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Voici ce qui s'est passé à Erfurl : il y avait deux étudiants, et Kun d'eux conçut pour une jinine lille une si violente passion qu'il en était devenu comme fou. L'autre , qui était maj^icien , lui dit : « Si tu promets de ne point l'embrasser, je ferai en sorte qu'elle vienne te trouver. » Son camarade le promit , et le sorcier fit «{ue la jimne fille vint en effet dans la cbainbre de son ami; il était un fort beau garçon ; il la reçut avec une extrême Joie, et ils eurent une conversation fort tendre , et le nécromancien craignait toujours qu'il ne i'embrassàt. Et ne pouvant résis> ter à l'amour qui le pressait, l'étudiant embrassa enfin la jeune fille, et elle tomba aussitôt par terre et mourut. En la voyant privée de vie, ils furent saisis d'effroi. Le nécromancien dit alors : « Nous devons avoir recours aux moyens extrêmes. » Et il fit que le dialilc rapporta la jeune fille cbex elle, et elle continua de faire tout ce qu'elle faisait auparavant dans la maison; mais elle était extrêmement p&le et ne parlait |>as. Au lM>ut de trois jours, les parents allèrent trouver les théologiens et leur demandèrent leur conseil sur ce qu'il convenait de faire. Et ceuxci ayant parlé à la jeune tille avec autorité, le diable s'enfuit et l'abandonna , et le cadavre tomba par terre en répandant unv odeur extrêmement infecte. Car le sang est ce qui donne une bonne couleur, et quant à l'esprit qui l'anime , il n'est pas au pouvoir du diable de le produire ; c’est Dieu seul qui en est l’auteur.
Il y a quelques années, dans le pays de Tburinge, le diable TOUr lut emporter un jeune homme ; mais il se défendit vaillamment et lutta si longtemps que le diable dut céder. Le jeune homme fit pénitence et s’amenda , et il n’eut pas de mal.
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Vraiment, ce ne sont pas des histoires oiseuses etinventées à plaisir pour faire peur aux gens ; ce sont des récits effroyables et non des enfantillages , comme les appellent les épicuriens. Prions donc, mettons notre condance en Dieu, et craignons d'avoir le diable pour hôte ; il est beaucoup p]us près de nous que nous ne l'imaginons. Souvenons-nous aussi de ce qu'a dit saint Jean : « Le Fils de Dieu est venu aGn de détruire les oeuvres do diable. »
Le docteur Luther raconta une histoire qu'il tenait de maître Nicolas d'Amsdorf, qui lui en avait garanti l'exactitude. Il s'était arrêté durant une nuit dans une auberge, et il vit entrer dans sa chambre deux nobles qui étaient morts depuis quelque temps , et que suivaient deux valets munis de Gambeaux ; ils allèrent vers lui , le réveillèrent , lui dirent de se lever, l'assurant qu'il ne lui serait fait aucun mal. Quand il se fut levé, ils lui Orent écrire une lettre qu’ils lui dictèrent et qu’ils lui recommandèrent de remettre au vieux M.; ils disparurent ensuite: il remit Gdèlement la lettre au Prince. Amsdorf m'a rapporté cela comme lui étant arrivé. L'on voit aussi dans beaucoup d'histoires et de récits , que le diable ne se repose pas ; il est souvent à nos côtés sans que nous l'imaginions , et puisqu'il peut troubler et vexer nos âmes , à plus forte raison a-t>il pouvoir sur le corps.
Dans les mines, le diable tourmente et tracasse les ouvriers; il leur présente des fantômes , de sorte qu’ils croient trouver de riches liions d'argent et il n'y a rien du tout. 11 peut en plein jour, sur la terre et à la clarté du soleil , faire croire aux gens qu'ils voient ce qui n'existe pas , et il trompe ainsi leurs sens ; dans les mines il agit bien souvent de la sorte. Parfois il a été trouvé de véritables trésors ; c’est un effet de la grice de Dieu , mais ce n'est pas donné à chacun. Je sais bien que je n'ai eu aucun succès dans les mines , mais puisque telle a été la volonté de Dieu , j’en suis content.
LE |ilAln.F;, 1.KS SOUCIEES, LES INClfiES, ETC.
