uns les autres sans qu’aucun voulût céder ni reconnaître un maître. Chacun, comme Osiander et 6rickel, veut être un grand docteur, et de là résultent beaucoup
' Un peut rapprocher de ce passage l’assertion contenue dans la profession de foi que le père de la réforme en Suisse, Ulrich Zvvingle , adressa en 1536 i François : « Dans cette réunion céleste de toutes les créatures admises à contempler la gloire du Très-Haut, voua devea espérer de voir l'assemblée de tout ce qu’il y a eu d’hommes saints , courageux, fidèles et vertueux dès le commeueement du monde. Là vous verrez un Abel, un Enoch, un Koë, un Abraham, un Isaac, un facob, un Juda, un Uoise, un Josué, un Gédéon, un Samuel, un rhinée, un Ëlie, un Haie, un David, un Egéchias, un Jonas, un Jean-Baptiste, un saint pierre, un saint Paul, veut ; verrez UercuU, Thésée, Socrate , Aristide , huma , ramille, les Caton, les Scipion. Enfin, il n’y aura aucun homme de bien, aucun esprit saint, aucun ami fidèle, que vous ne voyiez U avec Dieu >
nr.s CONCILES.
d«; troubles et d’inquiétudes. Il serait donc bon que i'en réuntl un concile, mais les papistes ne le veulent pas; ils fuient la lumière et se cachent comme des chats-huants, parce que leur cause est mauvaise el leur conscience corrompue >.
Le Si août 1538, le docteur L ulher dit ; « Il ne peut y avoir en ce moment de concile, car le pape redoute la clarté et ne veut aucun jugement ; il sent qu’il serait condamné lui et sa doctrine. Voyez ce qui se passa au concile de Nicée, où toute l’assemblée se laissa guider par li‘ seul Paphnuce, qui dit que la
‘ Lorsque le pape eut convoqué le roocilc de Trente, l’humeur guerroyante de Luther se réveilla de plus belle. In de ses derniers ouvrages Tut un écrit à cet égard; il ne contient pas moins de SO pages in-folio d’injures furibondes. Nous en transrriruns teituellement quelques passages.
".\'os nillloopus hsbemus concilio, et si ob id nobis irascunlur, âge, faciraus cis jus conracandi femoralia, et a rollo suspendendi, et hoc esset bulla amaraciniet osculum pacis pro id genus delicatis sanctulis... Progredere raute, caremi Paulule, mi asine, ne siib.sileas. Ab! mi Papaselle, ne subsileas. Carissime mi aselliile, ne fucias ne forte labaris et tibiam frangas, et si forte inter r.ndendiim tuam poJicis animam amitleres; nam toti munJo te ridendum propinares, diceretque, Vah diabolo , ut Papasiiius se totum feedavit !.... Audis, sed quodos hic intelligit? Num per quod ventris crepitus deflare soles ? Istos tibi servandos rclinquo, vel per quod dutceillud vinuro corsiciira Influit? In illud cauis alvum dejiciat... crepitus et eicretales (volui dicere décrétâtes) vesiros Hermaphroditarum
et pediconum episcopus ac papa, diaboli aposlolus... qui vult audit or esse diaboli, légat exerela et décrétâtes papæ... Ipsi domini secularcs, cur paliunlur sibi lot injurias ab illo pigro ventre, rudi papasino nom» alvum crepitus semper deflante ficri ? »
Plus loin, Luther discute : « Uualis debeat ésse poena papas et omnium papalus seciaturum. Il faudrait les pendre, iractis eoriim lingult ; el il ajoute; U Uominus vult virlulembapiismaiis perpetuo elIicAcemesse. Asinus foetus crepitibus nrgat.»
