‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 95 sur 326 · CHARLES XII · texte numérisé non relu

CHARLES XII

Cjiarles lill , roi fte Suàde , éprouva ce quel 4 prospérité ii de plus grand , et ce que Vadversité a de plus cruel , «ans avoir été amolli par Tuae , ni ébranlé uu moment par Vautie. Presque toutesi m actions, jusqu^i» celle de sa vie privée et uniq, put été bien loin au deU du vraisemblable, C*e$t peutr être le ^eul dç tous les hp^m^s, et jusc[u*ici le seul de tous les rois, qui ait vécu sans faiblesse; il a porté toutes les vertus des héros à un excès où elles sont aussi dangereuses que les vices opposés.

;$a fermeté, d^veuuo ppiniHtrp, ^t ses fuall^prs dans r Cérame, et le retiat cinq aps eu Turquie; M libéralité, dégénérapt en profui^ion, a fuiué la Suède ; son courage, poussé ju^u'ii la témérité , a causé ^a mort; sa justice a été quelquefois jusqu'à la cruautéet dafi^ les derpi^es années, le' maintien de çon au-, torité approchait de la tyrapuie. Ses grandes qualités, dopt une seule eût pu immortaliser uu autrn prince, opt fait le malheur de sop pay^. H p'attiiqua

VtO PROSATETHS HUHÇAIS.

jamais personne; mais il ne fot pas anssî prodent qu'implacable dans ses lengeances.

Il a été le premier qui ait en Tambition d'être «Miqiiérant sans a%oir TenTie d'agrandir ses états ; il Toolait gagner des empires pour les donner. Sa passion pour la gloire , pour la guerre et poor la ? engeance, Fempécha d'être bon politique : qualité sans laquelle on n'a jamais tu de conquérant Ayant la bataille, et après la victoire, il n'avait que de la modestie ; après la défaite, que de la fermeté ; dur pour les autres comme poor lui-même , comptant pour rien la peine et la Tie de ses sujets, aussi bien que la sienne; bomnie unique plutôt que grand bomme» admirable plutôt qu'à imiter. Sa yie doit apprendre aux rois combien un gouTemement ^>acifique et heureux est au-dessus de tant de gloire.

{Histoire de Charles Xll.)

BATAILLE DE NARTA.

Dès que le canon des Suédois eut fait brèche aux retranchements, ils s'avancèrent, la baïonnette ao bout du fusil, ayant au dos une nage fiirieose, qni donnait au visage des ennemis. Les Russes se firent tuer pendant une demi-heure sans quKter le revers des fossés. Le roi attaquait à la droite do camp , où était le quartier du czar : il espérait le rencontrer, ne sachant pas que l'empereur loi- même avait été chercher ces qoarante mille

DIX-HUmÈlfE SIÈCLE. )S1

hommes qui devaient arriver dans peiL Ânx premières décharges de la mousqueterie ennemie, le roi reçut une balle à la gorge ; mais c'était mie balle morte qni s'arrêta dans les plis de sa cravate noire , et qui ne lui fit aucun mal. Son cheval fut tué sous lui. M. de Spaar m'a dit que le roi sauta légèrement sur un autre cheval , en disant : « Ces gens-ci me font faire mes exercices, » et continua de combattre et de donner les ordres avec la même présence d'esprit Après trois heures de combat , les retranchements furent forcés de tous côtés. Le roi poursuivit la droite des ennemis jusqu'à la rivière de Narva avec son aile gauche, si l'on peut appeler de ce nom environ quatre mille hommes qui en poursuivaient près de quarante mille. Le pont rompit sous les fuyards; la rivière fut en un moment couverte de morts. Les autres, désespérés, retournèrent à leur camp sans savoir où ils allaient : ils trouvèrent quelques baraques, derrière lesquelles ils se mirent Là ils se défendirent encore , parce qu'ils ne pouvaient pas se sauver; mais enfin leurs généraux Dolgorouki , Gollofkin , Fédérowitz , vinrent se rendre au roi , et mettre leurs armes à ses pieds. Pendant qu'on les lui présentait, arriva le duc de Croi, général de l'armée, qui venait se rendre lui-même avec trente oflBciers.

Charles reçut ces prisonniers d'importance avec une politesse aussi aisée et un air aussi humain que s'il leur eût fidt, dans sa cour, les honneurs d'une

29a PROSATEURS FRANÇAIS.

fête. Il ne voulpt garder que les généraui. Tous les officiers subalternes et les soldats furent conduits jusqu'à la rivière de Narya : on leur fournît des bateaux pour la repasser et pour s'en retourner chez eux. Cependant la nuit s'approchait ; la droite des Moscovite se battait encqre : les Suédois n'avaient pas perdu six cents hommes ; dix-huit mille Moscovites avaient été tués dans leurs retranchements; un grand nombre était noyé : beaucoup avaient passé la rivière ; il en restait encore assez dans le camp pour exterminer jusqu'au dernier Suédois. Mais ce n'est pas le nombre des morts » c'est {lépouvante d^ c^Uf qui survivent qui fait perdrp les bfttîjiUes. ï-e roi profita du peu de jo|}r qui restait pQur saisir l'artillerie ennenûe. {l se popta avsintageusfiinenten^^leur camp f^ la ville ; 1) il dormit quelques heijr^ pur la terre • en^filoppé dans spn mai^t^au en attendant qu'il pût fondre, an pqint du jour, sur r^ile gaifche des qnnqmis , qui n'avait pqii^t encore été tout à (iiif rompue. A den3( heures du matin , le g<inéra| Vède, quj commandait cette gauche • ayant su le gracie^{

