‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 136 sur 326 · MASSILLON · texte numérisé non relu

MASSILLON

Il excelle dans la partie de Torateur qui senle peut tenir lieu de toutes les autres, dans cette éloquence qui va droit à Fâme, mais qui Tagite sans la rcnver* ser, qui la consterne sans la flétrir, et qui la pénètre sans la déchirer. Il va chercher au fond du cœur ces replis cachés où les passions s'enveloppent , ces sophismes secrets dont elles savent si bien s'aider pour nous aveugler et nous séduire. Pour combattre et détruire ces sophisnies , il lui suffit presque de les développer avec une onction si affectueuse et si tendre, qu'il subjugue moins qu'il n'entraîne, et qu'en nous offrant même la peinture de nos vices , il sait encore nous attacher et nous plaire.

Sa diction, toujours facile, élégante et pure, est partout de cette simplicité noble, sans laquelle il n*y a ni bon goût ni véritable éloquence ; simplicité qui, réunie dans Massillon à Tharmonie la plus séduisante et la plus douce, en emprunte encore des grâces nouvelles; et, ce qui met le comble au charme que fait éprouver ce style enchanteur, on sent que tant de beautés ont coulé de source et n*ont rien coûté à celui qui les a produites. Il lui échappe même quelquefois, soit dans les expressions, soit dans les tours, soit dans la mélodie si touchante de son style , des négligences qu'on peut appeler heureuses, parce qu*elles achèvent de faire disparaître non-seulement Tempreinte, mais jusqu'au soupçon du travail. C'est par cet abandon de lui-même que Massillon se faisait autant d'amis que d'auditeurs ; il savait que plus on orateur parait occupé d'enlever l'admiration , moins ceux qui l'écoutent sont disposés à l'accorder, et que cette ambition est l'écueil de tant de prédicateurs qui, chargés, si on se peut exprimer ainsi, des intérêts de Dieu même , veulent y mêler les intérêts si minces de leur vanité. ( JÉ loge de Massillon, )

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