J'aime mieux que ce soit le diable plutAt que l'em[>ercur qui me fasse périr ; si je succombe , ce sera du moins sous un puissant seigneur Le diable me mord, mais je prendrai bien ma revanche quand viendra le jugement dernier.
Aucune maladie ne vient de Dieu , qui est bon et qui veut le bien de tous; elles viennent du diable, qui cause et produit tous maux et qui est l’auteur de la peste , de la vérole , de la fièvre , etc. Lorsqu’il se mêle parmi les jurisconsultes il enfante toutes sortes de discordes et de trames; il change la justice en injustice et l’injustice en justice. S’approchc-t-il des grands seigneurs , des princes , des rois , il enfante dos guerres et des massacres. A t-il accès auprès des théologiens, il en résulte des maux qu’aucune expression ne peut rendre ; de fausses doctrines séduisent et corrompent les âmes. Il n’y a que Dieu qui puisse mettre une digue à tant de calamités.
Le diable a deux occupations auxquelles il s'applique sans relâche , et qui sont les bases de son empire : le mensonge et l’homicide. Dieu a dit : « Tu ne tueras pas, tu n’auras pas d’autres dieux. » Satan agit de toutes ses forces contre ces deux préceptes. 11 n’a d’autre but que celui de tromper les hommes en les attirant dans l’idolâtrie et de les faire périr.
Le C novembre 1538 , le docteur Luther dit : a Je tiens d’un exorciste qu’un jour il demanda au diable dans quel endroit se trouvait un objet qui avait été perdu ; ie diable lui désigna la ville , mais sommé de désigner la maison , il répondit : « Je ne le peux , car un brouillard épais me la cache. » Mais Dieu voit bien ce que le diable fait et ce qu’il projette, tandis que le diable ne peut connaître les pensées de Dieu et des saints. »
58 PROPOS DF. TABI.F. DF MARTIN I.ITHK*.
Le docleur Grégoire Briick , cliancelier de Saxe, raconta au docteur Luther l'histoire que voici : « Deux noliles, de la cour de l’empereur Maximilien, étaient ennemis déclarés et avaient juré de se tuer l’im l’autre. Il arriva que durant la nuit, le diable tua l’un d’eux avec l’épée de l’autre, et cependant on la retrouva rentrée dans le fourreau et suspendue au chevet du lit, mais tachée de sang. Le survivant fut mis en prison comme véhémentement soupçonné d’être l’as.sassin , mais il put prouver par des témoignages irrécusables , qu’il n’était pas, cette nuit-là, sorti de son auberge; on pensa alors que c’était le diable qui avait commis le meurtre , et le survivant fut condamné à mort; mais sa peine fut mitigée de la manière suivante : on le mena sur la place publique , on enleva la terre que .couvrait son ombre et on le bannit du pays. C’est ce qu’on appelle la mort civile , et il la méritait , parce qu’il avait ou l’intention de tuer son ennemi. >> — Le docteur Luther répondit : « Il en arrive toujours mal à ceux qui font alliance avec le diable et qui se laissent induire à péché par lui ; il fait d’abord semblant de les flatter et de les seconder, puis il les fait tomber dans l’ablme. »
On demanda au docteur Martin , si Samuel , qui apparut au roi Saul à l’invocation de la Pythonisse*, ainsi qu’il est rapporté au 1" livre des Rois (ch. xxviii, v. li), était véritablement le prophète. Il répondit : Non, c’était un spectre et un mauvais esprit qui avait revêtu cette forme. Ce qui le prouve, c’est que
' On tormerait une colicclion considérable si l’on parvenait à rassembler une partie des écrits qui ont eu pour but de discuter le problème que soulève l'apparition de Samuel. Indiquons les principaux d’entre eux.
G. Lesseus , Solulio qiiæstinui.i : guomodo veneflea Endorea Saülem regem visa Sainuele agnoscere potnerit ? Jenæ, 1754.
W. Chrysander, De vero Samuele post mortem siiam cum Saftle loqncitle. Welmst., 1749.
A. G. Waener, De Endorensi prcesligiatrice. Golting., 1738.
.Nous laissons de cOté diverse.s dissertations en allemand de Bieber Willembcr);, 1752), de Kleberg (Rréme, 1754), de Scliroer (l.eiprig, 1756).
tE DiAULE, LES SÜKUEUS, LES I.NCCLES, ElE.
