CONSEILS A MADEMOISELLE *** (MADAME DUPUY
Je ne suis, mademoiselle, qu'un vieux malade, et il faut que mon état soit bien douloureux, puisque
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je n'ai pa rendre plus tôt à la lettre dont vous m'honorez, et que je ne vous envoie que de la prose pour vos jolis vers. Vous me demandez des conseils : il ne vous en faut point d'autres que votre goût. L'étude que vous avez faite de la langue italienne doit encore fortifier ce goût avec lequel vous êtes née, et que personne ne peut donner. Le Tasse et l'Arioste vous rendrcHlt plus de services que moi, et la lecture de nos meilleurs poètes vaut mieux que toutes les leçons; mais puisque vous daignez de si loin me consulter, je vous invite à ne lire que les ouvrages qui sont depuis long-temps en possession des suffrages du public , et dont la réputation n'est point équivoque : il y en a peu, mais on profite bien davantage en les lisant qu'avec tous les mauvais petits livres dont nous sommes inondés. Les bons auteurs n'ont de l'esprit qu'autant qu'il en faut, ne le redierchent jamais, pensent avec bon sens, et s'expriment avec clarté. Il semble qu'on n'écrive plus qu'en énigmes. Rien n'est simple, tout est affecté; on s'éloigne en tout de la nature : on a le malheur de vouloir mieux faire que nos maîtres.
Tenez-vous-en, mademoiselle, à tout ce qui vous plaît en eux. La moindre affectation est un vice. Les Italiens n'ont dégénéré, après le Tasse et l'Arioste, que parce qu'ils ont voulu avoir trop d'esprit; et les Français sont dans le même cas. Voyez avec quel naturel madame de Sévigné et d'autres dames écrivent : comparez ce style avec les phrases entortillées
no PROSATEURS FRANÇAIS.
àè noft petite romans; Je vous dte les hérolfnes de Tt)tre sexte, parce qtie Vous me paraissez faite pour letir ressembler. H y a des pièces de madame Deshotllières qu'aucmi auteur de nos jours ne pourrait iSgater* Si vous voulez que je vous cite des hommes, voyez avec quelle simplicité noti^ Radne s'exprime toujours. Chacun croit, en le lisant, qu'il dirait en prose tout ce que Racme a dit eki vers : croyez que tout ce qui ne sera pas aussi clair, aussi simple» ausii élégant, ne vaudra rien du tout
Vos réflexion!^ mademoisdle, vous en af^readront cent (bis plus que je ne pourrais vous en dire^ Vous verrez que nos bons écrivains» Fénehm» Bod^ Buet, Racine» Dei4)réaux, employaient toujours le mot propre. On s'accoutume à bien parler en lisant souvent ceuk qui ont bien écrit s on se fait une habitude d'exprimer simplement et noblement sa pensée sans effort. Ge n'est point une étude ; il n'en ouiftte aucune peine de lire ce qui est bon , et de île lire qué ceta; On n'a de maître que son plaisir et IKHI goût.
Pardonnez, mademoiselle^ à ces longues réflexions: Vt les attribuez qu'à mon obéissance à vos ordrei.
J'ai l'honneur, etc*
{Correspondance, -*20 juin 1766*)
BDL^liUITIÈMB SitoLB. 231
' A M. LB CB6YAUEB DEU8iE.
Si VOUS voyagez, monsieur, vous faites bien d'aller oà ^l madiune la comtesse ie Brionne. Si vous voulez, chemin (aisant, voir des ombrer, comme {si^ sait le ç^pitaipe de dragoi^s Ulysse dans ses voyages, vous UQ pativez mieux vous adresser que chez mol Je suis la plus cb^tive de tout le pays , ombre d^ quatre-vingts ans ou environ , ombre très-légère et trjtsrsovffrante. Je n'apparais plus fiut gens qui sont en vie. Mon triste état m*iuterdit tout commerce avec les humains ; niais, quqîque vous n*ayez poipt traduit les Géorgigues S hasardez de vepir à Ferney quand il vous plaira. M«|dame Denis, quj est I0 coqtraire d'une ombre, vous fera les honneurs de 1^ dhiumièr^ Npus savons ^lussi un ueyeu, çapitaiue d§ drjigoiuf tout comme yous, qui d^eure daus upe autre chaumière voisine. £t u^oi , si je ne ^ufs pas mqrt fihsolument , je vqus ferai ma couf coq^me je pourrai, dans les iptervalles de mes s^péantissemeutsit $ je meurs peuds^ut que vous serez en rput^ 9 pe^ ne fait fi^ ; ^^^^ tpiyqurs., ii^es mâpes en m^^\ très-flattés; ils aiment passioppémept la bopue com-; pagpie. J'ai l'houneur d'être avec respect, mpusieur, vpti-e très-buail)je et trè%i)héissante servapte.
^ Traduite^ en vers français par Jacques Delille