‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 124 sur 326 · TBAIT SINGULIER DE SENSIBILITÉ · texte numérisé non relu

TBAIT SINGULIER DE SENSIBILITÉ

Je jouais au mail, à Plain-Palais, avec un de mes camarades appelé Plince. Nous prîmes querelle au jeu, nous nous battîmes , et , durant le combat, il me donna sur la tête nue un coup de mail si bien appliqué que, d'une main plus forte, il m*eût fait sauter la cenrelle. Je tombe à Tinstant. Je ne vis de ma vie une agitation pareille à celle de ce pauvre garçon , voyant mon sang ruisseler dans mes cbe- Yeux. Il crut m'avoir tué. Il se précipite sur moi , m*embrasse , me serre étroitement en fondant en larmes et poussant des cris perçants. Je Tembrassai aussi de toute ma force, en pleurant comme lui, dans une émotion confuse qui n'était pas san$ quelque douceur, blnûn il se mit en devoir d'étancher mon sang , qui continuait à cx)uler ; et voyant que nos deux mouchoirs n'y pouvaient suffire , il m'entraîna chez sa mère , qui avait un petit jardin près de li). Cette bonne dame faillit à se trouver mal en me voyant dans cet étal ; mais elle sut conserver des forces pour me panser ; et , après avoir bien bassiné ma plaie , elle y appliqua des fleurs de lis macérées

dans l'eau-de-vie ; vulnéraire excellent et très-usité dans notre pays. Ses larmes et celles de son fils pénétrèrent mon cœur au point que long-temps je la regardai comme ma mère et son fils comme mon frère, jusqu'à ce que, ayant perdu l'un et l'autre de vue, je les oubliai peu à peu. {Rêveries.)

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