‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 243 sur 326 · LA COUR · texte numérisé non relu

LA COUR

Là tout le monde sert ou veut servir. L*un présente la serviette, l'autre le vase à boire. Chacun reçoit ou demande salaire, tend la main, se recommande, supplie. Mendier n*est pcjs honte à la cour; c*est toute la vie du courtisan. Dès Tenfance, appris à cela , voué à cet état par honneur, il sVn acquitte bien autfe^ient que ceux qui mendient par paresse ou nécessité. Il y apporte un soin , un art , une patience , une persévérance et aussi des avances , une mise de fonds; c*est tout, en tout genre d'industrie. Gueux à la besace, que peut-on faire ? Le courtisan mendie en cairosse à six chevaux , et attrape plutôt un million que l'autre un morceau de pain noir. Actif, infatigable, il ne s'endort jamais; il veille la nuit et le jour, guette le temps de demander, comme vous celui de semer, et mieux. Aucun refus , aucun mauvais succès ne lui fait perdre courage. Si nous mettions dans nos travaux la moitié de cette constance, nos greniers chaque année rompraient. Il n'est affront, dédain, outrage ni mépris qui le puissent rebuter. Éconduit, il insiste; repoussé, il tient bon ; qu'on le chasse, il revient ; qu'on le batte, il se couche à terre. Frappe > mais écoute ci donne*

Du reste , prêt à tout. On est encore à inventer un service assez vil , une action assez lâche pour que rhomme de cour, je ne dis pas s*y refuse, chose inouïe , impossible , mais n*en fasse point gloire et preuve de dévouement. {Simpte discours.)

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