Il fait dire au pape : «Qui non rentris mei crepitus adorai, qui non osculalur pedes meos, et si iia ligare velim, nales mihi iambit, niorlaliler peccat et infrrno dignusesi. Et ailleurs ; ilorrebam el prorecio pulabam me tonitru fragorem audire, tam magnum et terribilem crepitum veniris papasinushic delluebat : flerl nonpotuitquin prius magna vi cuntenii hslitus laboraverit quam hac tuba crepitus , instar tonitru , elangerei ;
•37i PROPOS DE, TABLE I)E MARTIN LTTHER.
diasleté conjugale étaii au-ilessus de la sainlclé dans le célibat. CVst aussi ce que j'ai répété bien souvent, et saint Paul a dit que le lit conjugal était pur. Mais aujourd'hui, supposez que deux cents Paphnuces vinssent parler ainsi ; on les brûlerait.»
L’archevêque de Salzbourg avait réuni un grand nombre d’évéques, et comme ils s'étaient rassemblés dans une église pour lenirun concile, il survint un orage des plus violenis, avec Iteaiicoiip de tonnerre et d'éclairs, et la foudre tomba parmi eux et
mirum rsl si nrque anus, neque venter illi diiuplus sil.... Il n’y a qu'un seul remède ; Agerc cum papa, cardinalibus n tota romana ramilia jure (Ut vulgiis ail) vulpino, culo videlieel corporis delracta , pœiias Iiiendo salisfacere, elcxeoriaia viscora in<alularu balneuni juxia O.siiam \cl iu llamnias abjicerc. »
l.es adversaires de la réforme imitèrent de leur cdté semblables empe.rtcinenls de style; nous n’irons pas remuer ces vieux livres de controverse rouverts, au fond des dépôts publics, d’une inamovible poussière, mais nous citerons , comme échantillon de pareilles aménités, quelques lignes de la Siiigeriedcs Huguenots, satire amère dirigée par Arius Désire contre X les apostats lubriques et charnels sortis de leur cloisire par la chaleur du feu de paillardise, » tissu d'invectives assez originales contre res X hérétiques cbarcuitiers d'enfer, moines reniez, sacrilèges, simoniaques, larrons, homicides et voleurs. »
«Au lieu des orgues, ils usent de violons, lues, giiiternesel autres instruments provoquant à la luxure et paillardise pour resjouir leurs guenons montées sur les erouppes de leurs grands chevaux. Au lieu d'encens, ils ont muse, civette, perfuns et autres odeurs lubriques, pour corrompre la senteur des gresses et onguents de leur ministres gouteux et verollez. Au lieu de la discipline régulière, ils ontfaictdes bordeaux de concubinage, pour accomplir leur paillardise et fornication, suyvant la nature des marmots et guenons qui sont les plus luxurieuses bestet de tout
le monde Les guenons ont une longue queue et sont merveilleusement
chaudes et lubriques, eommesonl celles de ladite division qui ont ordinairement un grand nombre de singes et marmots à leur suite et queue, et attirent à leur luxure cl paillardise une ioHniiez de moines reniez qu'elles font tomber en éternelle damnation, de sorte que lesdiles guenons hérétiques attireront et divertiront plus d’hommes en une heure de nuit que ne sauraient faire les singes et marmots en un an.... lis ayment trop mieux unjour de bonne chère que une heure de jeusne et d’abstinence, c
r>ts coNCiits. S75
IfS disptirsa loiis; ils s«' rassfinblènMil cnsnilo dans le cliilnaii, el l’orage les en chassa une seconde fois.
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Le 27 janvier 1539, le docteur Luther étant à table, tenait en sa main un livre sur les conciles, où se trouvait l'énumération de soixante, tant généraux que provinciaux, réunis depuis l’époque des apôtres; quatre surtout se distinguaient au-dessus des autres et étaient dignes de louange ; deux d’entre eux, celui de Nicée et celui de Constantinople, défendirent la Trinité et la divinité de Jésus-Christ; les deux autres, savoir, ceux d’Ephèsc et de Chalcédoinc, défendirent riminanilé de Jésus-Christ. Il n’est pas écrit qu’un évêque de Rome assista au concile de Nicée. Il n’y vint qu’un prélat de l’Occident, Osius, évêque de Cordoiie ; les autres prélats étaient venus des Eglises de l’Orient, de la Grèce, de l’Asie Mineure, de l’Egypte, de l’Afrique. Ah! mon Dieu! les concileset les synodes,qiie sont-ils? sinon vanité et convoitise? L'on s’y dispute |K)ur ties titres, des préséances et autres enfantillages et niaiseries. Voyez ce qui, depuis trois cents ans, est résulté de ces conciles, rien que ce qui concerne les cérémonies et les choses extérieures, rien qui eût trait à la véritable doctrine divine, au service de Dieu et à la foi.
