UNE MAISON DÉSERTE
Je faisais ces réflexions appuyé contre la porte que je venais de fermer derrière moi , et je n'osais me décider à traverser la cour, car il fallait fouler de longues herbes qui montaient jusqu'à mes genoux , et sur lesquelles les rayons du soleil commençaient à
boire la rosée du matin. Quelle nymphe avait renversé là sa corbeille et semé ces légers gramens, ces délicats saxifrages qui s'élevaient dans leur beauté virginale à Tabri de toute profanation ? Pardonnemoi , sylphide , lui disais-je , ou donne-moi ta démarche légère, afin que je franchisse cet espace sans courber sous mes pas tes plantes bien-aimées. Quiconque m'eût vu, haletant et poudreux, appuyé d'un air morne contre la porte, ma valise à la main, m'eût pris pour un homme perdu de désespoir ou abîmé de remords; et cependant nul voyageur ne fut plus fier de sa découverte , nul pèlerin ne salua plus pieusement la Terre-Sainte.
La sylphide n'avait pas dédaigné de cultiver les plantes que le maître de la maison déserte lui avait concédées. Trois tilleuls qui séparaient la cour en deux , avec une plate-bande de pieds-d'alouette le long des murs, une vigne et de grandes mauves pyramidales , avaient pris une richesse et un développement splendides. Quand j'eus atteint la partie pavée de mon petit domaine , j'eus soin de marcher sur les dalles disjointes sans écraser la verdure qui se faisait jour à travers les fentes; j'arrivai ainsi à la porte, et là ce fut un autre embarras. Les longs rameaux de la vigne s'étaient entrelacés au-devant de l'entrée ; partout ils formaient des courtines de feuillage devant les fenêtres. Il fallut y porter une main impie, les entr'ouvrir comme des rideaux pour me frayer le passage de ce seuil vénérable. Mais, dès
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que je Teus franchi , ces pat^pres retombèrent avec souplesse et s'embrassèrent étroitement comme pour m*ioterdire de repasser Tenceintc sacrée. Je ne vous ai pas encore désobéi, ô flexibles et complaisants barreaux de ma chère prison ! Chaque nuit je m'assieds sur la dernière marche de Tescalier, et je contemple la lune à travers vos guirlandes argentées, rjiaque étoile du ciel s'encadre à son tour en passant devant le réseau diaphane que vous étende? entre elle et moi, et quelquefois le jour me sqrprend iui- IQobile et muet comme la pierre où je me suis assis.
{LeUreê d'un voyageur.)