‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 93 sur 326 · ATTILA · texte numérisé non relu

ATTILA

Dans les premiers temps, la politique des Romains fut de diviser toutes les puissances qui leur faisaient ombrage; dans la suite, ils n'y purent réussir. Il fallut souiïrir qu'Attila soumît toutes les nations du nord : il s'étendit depuis le Danube jusqu'au Rhin , détruisit tous les forts et tous les ouvrages qu'on avait faits sur ces fleuves , et rendit les deux empires tributaires.

« Théodore , disait-il insolemment, est fils d'un » père très-noble aussi bien que moi ; mais , en me n payant le iribut, il est déchu de sa noblesse, et est » devenu mon esclave : il n'est pas juste qu'il dresse » des embûches à son maître , comme un esclave 9 méchant.»

)1 ne faut pas croire que ce fût par modération

qu'Attila laissa sabsister les Romains : il suivait les mœurs de sa nation, qui le portaient à soumettre les peuples, et non pas à les conquérir. Ce prince, dans sa maison de bois, maître de toutes les nations barbares, et en quelque façon de toutes celles qui étaient policées, était un des plus grands monarques dont rbistoire ait jamais parlé.

On voyait à sa cour les ambassadeurs des Romains d'Orient et de ceux d'Occident, qui venaient recevoir ses lois, ou implorer sa clémence. Tantôt il demandait qu'on lui rendît les Huns transfuges, ou les esclaves romains qui s'étaient évadés; tantôt il voulait qu'on lui livrât quelque ministre de l'empereur. Il avait nais sur l'empire d'Orient un tribut de 200,000 livres d'or. Il recevait les appointements de général des armées romaines. Il envoyait à Constantinople ceux qu'il voulait récompenser, afin qu'on les comblât de biens, faisant un trafic continuel de la frayeur des Romains.

11 était craint de ses sujets, et il ne paraît pas qu'il en fût haï. Prodigieusement fier, et cependant rusé, ardent dans sa colère , mais sachant pardonner ou différer la punition, suivant qu'il convenait à ses intérêts, ne faisant jamais la guerre , quand la paix pouvait lui donner assez d'avantages, fidèlement servi des rois mêmes qui étaient sous sa dépendance, il avait gardé pour lui seul l'ancienne simplicité des mœurs des Huns. Du reste , on ne peut guère louer sur sa bravoure le chef d'une nation où les enfants

SIS PROftAT£UilS FRANÇAIS.

eiltraient en fnrear aU récit dés beaux faits d'armes de lenrs pères, et où les pères versaient des larmes^ parce qu'ils ne pouvaient pas imiter leurs enfants. {(Grandeur et décadence des Romains»)

Page 1