‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 286 sur 326 · VOLTAIRE ÉCRIVAIN · texte numérisé non relu

VOLTAIRE ÉCRIVAIN

La longue vie de Voltaire et la continuelle activité de son génie, est un des événements de Thistoire de notre langue. Il en retardait la décadence par les qualités mêmes de son style. 11 ajoute, pour ainsi dire, à la nature de cette langue celle de son esprit, si net, si juste, si facile, si rapide, si brillant de clarté. D'autres écrivains ont été plus éloquents; aucun plus français et plus cosmopolite à la fois. Aucun n'a servi davantage à la popularité de notre langue, et à cette convention tacite qui fait que, presque partout, deux hommes d'esprit , de nation diverse, qui se rencontrent, s'accordent à parler français. Cette influence de soixante années de verve et de gloire , cette parole toujours naturelle et vive, quoiqu'elle dît, ce goût moqueur, toujours armé contre l'aiîectation et l'enflure, n'empêchèrent pas cependant le cours inévitable des choses. Si la langue s'enrichit encore de combinaisons et de formes heureuses, si la prose surtout se dégagea parfois de quelques lenteurs, si l'étude plus générale des sciences introduisit dans l'usage plusieurs termes

'nouveaux et nécessaires, le naturel et la pureté du style s*aiTaiblirent. Voltaire lui-même, s'il ménageait avec^un goût exquis le caractère de notre idiome , et ne le surchargeait d'aucun faux ornement , en émonda parfois le jet vigoureux, et n'en retint pas toutes les richesses. Sa langue, si correcte et si facile, a moins de nerf et de physionomie que celle du siècle précédent.

( Préface du Dict. de V Académie.)

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