Les conciles n’ont point le droit de rendre des lois et des ordonnances sur ce que l’on doit enseigner et croire! dans l’Eglise ; ils n’ont d’autre |K)Uvoir que celui de promulguer les règlements sur les choses extérieures, les usages et les cérémonies, encore dans ce qui concerne uniquement certaines personnes, certains temps ou lieux. Lorsque ces circonstances ont changé, les règlements qui les concernaient tombent frappés de caducité et ne subsistent plus. Les lois romaines sont mortes et éteintes, car Rome n’est plus ce qu’elle était ; elle est devenue tout autre chose. De même les décrets et les ordonnances des conciles n’ont plus de vigueur, parce que nous sommes dans un tout autre temps.
sa
37i PROPOS DF. TAGLF DE MARTIN l.tlTHKR. /
5iaint Paul a dil ( EpUre aux Colo$$ient, ch. iii, v. 20 } : a Si vous êtes morts au Christ, {Kiurquoi vous charpe-t-on d’ordonnances qui sont toutes choses périssables par l'usage, étant élaiilies suivant les commandcinents et les doctrines des hommes? » Semblables commandements n'engagent donc pas les consciences, et aussitôt qu'une de cos trois circonstances, personnes, temps ou lieux, vient à changer, iis changent aus.si et ne sont plus en vigueur. C'est un grand aveuglement que de vouloir prendre pour base et pour fondement semblables lois relatives à rexlcrieur; il est écrit dans saint Luc : « Le royaume de Dieu ne vient |ioint avec les apparences. »
Le docteur Luther dit qu'un moine, Augustin-André Proies, homme pieux et éclairé, s'était exprimé ainsi au sujet de la parole de Dieu lorsqu'on prétendait la commenter, l’interpréter et l’expliquer d'après les écrits des Pères: « La parole de Dieu, en passant )>ar les Pères, me fait l'effet d'une quantité de lait que l’on ferait couler à travers un sac à charbon ; ce lait serait gèté et tout noirci. » Il donnait ainsi à entendre que, par elle-même, la parole de Dieu est claire, limpide et nette, mais qu'elle s’obscurcit, se gèle et se corrompt en traversant les écrits et les doctrines des Pères.
i.RS KUÉ.viKJrrs, i.ks pi.abitb-s, rti:.
Le 16 mai 1538, une pluie très-abondante étant tombée pendant la moitié de la journée et ayant rafraîchi la terré qui était fort aride, le docteur Luther eut une grande joie et il disait : « Ah ! rendons grâce à notre Dieu, car «elle pluie nous promet des biens d’une valeur supérieure à des cenUines de milliers de florins, du blé, de l’orge, de l’avoine, du vin, etc. Le Seigneur nous comble de tant de faveurs, et, do plus, il nous octroie le don de son Esprit saint, et nous, nouslecruclUousel nous lui faisons outrage. Si Dieu avait voulu accorder des faveurs spéciales aut
f.KS ÉI.ÉMEMS, LES H.AMKS, ETC.