accueil que le roi ^yait fait ap^ aufre^ généraux , et cpmPient U avait repyoyé tou§ leç officier^ sub^terne? et les soldats, l'eflVQya §MRplief! fle Iw apçpçn der |2| in^me gr^cp. I^e y^inqueuf lui lit dire qfi'|l n'avait qu'à s'approcher à la tôte de ses trpupes, et venir mettre les armes et |e§ drapeaux devait lui. Ce général parut bientôt après ayec ses UoSpqyjte^y qwl étaient ^p pqqibrf d'e{jv}ifl{} trefit^ ipii|e, ))s

marchèrent tête nue , «>ldats et oKciprs , k traveira moins de sept mille Suédois. Les soldats, en passant deiant le roi , jetaient à terre leurs fusils et leurs épées , et les oflBciers portaient à ses pieds les enseignas et les drapeaux. Il ^t repasser la riyière à toute cette multitude, sans en retenir un seul soldat prisonnier. S'il les avait gardés, le nombre des prisonniers eût été ^p pioins cinq fois plus grand que celui des vainqueurs. {Bût. de Qharlcê XI L)

RETRAITE DE ^GHULLEBfBODRG.

Auguste confia pour quelque temps le commandement ie son armée au comte Schullembourg, général très-habile, et qui avait besoin de toute son eipirience à la tôte d'une arm^e découragée. Il songea plus à conserver les troupes de son maître qu'à vaincre : il faisait la guerre avec adresse , et les deux rois * avec vivacité. Il leur déroba des marches, occupa des passages avantageux , sacrifia quelque cavalerie pour donner le temps à son infouterie de se retirer en sûreté. Il sauva ses troupes par des retraites glorieuses devant un ennemi avec lequel on ne pouvait guère alors acquérir que cette espèce de gloire.

A peine arrivé dans le palatinat de Posnanie , il apprend que les deux rois , qu'il croyait à cinquante

! Cli^rleft ^11 e( Stanislas.

lieaes de lui, aTaient fait ces cinquante lieues en neuf jours. 11 n'avait que huit mille fantassins et mille cavaliers ; il fallait se soutenir contre une armée supérieure , contre le nom du roi de Suède , et contre la crainte naturelle que tant de défaites inspiraient aux Saxons. H avait toujours prétendu , malgré ravis des généraux allemands, que Tinfanterie pouvait résister en pleine campagne , même sans chevaux de frise , à la cavalerie : il en osa faire ce jour-lk Texpérience contre cette cavalerie victorieuse, commandée par deux rois , et par l'élite des généraux suédois. Il se posta si avantageusement qu'il ne put être entouré : son premier rang mit le genou en terre ; il était armé de piques et de fusils ; les soldats, extrêmement serrés, présentaient aux chevaux des ennemis une espèce de rempart hérissé de piques et de baïonnettes : le second rang, un. peu courbé sur les épaules du premier , tirait par-dessus; et le troisième debout faisait feu en même temps derrière les deux autres. Les Suédois fondirent avec leur impétuosité ordinaire sur les Saxons, qui les attendirent sans s'ébranler : les coups de fusil , de pique et de baïonnette, eiïarouchèrent les chevaux , qui se cabraient au lieu d'avancer ; par ce moyen les Suédois n'attaquèrent qu'en désordre , et les Saxons se défendirent en gardant leurs rangs.

Il en fit un bataillon carré long ; et quoique chargé de cinq blessures, il se retira en hon ordre en cette forme , au milieu de la nuit , dans la peiite ville de

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Gorau , à trois lienes du champ de bataille. A peine commençait-il de respirer dans cet endroit qae les deux rois paraissent tout à coup derrière lui.

Au delà de Gurau, en tirant vers le fleuve de 1*0der, était un bois épais, au travers duquel le général saxon sauva son infanterie fatiguée : les Suédois, sans se rebuter, le poursuivirent par le bois même, avançant avec diflBculté dans des routes à peine praticables pour les gens de pied : les Saxons n'eurent traversé le bois que cinq heures avant la cavalene suédoise. Au sortir de ce bois coule la rivière de Parts , au pied d'un village nommé Rutsen. Schullembourg avait envoyé en diligence rassembler des bateaux; U fait passer la rivière à sa troupe, qui était déjà diminuée de moitié : Charles arrive dans le temps que Schullembourg était à l'autre bord : jamais vainqueur n'avait poursuivi si vivement son ennemi. La réputation de Schullembourg dépendait d'échapper au roi de Suède; le roi, de son côté, croyait sa gloire intéressée à prendre Schullembourg et le reste de son armée : il ne perd point de temps; il fait passer sa cavalerie à un gué. Les Saxons se trouvaient enfermés entre cette rivière de Parts et le grand fleuve de l'Oder , qui prend sa source dans la Silésie , et qui est déjà profond et rapide en cet endroit.

La perte de Schullembourg paraissait inévitable ; cependant, après avoir sacrifié peu de soldats, il passa l'Oder pendant la nuit. Il sauva ainsi son ar-

296 PROSATEURS imANÇAIS.

mée ; ^t O^i^rto W put s'eippécber de dire : « Au-» JQurd'huI Scbi|llcmhourg i^om a vaiaci^s, »

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