‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 182 sur 326 · MAURY · texte numérisé non relu

MAURY

Jean-Siffrein Maury était fils d'un pauvre cordonnier de Valréas, petite ville du comtat Venaissin. Promu dans les ordres, il commença sa réputation par des Éloges académiques^ entre autres celui de Fénelon , par des sermons, et par les Panégyriques de saint Louis, de saint Augustin et celui de saint Vincent de Paul, qui est son chef-d'œuvre. A l'époque de la révolution, l'abbé Maury, député de son ordre, se plaça au premier rang parmi les orateurs du parti royaliste. Mais il lutta avec plus de courage que de succès contre la foudroyante éloquence de Mirabeau. Quand il désespéra de la monarchie, il se retira auprès du pape , qui le créa archevêque et cardinal. Sous l'empire , il rentra en France , se dévoua entièrement à Napoléon , et fut nommé archevêque de Paris. Quand les Bourbons revinrent, il retourna en Italie, et pas.sa les derniers jours de sa vie dans la retraite.

Outre ses discours , le cardinal Maury a laissé un Essai sur V éloquence de la chaire, traité devenu classique qui le place parmi nos bons écrivains et nos meilleurs littérateurs.

SAINT VINCENT t)E PAUL.

Il fut successivement esclave à Tunis » précepteur du cardinal de Retz , curé de village , aumônier-* général des galères, principal de collège, chef des missions, et adjoint au ministère de la feuille des bénéfices. Il institua en France les séminaristes , les lazaristes, les fdles de la Charité, qui se dévouent au soulagement des malheureux , et qui ne changent

presque jamais d*état , quoique leurs vœux ne les lient que pour un an. Il fonda des hôpitaux pour les enfants trouvés, pour les orphelins, pour les forçats et pour les vieiOards.

Il exerça pendant quelque temps un ministère de zèk et de charité sur les galères. Il vit un jour un malheoreux forçat qui avait été condamné à trois années de captivité pom* avoir fait la contrebande , et qui paraissait inconsolable d'avoir laissé dans la plus extrême misère sa fennne et ses enfants. Vincent de Paul, vivement touché de sa situation , offrit de se mettre à sa place; et, ce qu*on aura sans doute peiae I concevoir , rechange fut accepté. Cet homme vertueux fut enchaîné dans la chiourme des galériens, et ses pieds restèrent enflés pendant le reste de sa vie du poids de ces iers honorables qu'il avait portés.

Lorsque ce grand homme vint à Paris , on vendait les enfants trouvés dans la rue Saint-Landry , vingt sous la pièce ; et on les donnait par charité, disait-on , aux femmes malades qui av aient besoin de ces innocentes créatures pour leur faire sucer un Ilit corrompu. Ces infommés, que le gouvernement tbandonnait à la pitié , ou , pour mieux dire « \ la barbarie puMique , périssaient presque en tola^ filé ; et ceux qui échappaient par hasard à tant de dangers étaient quelquefois introduits furtivement , ptr les complots de la cupidité , dans des familles opoientes , pour en supplanter les héritiers légitimer

DIX-HUrnÈME SIÈCLE. 4^3

Ces frauduleuses substitutions d'individus furent en France , durant plusieurs siècles , une source intarissable de procès , dont on voit encore les pièces et les détails dans les compilations de nos andens jurisconsultes.

Vincent de Paul donna Texemple , en fournissant d'abord des fonds assurés pour nourrir douze de ces malheureux enfants : bientôt sa charité obtint des soulagements à tous ceux qu'on trouvait exposés aux portes des églises ; mais cette nouvelle ferveur qu'insjMre toujours un nouvel établissement s'étant refroidie , les secours manquèrent entièrement , et les outrages faits à l'humanité allaient recommencer. Le père nourricier des orphelins ne se découragea point. Bien loin de désespérer de la Providence , il convoqua une assemblée extraordinaire : il fit placer dans son église de Saint-Lazare un très-grand nombre de ces pauvres enfants prêts à expirer, entre les bras des filles de la Charité , et montant aussitôt en chaire , il prononça , les yeux baignés de larmes , une allocution pleine d'âme , qui fait autant d'honneur à son éloquence qu'à son zèle...

On ne répondit à cette pathétique exhortation que par des sanglots ; et le même jour , au même instant, l'hôpital des Enfants-Trouvés de Paris fut fondé , et doté de quarante mille livres de rentes.

{Panégyrique de saint Vincent de Paul,)

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