rois vl mix princos, il aurait dounù à colui-ci pouvoir contre la peste, à celui-là contre le mal français, à d'antres contre la (lèvre, la lèpre, eic. Ç’aurait été pour eux moyeu d’auiassel’ Itien des (lorins. »
Le 18 novembre 1538, on parla de l'inondation des rivières causéè par des tremblements de terre qui avaient bouleveraé les sources dans les montagnes. Le docteur Luther dit : « Le \il déborde chaque année, mais il dépose sur les terresdel'Ëgyple un limon qui les fertilise. L'Elbe n'apporte que du sable, et elle entraîne les arbres et les maisons. Le nom de l'Elbe lui vientdu mot elffe (onze), parce qu'elle provient, dans l'origine, des eaux réunies de onze sources différentes. C’est un fleuve dont le couru est sujet à changer à cause du sable qu'il charrie. Le Rhin, le Pè et le Danube sont les principaux fleuves de l'Europe; ils arrosent de vastes pays. »
Le docteur Luther dit un jour : « Il y a de grands |wrils sur les eaux; Satan y exerce sa tyrannie, et souvent des hommes très- robustes sont submergés et périssent dans des endroits où il y a bien peu d'eau. » — Il raconta à cet égard divers événements qui s'étaient passés à Wittemberg ; il ne faut pas tenter Dieu sur les eaux. Les navires que l'on construit dans les ports de l'Océan septentrional sont de dimension énorme; un seul coûte 36,000 ducats. L’arche de Noé était un bitiment colossal ; il avait trois cents coudées de long, cinquante de large et trente coudées de hauteur, ce qui semble prodigieux et ce que l'on ne croirait point, si ce n'était dans l'Écriture sainte.
Le 9 avril 1539, une inondation de l’Elbe mit la ville de Wittemberg dans un grand péril; le docteur Luther dit en soupirant : « Comment pouvons-nous opposer nos prières au très-juste châtiment que Dieu nous inflige? telles sont l'impiété, l'ingratitude.
37(i rnoros de table de mahitn i itheh.
ravarice elle luxe de notre temps, qu’il ne raudrait millunient s’étonner si l’Elbe était chaulée en «n torrent de feu et de soufre.»
l.e docteur laillier se prumenaiil daus sou jaixlin, dit à maître I.ncas ; « Grande est rutilité des arbres qui sortent d’une toute petite graine.» Il ditensuite «qu’un bon arbre étaitexposcè autant d’épreuves qu’un bon chrétien, à la tempête, à la foudre, à la grêle, aux insectes qui sont de diverses espèces, tels que papillons, fourmis et araignées ; cependant l’arbre croit et donne son fruit. »
l.e It avril 153P, le docteur Luther, se promenant dans son jardin et considérant le feuillage des arbres, rendait grâce à Dieu qui rend, lorsque vient le printemps, la vie à toutes les créatures (|ui étaient frappées de mort dans l’hiver. Prions Dieu qu’il nous donne notre pain de chaqfie jour. L’olivier est l’image de l’Église; il vit et fleurit durant deux cent^ ans. L’huile est le symbole de la douceur de l'Évangile, comme le vin est celui de la doctrine de la loi. Le sycomore est un arbre semblable au figuier; il donne une grande abondance de fruits, mais ils ne mûrissent que lorsqu’ils sont fendus par le fer et arrosés d’huile. C’est l’image du peuple soumis à la loi, qui ne donne des fruits mûrs, c’est-à-dire, qui ne fait des actions agréables à Dieu, que lorsqu’il a été coupé, c’est-à-dire éprouvé par de nombreuses tribulations. Le citronnier a la propriété de ix)rter des fruits à toute époque; lorsqu’ils sont mûrs, ils tombent à terre et ils sont remplacés par d'autres qui mûrissent à leur tour. Le citron est un remède assuré contre le poison de la vipère. Cet arbre et son fruit offrent une excellente image de Jésus-Christ et de l’Évangile, car le Seigneur substitue de nouveaux docteurs et champions à la place de ceux qui tombent en combattant pour lui ; il veille à ce que la prédication de sa i»ai’ole ait lieu sans interruption, afin que sa voix soit entendue et l’héritage éternel du Fils de Dieu recueilli. L’Évangile est aussi un contrc-iHÛsoii très-
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LKb ÉLKMI.MS, I.LS l'I.ANTI.S, LTC. 377
efficace cl Irès-salulairc qu'il laul o[»|ioscr au veuiu du serpent, c'esl-à-dire au diable, au |H*ché cl à la inorl.
