‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 114 sur 326 · JEAN-JACQUES · texte numérisé non relu

JEAN-JACQUES

PLC8 RELIGIEUX A LA CAMPAGNE QU'a LA VILLE.

J*ai toujours aimé l*eau passionnément, et sa vue me jette dans une rêyerie délicieuse, quoique sonrent sans objet déterminé. Je ne manquais point ^ mon lever, lorsqu'il faisait beau, de courir hunier sur la terrasse l'air salubre et frais du matin, et planer des yeux sur l'horizon de ce beau lac , dont les rives et les montagnes qui le bordent enchantaient ma vue. Je ne trouve point de plus digne hommage i la divinité que cette admiration muette qu'excite la contemi^ation de ses œuvres, et qui ne s'exprime point par des actes développés. Je comprends comment les habitants des villes , qui ne voient que des murs et des rues, ont peu de foi, mais je ne puis comprendre comment des campagnards, et surtout des solitaires, peuvent n'en point avoir. Comment leur âme ne s'élé\'e-t-elle pas cent fois le jour avec extase à l'auteur des merveilles qui les frappent? Pour moi, c'est surtout à mon lever, afTaissé par mes insomnies, qu'une longue habitude me porte à cette élévation de cœur qui n'impose point la fatigue de penser. Mais il faut pour cela que mes yeux soient frappés du ravissant spectacle de la nature. Dans ma cham-

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bre, je {nie plus rarement et plus sèchement; mais à l'aspect d*un beau paysage , je me sens ému sans pouvdr dire de quoi. J'ai lu qu'un saint évéque, dans la visite de son diocèse, trouva une vieille femme qui, pour toute prière, ne savait dire que O ! et ii lui dit : Bonne mère , continuez de 'prier toujours ainsi ; votre prière vaut mieux q%Le les nôtres^ Cette meilleure prière est aussi la mienne. {Confessions,)

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