‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 89 sur 326 · HENAULT · texte numérisé non relu

HENAULT

Gbarles-Jean-FraDçois Hénavlt naquit à Paris ; il était fils d'un fermier-général. Il entra dans la magistrature, et fut sucfcessivement conseiller au Parlement , président de chambre et intendant de la maison de la reine.

Le président Hénault cultiva la littérature avec succès, et devint membre de l'Académie française et de celle des Inscriptions. Son principal ouvrage est un excellent Abrégé chronolo" gique de VfMtùire de France, trop loué de son vivant, et aujourd'hui trop peu lu et trop déprécié.

LB SIÈCLE d'auguste ET LE SIÈCLE DE LOUIS XIV.

On a remarqué^ avec raison, qae les règnes d*Auguste et de Louis XIV se ressemblaient par le con^ cours des grands hommes de tous les genres qui ont illustré leurs règnes. Mais on ne doit pas croire que ce soit Teffet seul du hasard, et, si ces deux règnes ont de ^ands rappcnts., c'est qu'ils ont été accompagnés à peu près des mtoes circonstances. Ces deux princes sortaient des guerres civiles, de ce temps où les peuples , toujours annés , nomrîs sans cesse au milieu des périls, entêtés des <plus hardis dessein», ne voient rien où ils ne puissent atteindre; de Ce îtittps où les événeiRents heureux et malheu-* revkX, mille fois répétési, étendent les idées, fortifient

l*àuie a force d'épreuves, aiigmenteut son ressort, et lui donnent ce désir de gloire qui ne manque jamais de produire de grandes choses.

Voilà comme Auguste et Louis XIV trouvèrent le monde. César s'en était rendu le maître, et avait devancé Auguste ; Henri IV avait conquis son propre royaume, et fut Taïeul de Louis XIV. Même fermentation dans les esprits; les peuples, de part et d'autre, n'avaient été pour la plupart que des soldats , et les capitaines des héros. A tant d'agitation, à tant de troubles intestins succède le calme que produit l'autorité réunie. Les prétentions des républicains et les folles entreprises des séditieux détruites laissent le pouvoir dans les mains d'un seul, et ces deux princes, devenus les maîtres (quoiqu'à des titres bien différents), n'ont plus à s'occuper qu'à rendre utile à leurs États cette même chaleur qui jusqu'alors n'avait servi qu'au malheur public. Leur génie et leur caractère particulier se ressemblaient encore par là , ainsi que leurs siècles.

L'ambition et l'ardeur de la gloire avaient été égales entre eux : héros sans être téméraires, entreprenants sans être aventuriers, tous deux avaient été exposés aux orages de la guerre civile ; tous deux avaient commandé leurs armées en personne; l'un et l'autre avaient su vaincre et pardonner. La paix les trouva encore semblables par un certain air de grandeur, par leur magniûcence et leur libéralité. Chacun d'eux possédait ce goût naturel, cet instinct

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heureux qui sert à démêler les hommes. Leurs ministres pensaient comme eux, et Mécène protégeait auprès d'Auguste, ainsi que Colbert auprès de Louis XIV, tout ce que Rome et la France avaient de génies, distingués. Enfin le hasard les ayant fait naître Tun et l'autre dans le même mois, tous deux moururent presque au même âge; et, ce qui contribue à rendre ces règnes célèbres, aucuns princes ne régnèrent si long-temps.

Par combien de moyens il fallait que la nature préparât deux siècles si beaux ! Le même fonds qui avait produit des hommes illustres dans la guerre produisit des génies sublimes dans les lettres, dans les arts et dans les sciences : l'émulation prit la place de la révolte; les esprits, accoutumés à Tindépeudancc, ne la cherchèrent plus que dans les vues saines de la philosophie. Il n'était plus question d'entreprendre sur ses pareils , il fallut s'en faire admirer; la supériorité acquise par les armes fut remplacée par celle que donnent les talents de l'esprit; en un mot, les mêmes circonstances réunies donnèrent à l'univers les règnes d'Auguste et de Louis XIV.

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