‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 181 sur 326 · CONTRE LA BANQUEROUTE · texte numérisé non relu

CONTRE LA BANQUEROUTE

Oh! si des déclarations moins soleDoelles ne

garantissaient pas notre respect pour la foi publique, notre horreur pour Tinfâme hanqueroute^ j'oserais scruter les motifs secrets, et peut-être, hélas ! ignorés de nous-mêmes, qui nous font si imprudemment reculer au moment de proclamer Pacte d*un grand dévouement, certainement inefficace s'il n'est pas rapide et vraiment abandonné. Je dirais à ceux qui se familiarisent peut-être avec l'idée de manquer aux engagements publics, par la crainte de l'excès des sacrifices, par la terreur de l'impôt.,.. Qu'est-ce donc que la banqueroute, si ce n'est le plus cruel, le plus inique , le plus inégal , le plus désastreux des impôts?... Mes amis, écoutez un mot, un seul mot.

Deux siècles de déprédations et de brigandages ont creusé le gouffre où le royaume est près de s'engloutir ; il faut le combler, ce gouffre effroyable. Eh bien ! voici la liste des propriétaires français ; choi^ sissez parmi les plus riches, afin de sacrifier moins de citoyens. Mais choisissez; car ne faut-il pas qu'un petit nombre périsse pour sauver la masse du peu-

4ig PROSATEURS FRANÇAIS.

pie? AllofM. Ces deux mille notables possèdent de quoi combler le déQcit. Ramenez Tordre dans vos finances, la paix et la prospérité dans le royaume Flrappez, immolez sans pitié ces tristes victimes; précipitez-les dans Tablmc : il va se fermer.... Vous reculez d*horreur.... Hommes inconséquents! Hommes pusillanimes ! Eh ! ne voyez-vous donc pas qu'en décrétant la banqueroute, ou, ce qui est plus odieux encore, en la rendant inévitable sans la décréter, vous vous souillez d*un acte mille fois plus criminel, et, chose inconcevable ! gratuitement criminel ? Car enfin cet horrible sacrifice ferait du moins disparaître le déficit. Mais croyez-vous, parce ^ue vous n'aurez pas payé, que vous ne devrez plus rien? Croyez-vous que les milliers, les millions d'hommes qui perdront en un instant, par Texplosion terrible on par ses contre -coups, tout ce qui faisait la consolation de leur vie, et peut-être leur unique moyen de la sustenter, vous laisseront paisiblement jouir de votre crime?

Contemplateurs stoîques des maux incalculables que cette catastrophe vomira sur la France ; impassiUes égoïstes qui pensez que ces convulsions du désespoir et de la misère passeront comme tant d'autres, et d'autant plus rapidement qu'elles seront plus violentes, êtes-vous bien sûrs que tant d'hommes sans pain vous laisseront savourer les mets dont vous n'aurez voulu diminuer ni le nombre ni la délicatesse?... Non, vous périrez, et, dans la conflagration

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imiTerselle que vous ne frémissez pas d^aUemer, la perte de votre honnear ne sauvera pas une seule de vos détestables jouissances.

Voilà où nous marchons.... J'entends parler de patriotisme, d'él^ms de patrk)lisme, d*invocations du paitaiolisme. Ah ! ne prostituez pas ces mots de patrie et de patriotisme. Il est donc bien magttanime« Feffoit de donner une portion de son revenu pour sauver tout ce que Ton possède! Eh! messieurs, ce n*e$t là que la ample arithmétique, et celui qui tentera ne peut désarmer Tindignation que par le mé-pris que doit inspirer sa stupidité. Oui , messieurs^ c'est la prud^ice la plus ordinaire, la ngesse la plus triviale; c'est votre intérêt le plus grossier que j'in-voque. Je ne vous dis plus, comme at^rtrefois : Donnerez-vous les premiers aux nations le spectacle d'un peuple assemblé pour manquer à la foi publique! Je ne vous dis plus : Eh ! qu^ titres avez-vous à la liberté» quelç moyens vous resteront pour la main-^ tenir, si dès votre premier pas vous surpassez les turpitudes des gouvernements les plus corrompus ? si le besoin de votre concours et de votre surveillance n'est pas le garant de votre constitution.... Je vous dis : Vous serez tous entraînés dans la ruine universelle; et les premiers intéressés au sacrifice que le gouvernement vous demande, c'est vousmêmes.

Votez donc ce subside extraordinaire, qui puisset-il être suffisant ! Volez-le, parce que, si vous avez

des doutes sur les moyens (doutes vagues et non éclaircis), vous n'en avez pas sur sa nécessité, et sur notre impuissance à le remplacer, immédiatement du moins. Votez-le, parce que les circonstances publiques ne souffrent aucun retard, et que nous serions comptables de tout délai. Gardez-vous de demander du temps; le malheur n'en accorde jamais.... Eh ! messieurs, à propos d'une ridicule motion du Palais- Royal, d'une risible insurrection qui n'eut jamais d'importance que dans les imaginations faibles, ou (dans) les desseins pervers de quelques hommes de mauvaise foi , vous avez entendu naguère ces mots forcenés : Catitina est aux portes de Rome, et if on délihhre. Et certes il n'y avait autour de nous ni Catilina, ni périls, ni factions, ni Rome.... Mais aujourd'hui la banqueroute, la hideuse banqueroute est là ; elle menace de vous consumer, vous, vos propriétés, votre honneur.... et vous délibérez!

{Fragment du discours sur le pian de Necker^ proposant ta contrihution du quart du revenu pour éviter la ianqueroule,)

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