Je pense que Dieu a autaiil à faire et à besui^iier lorsqu'il emploie un ol)jet et le fait reparaître sous une nouvelle forme, que lorsqu’il le crée et le fait iwiir la première fois. Ceci fut dit au sujet de la fienle qui s’emploie en fumier d'où il sort de nouveaux fruits. « Et Je m’étonne, ajouta le docteur Eutlier, que les hommes n’aient depuis longtemps couvert de tiente le monde entier jusqu’au ciel. »
Je suis surpris (|ue Dieu ait mis dans la liente des remèdes si importants et si utiles, car l'on sait par exinirience que la fiente de truie arrête le sang, et celle de cheval sert pour la pleurésie. La (iente de l’homme guérit les blessures et les pustules noires ; la fiente d’âne, mêlée à d’autres, s’emploie dans les cas de dyssenterie ; la liente de vache mêlée avec des roses est un fort bon remède dans l’épilepsie qui attaque les enfants.
« Notre Seigneur voit fort liien comme les chiens font leui’s ordures dans tous les coins ' et il a l’air de les laisser faire, mais quand il commence sa visite, il s’irrite sans fin et sans mesure. » Le docteur Luther s’exprima ainsi au sujet de la vie déréglée, honteuse, cochonne ®, que mènent de çà et de là les grands seigneurs, les rois, les princes, les nobles et surtout le pape, les cardinaux, les évêques, les chanoines et toute la bande tonsurée, qui se livrent à tout genre d'impudicité et à d’affreux péchés.
' Le texte allemand eal plus crû : sc/ieisse'/i,pissen.
’ SaUiachen.
PROPOS 1)E TAUtb nt MARTIN LLTUER.
VISMKXS, COMX.tISSANCK RR JRSITS-CHRIST, ETC.
UiiH jeune lille de Wiltemberg, étant inaludc, eut une vision coininu si Jésus-Clirist se présentait à ses regards sous un aspeet imposant et plein de beauté. Elle lui adressa des prières ferventes, car elle n'imagina pas que ce pût être un autre que Jésus-Christ. On s’empressa d’envoyer un exprès au cloître, a lin de donner avis de cela au docteur Luther; il se rendit auprès de la jeune fille et il lui dit, après avoir vu la vision, que pai'eilles apparitions étaient souvent im effet de l’imposture du diable et qu’elle devait se tenir en garde contre les ruses de Satan. Aloi's elle se mit en prières, e1, élevant les yeux, elle vit la figure du Sauveur se changer aussitôt en un gros serpent (|ui sauta sur la jeune fille dans son lit et la mordit à l’oreille, de sorte qu’il copia plusieurs gouttes de sang. Le serpent disparut ensuite. C’est ce que le docteur Luther a vu de ses yeux, ainsi que beaucotip d’autres personnes.
Jésus-Christ s’est montré visiblement sur la terre et il a manifesté sa gloire, et, conformément à la détermination préalable de Dieu, il a accompli l’œuvre de la rédemption du genre humain. Je ne désire pas qu’il se montre une seconde fois de la même manière, ni je ne souhaite qu’il m’envoie un ange. D’ailleurs, un ange descendrait-il du ciel vei's moi, il n’ajouterait rjen à ma foi, car j’ai la promesse et le sceau de Jésus-Christ notre Sauveur ; je suis en possession de sa parole et de ses sacrements ; je m’en repose sur pareilles assurances et je ne réclame pas une nouvelle révélation. Afin de me confirmer plus résolument dans celle détermination de m’en tenir à la seule parole de Dieu, je vous raconterai ce qui m’est arrivé dernièrement. Le jour du vendredi-saint, j’étais dans ma chambre, livré à une oraison fervente, et je contemplais on >non esprit comment Jésus-Christ fut attaché sur la croix et comment il sonib'it et mourut pour nos péchés : il apparut soudain sur le mur une image brillante de Jésus-Christ jMircé de cinq plaies, et ipo ro"
VISION!), CONNAISSANCt DK JÉSUS-CHRIST, ETC. 379
gardant lixenient comme si c'eût été le. Sauveur liii-inéme en présence corporelle. Au premier aspect, je pensai que c’était quelque révélation céleste, mais je réfléchis ensuite qu’assuréinent c'était une illusion et une ruse du diable, car Jésus-Christ nous a apparu dans $a parole et sous une forme beaucoup plus humble et plus vile. J'adressai donc la parole i la vision en ces termes: «Fuis, diable réprouvé; je ne connais d'autre Christ •|ue celui qui a été crucifié et qui s'est retracé et présenté à moi dans sa parole. » .Alors l'image disparut, montrant évidemment de qui elle était l'ouvrage '.
