‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 244 sur 326 · LES DANSES VILLAGEOISES · texte numérisé non relu

LES DANSES VILLAGEOISES

Nous dansons au son du violon ; mais ce n*est que depuis certaine époque. Le violon était réservé jadis aux bals des honnêtes gens ; car d'abord il fut rare en France. Le grand roi fit venir des violons d'Italie, et en eut une compagnie pour faire danser sa cour gravement, noblement, les cavaliers en perruque noire , les dames en vertugadin. Le peuple payait ces violons , mais ne s'en servait pas , dansait peu, quelquefois au son de la musette ou cornemuse, témoin ce refrain :

Voici le pèlerin jouant de la musette : Danse, Guillot; saute, Perrette.

Nous, les neveux de ces GuiUot et de ces Perrette, quittant les façons de nos pères , nous dansons au son du violon, comme la cour de Louis-le-Grand. Outre ces danses ordinaires, les dimanches et fêtes il y a ce qu'on nomme V assemblée une fois l'an dans chaque commune , qui reçoit à son tour les autres. Grande afiluence ce jour-là , grande joie pour les jeunes gens. Les violons n'y font faute ,

comme vous pouvez croire. Au premier coup d'archet , on se place , et chacun mène sa prétendue. Autre part on joue à des jeux que n'afiforme point le gouvernement i au palet, à la boule, aui quilles; plusieurs cependant parlent d'affaires, des marchés se concluent ; mainte vache est vendue qui n'avait pu l'être à la foire. Ainsi ces assemblées ne sont pas des rendez-vous de plaisir seulement, mais touchent les intérêts du public et de chacun , et le lieu où elles se tiennent n'est pas non plus indifférent, La place d'Aza! semble faite exprès pour cela : située au centre de la commune , en terrain battu , non pavé, par là propre à toutes sortes de jeux et d'exercices; entourée de boutiques , à portée des hôtelleries, des cabarets, car peu de marchés se font sans boire, peu de contredanses se terminent sans vider quelque pot de bière; nul désordre ; jamais l'ombre d'une querelle. C'est l'admiration des Anglais qui nous viennent voir quelquefois , et ne peuvent quasi comprendre que nos fêtes populaires se passent avec tant de tranquillité, sans coups de poing comme chez eux , sans meurtres comme en Italie , sans ivres-morts comme en Allemagne.

{Pétition pour des villageois.)

dix-neuvième siècle. 585

l'Élection d'un empereur.

Plaisance^ le .'.. mai 4804.

Nous menons de faire un empereur, et, pour ma part, je n*y ai pas nui. Voici l'histoire. Ce matin, d'Anthouard nous assemble et nous dit de quoi il s'agissait, mais bonnement, sans préambule ni péroraison. — Un empereur ou la république, lequel est le plus de votre goût ? Comme on dit rôti ou bouilli, potage ou soupe , que voulez-vous? Sa harangue fmie, nous voilà tous à nous regarder, assis en rond^ Messieurs, qu'opinez-vous? Pas le mot. Personne n'ouvre la bouche. Cela dura un quart d'heure au plus, et devenait embarrassant pour d'Anthouard et pour tout le monde, quand Maire, un jeune homme, un lieutenant que tu as pu voir, se lève et dit : S'il veut être empereur, qu'il le soit ; mais, pour en dire mon avis, je ne le trouve pas bon du tout. — Ex{riiquez-vous, dit le colonel : voulez-vous? ne voulezvous pas ? — Je ne le veux pas , répondit Maire. — A la bonne heure. Nouveau silence ; on recommence à s'observer les uns les autres comme des gens qui se voient jwur la première fois; nous y serions encore si je n'eusse pris la parole. Messieurs, dis-je, il me semble , sauf correction ^ que ceci ne nous regarde pas : la dation veut un empereur, estce à nous d'en délibérer ? Ce raisonnement parut si

fort, si lumincujc, si ad rein,., que veux-tu, j*entrainai rassemblée ; jamais orateur n*eut un succès si complet : on se lève, on signe , on s'en va jouer au billard. Maire me disait : Ma foi, commandant, vous parlez comme Gicéron ; mais pourquoi donc voulez-vous tant qu'il soit empereur, je vous prie ? . — Pour en finir et faire notre partie de billard. Fallait-il rester là tout le jour? Pourquoi ne le voulez-vous pas? — Je ne sais, me dit-il, mais je le croyais fait pour quelque chose de mieux. Yoilà le propos du lieutenant que je ne trouve point tant sot. En oiïet, que signifie, dis-moi.... un homme, lui, Bonaparte, soldat, chef d'armée, le premier capitaine du monde, vouloir qu'on l'appelle majesté! être Bonaparte et se faire sire ! H aspire à descendre : mais non , il croit monter en s'égalant aux rois. Il aime mieux un titre qu'un nom; pauvre homme ! ses idées sont au-dessous de sa fortune. Je m'en doutai quand je le vis donner sa petite sœur à Borghèse; et croire que Borghèse lui faisait trop d'honneur!...

Voilà nos nouvelles ; mande-moi celles du pays où tu es, et comment la farce s'est jouée chez vous ; à peu près de môme sans doute.

Chacun baise en tremblant la main qui nous erichaîno.

Avec la permission du poète, cela est faux ; on ne tremble point , on veut de l'argent, et on ne baise que la main qui paye.

Ce César l'entendait mieux , et aussi c'était un autre homme ; il ne prit point de titres usés, mais il fit de son nom même un titre supérieur à celui de roi.

Adieu, nous t'attendons ici. {Lettres,)

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