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Pulverem collegisse juvât, la fière devise pour un collectionneur ! Elle vient d'une bonne maison, je l'ai trouvée tout à l'heure chez Horace, et le moindre collégien la sait par cœur. Recueillir les débris sacrés de l'art ancien, épaves, lambeaux, décombres, — poussière auguste du passé, — n'est-ce pas notre joie et notre gloire?
On connaît le mot du Poussin : un jour il rencontre un étranger qui venait à Rome acheter des antiques : « Tenez, fait-il en ramassant dans l'herbe des restes de ciment mêlés de porphyre et de marbre, emportez cela pour votre musée, et dites : ceci est l'ancienne Rome. »
Pulverem collegisse juvat, décidément la devise ferait bonne figure dans certaines collections de notre connaissance. Mais quoi ! le temps des devises est bien passé. Quel est l'amateur qui s'aviserait aujourd'hui de mettre une inscription sur sa muraille? et une inscription latine, le pédant! D'abord la muraille ne lui appartient pas, il en est locataire pour 3, 6, 9; le bail porte qu'à l'expiration il sera tenu de rétablir les lieux en l'état, et le moindre trou de clou constitue une indemnité. Du moment que les murs sont une enveloppe banale, qui sert au premier venu, qui abrite pour un temps des hôtes de
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passage, qu'on loue comme un fiacre pour une course, comme un domino pour la mascarade, à quoi bon se mettre en frais de décoration ? C'est affaire au propriétaire. Les meubles sont à nous, le mur est à d'autres; on ne se donne pas la peine de le façonner, de se l'assimiler, d'y mettre sa marque, son estampille, sa personnalité. Il ne joue pas de rôle dans l'harmonie intérieure; il est froid, sans âme et sans vie; il ne dit rien, il n'a pas d'expression.
Au bon vieux, temps, le mur pense et il parle. La maison est une résidence fixe, définitive, que le propriétaire habite, qu'il transmettra plus tard à ses enfants. Chacun ayant son logis à soi, l'aménage pour soi, pour les siens, pour ses héritiers. A la longue, cette cohabitation de tous les jours, cette intimité de la maison et de l'habitant créent un lien mystérieux entre l'homme et les murs. L'homme prête à cette enveloppe de brique et de pierre un langage ; il revêt la muraille de tapisseries à légendes ; il inscrit çà et là des devises ingénieuses, de belles sentences, une leçon religieuse ou philosophique, une invitation hospitalière, un souvenir, une date. La muraille cause avec lui et avec ses visiteurs, elle parle aux enfants, elle leur rappelle quelque chose.
Chez les amateurs, ce langage mural est particulièrement significatif. Un curieux du xvie siècle écrit sur sa porte : Arrière les profanes! un autre : Je me
suis souvenu, souviens-toi ; un troisième : Ici les morts se taisent et sont présents, ils parlent et sont absents; ou bien : A toute heure pour les amis; ou bien encore : Comprends avant de discuter. Tout cela dans ce beau latin bref, précis, condensé, que les gens de la Renaissance maniaient aussi couramment que la langue maternelle. Paul Petau, qui fut un grand collectionneur, choisit pour devise : Cum nova tôt quœrant, nil nisi prisca peto, jeu de mots intraduisible sur son nom. Henri de Rantzau fait graver sur sa bibliothèque : « Si quelqu'un dérobe des livres, les déchire ou les salit méchamment, j'ordonne qu'il soit incontinent maudit, un objet d'horreur éternelle, voué pour toujours à l'exécration, illico maledictus, semper detestabilis, perpetuo execrabilis esto, maneto. » François Filhol, chanoine-amateur de Toulouse, est moins féroce:
Dedans ce cabinet un peu de retenue.
Que si vous désirez parcourir mes desseins, Je veux que vous usiez hardiment de la vue, Mais je m'opposerai à l'usage des mains.
Un autre amateur, qui ne redoutait pas moins les mains légères, dit la même chose en six mots : Si Argus , adi; si Briareus, abi, si tu es Argus (aux cent yeux), approche; si tu es Briarée (aux cent bras), va-t'en. »
Ainsi parlent les murs, et le meuble à son tour