‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 210 sur 326 · LE JOUR DE SON TRIOMPHE · texte numérisé non relu

LE JOUR DE SON TRIOMPHE

Les quatre chevaux blaucs qui traînaient le char de Corinne se firent place au milieu de la foule. G orinne était assise sur ce char construit à Tantique ,

et de jeunes filles , vêtues de blanc , marchaient à côté d'elle. Partout où elle passait , Ton jetait en abondance des parfums dans les airs ; chacun se mettait aux fenêtres pour la voir, et ces fenêtres étaient parées en dehors de pots de fleurs et de tapis d'écarlate ; tout le monde criait : Five Corinne ! vive ie génie, vive la teauté! L'émotion était générale , mais lord Nelvil ne la partageait point encore ; et bien qu'il se fût déjà dit qu'il fallait mettre à part , pour juger tout cela , la réserve de l'Angleterre et les plaisanteries françaises , il ne se livrait point à cette fête , lorsqu'enfm il aperçut Corinne.

Elle était vêtue comme la sibylle du Dominiquin , un châle des Indes tourné autour de sa tête , et ses cheveux , du plus beau noir , entremêlés avec ce châle ; sa robe était blanche ; une draperie bleue se rattachait au-dessous de son sein ; et son costume était très-pittoresque , sans s'écarter cependant assez des usages reçus pour que l'on pût y trouver de l'affectation. Son attitude sur le char était noble et modeste : on apercevait bien qu'elle était contente d'être admirée ; mais un sentiment de timidité se mêlait à sa joie , et semblait demander grâce pour son triomphe ; l'expression de sa physionomie , de ses yeux , de son sourire , intéressait pour elle , et le premier regard fit de lord Nelvil son ami , avant même qu'une impression plus vive le subjuguât. Ses bras étaient d'une éclatante beauté; sa taille grande , mais un peu forte , k la manière des statues

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