‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 68 sur 326 · PROMENADE D'AMPHITRITE · texte numérisé non relu

PROMENADE D'AMPHITRITE

Nous aperçûmes des dauphins couverts d'une écaille qui paraissait d'or et d'azur. £n se jouant , ils soulevaient les flots avec beaucoup d'écume. Après eux venaient des tritons qui sonnaient do la trompette avec leurs conques recourbées. Ils environnaient le char d'Amphitrite, traîné par des chevaux marins plus blancs que la neige, et qui, fendant l'ondi! salée , laissaient derrière eux un vaste sillon dans la mer. Leurs yeux étaient enflammés, et leurs bouches étaient fumantes. Le char de la déesse était une conque d'une merveilleuse figure ; elle était d'une blancheur plus éclatante que l'ivoire, et les

fones étaient d*or. Ce char semblait voler sur la surface des eaux paisibles. Une troupe de nymphes couronnées de fleurs nageaient en foule derrière le char; leurs beaux cheveux pendaient sur leurs épaules , et flottaient au gré du vent La déesse tenait d*une main un sceptre d*or pour commander aux vagues, de l'autre elle portait sur ses genoux le petit dieu Palémon son fils. £lle avait un visage serein et une douce majesté qui faisait fuir les vents séditieux et toutes les noires tempêtes. Les tritons conduisaient les chevaux et tenaient les rênes dorées. Une grande voile de pourpre flottait dans l'air audessus du char I elle était à demi enflée par le soufllo d*une multitude de petits zéphyrs qui s'efforçaient de la pousser par leur haleine. On voyait au milieu des airs Éole empressé, inquiet et ardent Son visage ridé et chagrifi , sa voix menaçante , ses sourcils épais et pendants , ses yeux pleins d'un feu sombre et austère , tenaient en silence les fiers aquilons , et repoussaient tous les nuages. Les immenses baleines et tous les monstres marins , faisant avec leurs narines un flux et reflux de l'onde amèrc , sortaient à la hâte de leurs grottes profondes pour voir la déesse.

{Téiémaque, LIV. IV.)

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