Dieu avait défendu, dans la loi de Moïse, que l’on interrojj'eât les .morts; ce fut doue un démon qui se inontia sous la forme de riiomme de Dieu. De même un abbé de Si>anlieini, ([ui était s(jicier et nécromancien, lit apparaître devant l'empereur Maximilien tous les empereurs ses prédécesseurs et les héros célèbres, et ils détilèrent devant lui avec les traits et le costume qui les caractérisaient de leur vivant, et parmi eux il y avait Alexandre le Grand , Jules-César, ainsi (pie la liaueée de l’empereur que le roi de France, Charles, lui avait enlevée; mais toutes ces apparitions étalent l’œuvre du démon.
Le 15 janvier 1539, ou parla de la grande sécurité dont on jouissait dans cesderniers temps. Et le docteur Martin dit: « Ah! l’on ne doit pas se regarder comme si tranquille, car nous avons un grand nombre d’ennemis et d’antagonistes déchaînés contre nous; ce sont les diables, dont la multitude est telle qu’il n’y a pas moyen de les compter; et ce ne sont pas seulement des diables enchaînés dans l’enfer, mais des diables qui résident sur la terre, des diables qui sont à la cour et auprès des princes, et (jui , depuis très-longtemps , sont bien habiles; ils ont une pratique et expérience de cinq mille ans. Satan a mis sans relâche tout son pouvoir en œuvre pour tenter et tromper Adam, Mathusalem, Enoch, Noé, .\brüham, David, Salomon, les prophètes, les apôtres, notre Seigneur Jésus-Christ lui-mème et tous les fidèles. »
Le diable est un esprit triste, et il afflige les hommes; aussi ne peut-il soulfrir que l’on soit joyeux. De là vient qu’il fuit au plus vite lorsqu’il entend la musique, ctiiu’il ne reste jamais lorsque l’on chante surtout de pieux cantiques. C’est ainsi que David délivra, avec sa harpe, Saül qui était en proie aux attaques de Satan.
Le docteur Luther dit , en 1541 , que la musique était un don de Dieu (jui était tout à fait en opposition avec le diable, et qu’on
4U l'ItOPOS UE TABLE UE SIAR’fl.> LLrilbR,
{louvait s'en servir iM>ur éloigner les pensées et les tentations dont il nous assaille, car le dialtle ne peut souffrir la musique. £t le docteur, se tournant vei's un de ceux qui étaient à table avec lui , lui dit : «Gardez-vous bien d'entrer en contestation et en controverse avec le diable; ne disputez pas avec lui sur la loi, car il a plus de mille tours de passe-passe, et il peut tromper les hommes de la façon la plus merveilleuse.»
Lit-dessus, maître Leonhard, le ministre de Guben , dit que lorsqu'il était prisonnier, le diable l'avait bien tourmenté, et que plus d'une fois, lorsqu'il avait pris un couteau à la main , Satan lui avait dit : « Allons, frappe-toi, » mais qu’il avait jeté le couteau loin de lui. Et il ajouta que le diable l'avait tracassé au point qu'il ne pouvait plus réciter l'oraison dominicale ni dire des psaumes, bien qu’i les sût parfaitement. — Le docteur Luther répondit qu'il lui en était arrivé de même, et que le diable lui avait souvent troublé la mémoire au point qu'il ne se souvenait plus de scs prières.
Le docteur Luther dit un jour : «Le diable met à la place des enfants d’autres enfants, que les savants appellent tupposiii, et les .\Iicmands des killecroffs. Il vient parfois trouver de jeunes filles dans l'eau ; il les engrosse, et il est près d'elles lorsqu'elles accouchent; alors il emporte ces enfants et il les substitue à d'autres qu'il dérobe à leurs mères dans les six premières semaines de leur naissance. Mais, à ce que l'on assure, ces enfants du diable ne peuvent vivre au delà de dix-huit ou dix-neuf ans.
Il y a huit ans, à Dessau, je vis et touchai un enfant qui avait été changé en nourrice par les esprits , et qui avait douze ans ; il avait les yeux et tous les membres comme un autre enfant : il ne faisait que manger, et il cousomuuit chaque jour autant qu'auraient pu le faire deux paysaus ou deux batteurs en grange. Si quelqu'un venait h le toucher, il criait; lorsque quelque malheur
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