Kn bAil, lorsipie je partis de Wornis et non loin d'Eiseuacb, . je fus fait prisonnier. Je fus logé dans 1e château de Warlbourg, qui fut mon Ile de l’alhmos, relégué dans une chambre, loin du tous les hommes, et personne ne pouvait avoir accès jusqu'à moi, si ce n'est deux jeunes garçons qui, deux fois par jour, m'apjwrtaient à boire et à manger. Entre autres choses, ils m'apportèrent des noisettes que je mis dans une boite, et parfois je m'occupais de les briser et de les manger. Durant la nuit, le diable vint; U sortit les noisettes de lu boite et U les cassa contre un des pieds de mon lit, faisant ainsi un grand fracas; mais je n'y lis aucune attention, et je commençais à m'endormir lorsqu'il Ut, sur les escaliers, un aQVoux vacarme, comme si une foule de barriques vides dégringolaient péle-niéle. Je savais que l'escalier était barré par de fortes grilles en fer, de sorte qu'il n'y avait de passage ni en haut ni en bas ; je me levai cependant, et j'allai voir ce qui en était ; mais trouvant la porte bien fermée, je dis ‘ « Tu es là; eh bien! restes-y: je me confie eu Jésus-Christ, mon Sei^eur et Sauveur, dont il est écrit : Tu as soumis toutes choses à ses pieds » ; et je me recouchai.
■ t'édileur anglais qui a donné, on lS3ï, un extrait fort insufflsaiil des Propos de table, chorclie i établir (page 179 ) que eetle vision fol réellr, qu’elle fut l'œuvre du diable et que le malin esprit s'enfuit à la voix de Luther.
380 l'KOPOS DE TABEE DE MAKTIN LITHEK.
Moi, le ilocleiir Luther, je ne veux rien savoir d’un autre Dieu que de celui qui a été attaché sur la croix, c’est-à-dire Jésus-Christ, le fils de Dieu et de la vier^'c Marie. Si Jésus-CÜinst u'était pas Dieu, il n’y aurait assuréincirt pas de Dieu. Je ne crois point à un autre Dieu, bien qu’aucune religion ne semble plus insensée que celle du Christ '. Que Jésus-Christ soit Dieu et homme tout ensemble, c’est contre toute raison. Mais je rends grâce à la connaissance que j’ai de ce mystère ; il n’est pas écrit que je doive le comprendre ou que je ne doive croire (jue ce que saisira ma raison. Ici il ne s’agit pas de disputer. Disputer trouble l’allégresse et donne motif que l’on commence à douter. Ce qui m'irrite si, fort contre Erasme, c’est qu’il met en doute des choses qui doivent être pour nous des sources de la plus grande joie. Celui qui prend conseil de la raison ne pourra jamais avoir une foi sincère dans les bases de notre croyance.
Dans les grandes luttes et combats que j’ai eu à soutenir avec le diable, j’ai appris de l’Écriture sainte et je suis assuré que Jésus-Christ, vrai Dieu par nature, est aussi un homme; et nouseulemenl je crois, mais encore j’ai éprouvé de diverses façons que cet article de la foi est sincère et certain. C’est à lui que j’ai eu recours dans mes plus rudes épreuves, et c’est ainsi (jue j’ai éprouvé de la consolation et que j’ai repoussé le diable. Dieu a fort et ferme maintenu cette vérité; il l’a soutenue puissamment contre les hérétiques, le pape, le Turc, et il l’a appuyée de beaucoup de signes meiTeilleux. Toute la sagesse du monde n’est qii’enfantillage auprès de la connaissance de Jésus-Christ.
Jésus-Christ a dû, à Nazareth, aider son père à construire des maisons®. Que penseront au dernier jour les habitants de Naza-
‘ wiewohl keiiie religion narrisvher acheint demi der Cliriiieii.
