‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 205 sur 326 · LES FORÊTS DE L' AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

LES FORÊTS DE L' AMÉRIQUE

Pénétrez dans ces forêts américaines aussi vieilles que le monde : quel profond silence^ dans ces retraites, quand les vents reposent I Quelles voii^ inconnues, quand les vents viennent à s'élever! Êtesvous immobile, tout est muet : faites-vous un pas, tout soupire. La nuit s'approche, les ombres s'épaississent : on entend des troupeaux de bêles sauvages

passer dans les ténèbres; la terre murmure sous vos pas ; quelques coups de foudre font mugir les déserts ; la forêt s*agite, les arbres tombent, un fleuve inconnu coule devant vous. La lune sort enfin de TOrient; à mesure que vous passez au pied des arbres, elle semble errer devant vous dans leur cime , et suivre tristement vos yeux. Le voyageur s'assied sur le tronc d'un chêne pour attendre le jour; il regarde tour à tour l'astre des nuits , les ténèbres, le fleuve ; il se sent inquiet, agité, et dans l'attente de quelque chose d'inconnu; un plaisir inouï, une crainte extraordinaire, font palpiter son sein, comme s'il allait être admis à quelque secret de la Divinité : il est seul au fond des forêts; mais l'esprit de l'homme remplit aisément les espaces de la nature, et toutes les solitudes de la terre sont moins vastes qu'une seule pensée de son cœur. {Voyage eti Amérique. )

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