LE VRAI BONHEUR
Les riches et les puissants croient qu'on est misérable et hors de ce monde quand on ne vit pas comme eux; mais ce sont eux qui, vivant loin de la nature, viventhorsdu monde. Ils vous trouveraient, ôéterndie beauté, toujours ancienne et toujours nouvelle ! ô vie pure et bienheureuse do tous ceux qui vivent véritablement! s'ils vous cherchaient seulement au dedans d'eux-mêmes. Si vous étiez un amas stérile d'or, oti un roi victorieux qui ne vivra pas demain, ils vous apercevraient et vous attribuersijent la puissance de letir dminer quelqub plaisir ; votre natnt^ vaine M;-
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cnperait leur vanité : vous seriez un objet proportionné à leurs pensées craintives et rampantes. Mais parce que vous êtes trop au dedans d'eux , où ils ne rentrent jamais, et trop magnifique au dehors, où vous vous répandez dans l'infini, vous leur êtes un Dieu caché. Ils vous ont perdu en se perdant. L'ordre et la beauté même que vous avez répandus sur toutes vos créatures, comme des degrés pour élever l'homme à vous , sont devenus des voiles qui vous dérobent à leurs yeux malades : ils n'en ont plus que pour voir des ombres, la lumière les éblouit. Ce qui n'est rien est tout pour eux ; ce qui est tout ne leur semble rien, Cependant , qui ne vous voit pas n'a rien vu , qui ne vous goûte point n'a jamais riea senti : il est comme s'il n'était pas, et sa vie entière n'est qu'un songe malheureux. Moi-même, ô mon Dieu ! égaré par une éducation trompeuse, j'ai cherché un vain bonheur dans les systèmes des sciences, dans les armes, dans la faveur des grands, quelque-? fois dans de frivoles et dangereux plaisirs. Dans toutes ces agitations je courais après le malheur, tandis que le bonheur était auprès de moi. Quand j'étais loin de ina patrie, je soupirais après des biens que je n'y avais pas; et cependant vous me faisiez connaître les biens sans nombre que vous avez répandus sur toute la terre, qui est la patrie du genre humain. Je m'in^ quiétaisde ne tenir à aucun grand ni à aucun corps; et j'ai été protégé par vous dans mille dangers où ils ne peuvent rien. Je m'attristais de vivre seq) et
sans considération; et vous m*avez appris que la solitude valait mieux que le séjour des cours, et que la liberté était préférable à la grandeur.
{Etudes de (a nature.)