BUFFON
Georges-Louis Leclerc, comte de Bopfon , un des plus célèbres naturalistes de l'Europe , et un des plus grands écrivains de la France, naquit au château de Montbard. Son père était conseiller au parlement de Dijon. Il se livra d'abord à l'étude des mathématiques et de la physique, et il se fit, jeune encore, un nom parmi les savants. A trente-deux ans il fut nommé intendant du Jardin des Plantes. Dès lors il se proposa d'étudier tout ce que renfermait ce jardin , de l'enrichir, de décrire la nature , d'en raconter l'histoire , d'en expliquer les lois , d'en retracer les monuments. Cette tâche immense fut l'occupation de sa vie entière. 11 employa près de quarante ans à la publication de son Histoire naturelle.
Buffon est le seul auteur français qu'on puisse comparer à J.-J. Rousseau, pour l'élégance, la richesse, l'harmonie, l'élévation et la pureté du style. Ces deux écrivains sont peut-être les deux plus grands prosateurs de notre littérature. Ils peuvent prétondre à la première place à des titres différents : Buffon a plus de pompe et de majesté, de magnificence et d'éclat; Rousseau plus de justesse et de force^ de chaleur et de logique.
LE GHEYAL.
La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite est celle de ce fier et fougueux auimal, qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats : aussi intrépide que son maître, le clieval voit le péril et l'affronte; il se fait au bruit des armes, il Taime, il le cherche, et s'anime de la même ardeur. Il partage aussi ses plaisirs : à la chasse, aux tournois, à la course, il brille, il étincelle. Mais, docile autant. que courageux, il ne se laisse pas emporter à son feu ; il sait réprimer ses mouvements : non-seulement il fléchit sous la main de celui qui le guide, mais il semble consulter ses désirs; et, obéissant toujours aux impressions qu'il en reçoit , il se précipite, se modère ou s'arrête, et n'agit que pour y satisfaire. C'est une créature qui renonce à son être pour n'exister que par la volonté d'un autre; qui sait même la prévenir; qui, par la promptitude et la précision de ses mouvements, l'exprime et l'exécute ; qui sent autant qu'on le désire, et ne rend qu'autant qu'on veut; qui, se livrant sans réserve, ne se refuse à rien , sert de toutes ses forces, s'excède, et même meurt pour mieux obéir.