‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 113 sur 326 · L*ILE DE SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

L*ILE DE SAINT-PIERRE

L*ile de Saint-Pierre, appelée à Neuchâtel l'île de La Mothe, au milieu du lac de Sienne, a environ demi -lieue de tour; mais dans ce petit espace elle fournit toutes les principales productions nécessaires

à la vie. Elle a des champs , des prés , des vergers, des bois, des vignes ; et le tout, à la faveur d*un terrain varié et montagneux, forme une distribution d'autant plus agréable que ses parties ne se découvrant pas toutes ensemble se font valoir mutuellement , et font estimer File plus grande qu'elle n*est en effet. Une terrasse fort élevée forme la partie occidentale de Tile qui regarde Gleresse et la Bonne- Ville. On a planté celte terrasse d'une longue allée qu'on a coupée dans son milieu par un grand salon, où, durant les vendanges, on se rassemble les dimanches , de tous les rivages voisins, pour danser et se réjouir. Il n'y a dans l'île qu'une seule maison, mais vaste et commode, où loge le receveur, et située dans un enfoncement qui la tient à l'abri des vents. A cinq ou six cents pas de l'ile est, du côté du sud, une autre île beaucoup plus petite, inculte et déserte, qui paraît avoir été détachée autrefois de la grande par les orages, et ne produit parmi ses graviers que des saules et des persicaires, mais où est cependant un tertre élevé, bien gazonné et trèsagréable. La forme de ce lac est un ovale presque régulier. Ses rives, moins riches que celles des lacs de Genève et de Neuchâtel, ne laissent pas de former une assez belle décoration, surtout dans la partie occidentale, qui est très-peuplée, et bordée de vignes au pied d'une chaîne de montagnes, à peu près comme à Côte- Rôtie, mais ne donnent pas d'aussi bon vin. On y trouve , en allant du sud au

nord, le bailliage de Saint-Jean, la Bonne- Yille, fiienne, et Nidau, à l'extrémité da lac ; le toot entremêlé de f ilk^es très-agréables. (Confessions).

Page 1