‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 315 sur 326 · GEORGE SAND · texte numérisé non relu

GEORGE SAND

Mâfiè-Aufôrë Dûpin , si célèbre sous le nom de (jeorûe Sand ) est née h La Châtre , dans les premières atanées du siècle. Orpheliuç de bonne heure, on lui fit épouser le baron Dudevant, vieux militaire de l'empire. Cette union fut malheureuse : les déUx époux se séparèrent. Madame Dudevant, devenue libre , se vit exposée à toutes lès vicissitudfes , A tous les dangers de la vie d'artiste. Peu après la révolution de 4 880, elle publia un roman pour avoir du pain. Ce roman, écrit avec lé cdBiir, et tout brûlaîit de passion, de douleur et de colère, éet un sueeès prodigieux. Du premier coup, l'auteur révéla ce talent vigoureux qui lui valut une position souveraine. Depuis, madame Dudevant a écrit plus de quarante volumes, qui ont achevé de metlfé le sceau à sa réputation. On y remarque une à&ie enthousiaste , une itnsgination fougueuse , une inspii^tiôA chaleureuse, une verve abondante, une richesse de langage qui en font un des plus grands poètes de l'époque.

La lecture des rohiaiis de madame Dudevant n'oÉ're rii plus ni moins d'inconvénients que celle des autres livrfeS du même genre. Malheureuse dans le mariage, elle s'est proposé d'at^« taquer, non pas le mariage en lui-même, mais les abus du mariage tel qu'il existe. Elle s'élève contre ce contrat inégal, qui fait de l'homme un despote et de la femme une victime, et contre l'injustice de l'opinion publique, qui excuse les fautes d'un sexe tandis qu'elle blâme avec rigueur les erreurs de l'autre. En face dû dévouement , de l'abnégation et de la fai*

blesse coDÛante et intrépide de la femme, elle dévoile l'égoïsme, la lâcheté, la perOdic de l'homme, que la morale du jour couvre de sa honteuse protection.

Les Lettrée d'un Voyttgeur me semblent le plus beau livre sorti de la plume de G. Sand. Ce sont des révélations intimes, écrites suivant les impressions d'une imagination ardente et mobile, et remplies de poésies, de fantaisies errantes, de douleurs amëres, de riantes pensées. Souvent on croit lire les Conftêiiom ou les Réveriei d'un promeneur solitaire.

MARGUBRITE LEGONTE ET WATELET.

11 m'importe peu de vieillir; il m'importerait beaucoup de ne pas vieillir seul. Mais je n'ai pas rencontré l'être avec lequel j'aurais voulu vivre et mourir, ou, si je l'ai rencontré, je n'ai pas su le garder. Écoute une histoire, et pleure.

U y avait un bon artiste, qu'on appelait Watelet, qui gravait à l'eau-forte mieux qu'aucun homme de son temps. 11 aima Marguerite Leconte, et lui apprit à graver à l'eau-forte aussi bien que lui. Elle quitta sa famille, ses biens et sou pays pour aller vivre avec Watelet Le monde les maudit ; puis , comme ils étaient pauvres et modestes, on les oublia. Quarante ans après, ou découvrit aux environs de Paris, dans une maisonnette appelée Moulin-Joli^ un vieux homme qui gravait à Teau^forte, et une vieille femme qu'il appelait sa meunière et qui gravait à Teau-fortc assise à la même table. Le premier oisif qui découvrit cette merveille l'annonça aux autres, et le beau monde courut en foule à Moulin-Joli pour voir le

phénomène. Un amour de quarante ans, un travail toujours assidu et toujours aimé , deux beaux talents jumeaux, Philémon et Baucis du vivant de mesdames Pompadour et Du Barry, cela fit époque et le couple miraculeux eut ses flatteurs , ses amis, ses poètes, ses admirateurs. Heureusement le couple mourut de vieillesse peu de jours après, car le monde eût tout gâté. Le dernier dessin qu'ils gravèrent représentait le Moulin-JoH^ la maison de Marguerite, avec cette devise : Cur vaile permutem Satina divitias operosiores ?

Il est encadré dans ma chambre , au-dessus d'un portrait dont personne ici n*a vu Toriginal. Pendant un an , Têtre qui m*a légué ce portrait s*est assis avec moi toutes les nuits à une petite table, et il a vécu du même travail que moi... Au lever du jour, nous nous consultions sur notre œuvre , et nous soupions à la même petite table, tout en causant d'art, de sentiment et d'avenir. L'avenir nous a manqué de parole. Prie pour moi , ô Alarguerite Leconte! {Lettres d'un voyageur.)

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