‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 285 sur 326 · INDÉPENDANCE DE DUCIS · texte numérisé non relu

INDÉPENDANCE DE DUCIS

Un trait distinctif du caractère de Ducis, c'était quelque chose de fier, de libre, d'indomptable. Ja-

6i6 PROSATEURS FRAXÇAIS.

mak il ne porta, ne subît aucun joi^, pas même celui de son siècle ; car dans son siècle il fut constamment très-religieux.

Quand l'ordre social se rétablit arec pompe, lorsqu'on fit l'empire, l'hoomie qui Toulait être la gloire publique de la France, et s'occupait d'attirer, d'absorber dans l'abîme de sa renommée toutes les célébrités secondaires, tourna les yeux Ters Duds; il Toulait le faire sénateur, Ducis n'en avait nuUe envie. Le maître de la France le chercha donc, et voulut l'honorer, le récompenser, {'avoir enfin. En généra] , il séduisait si facilement, qu'il était tout étonné de trouver quelqu'un qui osât résister, ou même échapper à ses bienfaits.

Un jour, dans une réunion brillante, il l'aborda comme on aborde un poète, par des compliments sur son génie : ses louanges n'obtiennent rien en retour; il va plus loin, il parle plus nettement; il parle de la nécessité de réunir toutes les célébrités, toutes les gloires de la France , autour d'un pouvoir réparateur. Même silence, même froideur. Enfin, comme il insistait, Ducis, avec une originalité toute shaskspcaricnnc , lui prend fortement le bras, et lui dit : « Général , aimez-vous la chasse 7 » Cette question Inattendue laisse le général embarrassé. « Eh >» bien ! si vous aimez la chasse , avez-vous chassé » quelquefois aux canards sauvages ? C'est une chasse » difTicllc , une proie qu'on n'attrape guère , et qui <» nflir^ (le loin le fusil du chasseur, Ëh bien f je suis

» un de ces oiseaux , je me suis fait canard sauvage. » * Et en même temps il fuit à l'autre bout du salon , et laisse le vainqueur d'Arcole et de Lodi fort étonné de cette incartade.

{Cours de littérature française.)

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