‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 100 sur 326 · A M. LE COMTE D*ARGENTAL · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE D*ARGENTAL

A Berlin, ce \" septembre 4750.

Ne m'écrivez jamais , mon divin ange, une lettre aussi cruelle que celle du ?0 d'Auguste. Vous rn'ac* cusez de faiblesse ; comptez qu'il a faUu une étrange force pour me résoudre à achever mes jours loin de vous /et que j'ai été plus long-temps que vous ne pensez à me déterminer. Il n'y a pas d'apparence qu'après la lettre du roi de Prusse que vous avez vue, je puisse jamais me repentir de m'être attaché à lui ; mais certainement je me repentirai toute ma vie de m'être arraché à vous et à vos amis. — Il est vrai que je n'aurai pas beaucoup d'autres regrets à dévorer. L'égarement et le goût détestable où le public semble plongé aujourd'hui , ne doit pas avoir pour moi de grands charmes. Vous savez d'ailleurs tout ce que j'ai essuyé. Je trouve un port après trente ans d'orages. Je trouve la protection d'un roi, la conversation d'un philosophe , les agréments d'un homme

aioiable , tout cela réuni dans un homme qui ywU depuis seize ans me consoler de mes malheurs ei me mettre à Fabri de mes ennemis. Tout est à craindre pour moi dans Paris, tant que je vivrai , malgré les protections que j*y ai, malgré mes places et la bonté même du roi. Ici je suis sûr d*un sort à jamais tranquille. Si Ton peut répoqdre de quelque chose » c'est du caractère du roi de Prusse. J'avais été autrefois fort fâché contre lui, au sujet d'un ofiBcier français condamné cruellement par son père, et dont j'avais demandé la grâce. Je ne savais pas que cette grâce avait été accordée. Le roi de Prusse fait de très-beUes actions sans en avertir son monde. U vient d'envoyer cinquante mille francs, dans une petite cassette fort jolie, à une vieille dame de la cour , que son père av^t copdamnée à l'amende autrefois d'uQe n^anière tout à fait turque. Oq reparla , il y a quelque temps, dç cette ancienne injustice despotiqiie dii feujoj.

Jl ne voulut ni flétrir la mémoire de son père, ni laisser ^h^ister le tort II choisit exprès une terre de cette dame, pour y donner ce beau ftpectaçled'un combat de dix millç hommes , espèce de spectacle digne du vainqueur de l'Autriche ; il prétendit que, pendant la pièce , on avait coupé une haie dans la terre de la dame ^n question. On ne lui avait pas abattu une branche ; mais il s'obstina à dire qu'il y avait eu du dégât, et envoya les cinquante nulle francs pour le réparer. Mon cher et respectable ami , com-

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meiit Mit (kMic faits (M gHitids homihes , si colni-là n'en est pas Htt? Je ne vous en regrette pas ttmins , je ne suis pas mbins affligé Je ne tiendrai eu Prwnod que pour vous y voir. Mon cœur ne donnera jamais la préférence au roi de Prusse ; et si je silis obligé de vivre davantage auprès de lui, vous set^ toujours les premiers dans mon souvenir. Il part pour la Silésic , je resterai chez lui pendant son absence pour quelques arrangements littéraires. Je ne sais plus quand je contenterai ma fantaisie de voir Venise, Herculanum, Saint-Pierre et le pape ; mais si je vais voir ceft raretés, ce sera en postillon. Rien n*est meOlenr pour la santé, le vous jure que vous accodfcireE mon voyage. Écrivez-moi^ je vous en prie, ^ BerHiit jusqu'à ce que je vous iftfortne de moti départ .Je vous ai déjà mandé que je n'avais ici ni Znlinie^ toi Adélaïde, mais j'ai Âurélie. Le rot de Prusse est de votre avis ; il trouve que Rome sauvée est ce qtte j'ai fait de plus fort Ce Serait une raison pour fadre tomber à Paris cette pièce , et pour faire dire à la cour que cela n'approche pas de la belle pièce de Catilina imprimée au Louvre. Mille tendres respects à madame d'At^gental^ à Votre famille, à vos amis. Soit que je voie Rome ou non , je vous em*brasserai sûrement cet hiver avant de repartir pour Berlin. Donnez-moi, je vous en eonjute, des nouvelles de madame d'Argental. Adieu, encore une fois; quand je vous parlendi Vous ibe direz que j'ai

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A propos, VOUS me reprochez de faire avec joie des portraits flatteurs à ma nièce ; voudriez-vous que je la dégoûtasse et que je me privasse de la consolation de vivre à Berlin avec elle, et d'y parler de vous? Voudriez-vous que je fusse insensible aux fêtes de Luculius, et aux vertus de Marc^Âurèle 7

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