’ Les évangiles apocryplic.s raconlenl divers miracles que lil Jésus pour aider son père dans sa profession de charpentier; des pièces de bois
VIMO.NS, (;0>NAISSAN(;t ÜE JÉStS-f.UHIST, ETC.
reth, lorsqu'ils veri*ont Jésus-Chrisl et qu’ils lui diront : « Seigneur, ne m'as-lu pas aidé à construire ma maison ? D’où vient donc «(ne lu es élevé à une telle gloire ? »
Lorsque Jésus-Christ est iié, il a pleuré et crié comme un autre enfant ; Marie a dû le soigner et veiller sur lui, l'allaiter, lui donner à manger, l’essuyer, le tenir, !<• iHirter, le coucher, etc., tout comme une mère fait |K>ur son enfant. Ensuite il a été soumis é ses ]>arents; il leur a souvent porté du pain, de la boisson et autres objets. Marie lui aura dit : « Mon |)etit Jésus, où as-tu été ? ne peux-tu donc pas rester tranquille ? » Et, lorsqu’il aura grandi, il aura aidé Joseph dans son état de charpentier.
On a écrit ({u’il y avait eu un pieux évêque qui avait souvent demandé à Dieu avec ferveur de lui révéler ce que Jésus-Christ avait fait dans sa jeunesse. Cet évêque eut un songe, et il lui sembla qu’il voyait un charpentier occupé des travaux de sa profession, et, présdelui, il y avait un jeune garçon qui ramassait les copeaux de bois tombés par terre. Puis, il vintune jeune femme en robe verte qui les appela tous deux, leur disant de venir dîner, et ell» leur apporta un pot de bouillie. L’évêque, pendant ce temps, se tenait derrière la porte et les observait. Et l’enfant se mit à dire : « Que fait cet homme qui est là? est-ce qu’il ne viendra pas manger avec nous ? » L’évêque fut si épouvanté de se voir ainsi interpellé, qu'il se frappa avec fort^e la tête contre le chevet de son lit, et il se réveilla.
s'allongeaient, se raccourcissaient, s’étendaient à sa voix. Voir Iki aiigile de Thomas l' Israélite, chap. xiii(p. 305 dis Codex apocrijphus de C. Thilo, Leipzick, I832) et (p. 113) le chap. xxxix de V Evangile de l'tnfonce.
rnui’us UE taule ue mariin llitier.
J'ai grand plaisir lors<|uo, à l'église, on chante bien fort, avec lenteur et harmonie, ces paroles : F.i /wmo fiulus est. Ce sont des mots que le diable ne peut entendre ; il lui faut alors s'enfuir à bien des milles de là ; il sait bien ce que renferme cette sentence.
Quand nous lisons (|iie Judas s'est pendu lui-même, que son ventre a crevé et que ses intestins sont tombés, nous devons |tenser qu'il y a là une allégorie et un mystère. Le ventre de Judas signiiie toute la nation juive, qui devait également tombitr et choir parterre, si bien qu'il n'en restât rien. Quand nous voyons que les intestins du traître s«; sont répandus, cela montrait que les enfants des Juifs, leur race et leur postérité la plus reculée devaient partager leur sort.
Quelqu'un dit à table que les éclipses n'avaient nul effet ni résultat, mais que, depuis une époque fort éloignée, on prétendait qu'elles annonçaient la mort d'un roi ou d'un grand personnage. Le docteur Luther dit : « Les. éclipses n'auront bientôt aucun résultat. Je pense que notre Seigneur Dieu se montrera bientôt et (ju'il fera comparaître le monde au jugement dernier, ainsi ((ue je l'ai vu récemment en sônge; car m’étant, après midi, disposé pourdormir, j'ai fait un rèvecpii m'annonçait que le jugement dernier surviendrait le jour de la fête de la conversion de saint Paul. »
Le docteur Luther, tenant eu sa main un Paternoster ' d'agate blanche, dit : « Plût à Dieu que le dernier jour vint bientôt ! J'avalerais ce Paler nouer pour que ce fût demain. »
' Un chapelet.