‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 98 sur 326 · A M. DI0NI8 DU SÉJOUR · texte numérisé non relu

A M. DI0NI8 DU SÉJOUR

Monsieur,

Je vous remercie, avec beaucoup de sensibilité et un peu de honte, de Tutile et beau présent que vous daignez me faire. Je ressemble assez à ce vieux animal de basse-cour à qui on donna un diamant ; la pauvre bête répondit qu'il ne lui fallait qu'un grain de millet.

Autrefois, monsieur, j'aurais pu suivre vos calculs; mais à quatre-vingt-un ans, accablé de maladies, je ne puis guère m'en tenir qu'à vos résultats. Je les trouve si probables que je ne compte pas après vous. Je suis très -persuadé qu'aucune comète ne peut prendre aucune planète en flanc. Vous décidez un grand procès; vous donnez un arrêt par lequd le genre humain conservera long-temps son héritage ; reste à savoir si l'héritage en vaut la peine.

Je ne crois pas, non plus, que nous acquérions jamais un nouveau satellite, qui serait, ce me semble, un domestique fort importun, et qui troublerait furieusement les services que nous rend celui que nous avons depuis si long-temps.

Pour les Arcadiens, qui se croyaient plus anciens que la lune, il me semble qu'ils ressemblaient à ces rois d'Orient qui s'intitulaient cousins du soleil. Je veux croire que ces messieurs d'Arcadie avaient inventé la musique, soli cantare periti Arcades;

mais ces bonnes gens n'apprirent que fort tard à manger du gland , et il est dit qu'ils se nourrirent d*herbe pendant des siècles.

Vous en savez, Newton et vous, un peu plus que ces Arcades et que toute Tantiquité ensemble.

Je souhaite que Newton ait raison quand il soupçonne qu'il y a des comètes qui tombent dans le soleil pour le nourrir, comme on jette des bûches dans un feu qui pourrait s'éteindre. Newton croyait aux causes finales, j'ose y croire comme lui; car enfin la lumière sert à nos yeux, et nos yeux semblent faits pour elle.

J'ai l'honneur d'être avec l'estime que je vous dois, et avec une respectueuse reconnaissance, monsieur, votre, etc. ♦

GnLLADME lU ET LOUIS XIY.

Guillaume III laissa la réputation d'un grand politique, quoiqu'il n'eût point été populaire, et d'un général à craindre, quoiqu'il eût perdu beaucoup de batailles. Toujours mesuré dans sa conduite, et jamais vif que dans un jour de combat, il ne régna paisiblement en Angleterre que parce qu'il ne voulut pas y être absolu. On l'appelait, comme on sait, le stathouder des Anglais, et le roi des Hollandais. Il savait toutes les langues de l'Europe, et n'en paiiait aucune avec agrément , ayant beaucoup plus de réflexion dans l'esprit que d'imagination. Son caractâ^

était en tout Fopposé de Louis XIV; sombre, retiré, sévère, sec, silencieux autant que Louis était affable. Il haïssait les femmes autant que Louis les aimait Louis faisait la guerre en roi, et Guillaume en soldat Il avait combattu contre le grand Gondé et contre Luxembourg, laissant la victoire indécise entre Gondé et lui à Seneffe, et réparant en peu de temps ses délaites à Fleurus , à Steinkerque , à Nerwinde ; aussi fier que Louis XIV, mais de cette fierté triste et mélancolique qui rebute plus qu'elle n'impose. Si les beaux-arts fleurirent en France par les soins de son roi, ils furent négligés en Angleterre, où l'on né connut plus qu'une politique dure et inquiète, conforme au génie du prince.

♦ Geux qui estiment plus le mérite d'avoir défendu sa patrie, et l'avantage d'avoir acquis un royaume sans aucun d|:pjt ^e la nafi^rp , ^^ s'y être maintenu sans être aimé , d'avoir gouverné souverainement la Hollande sans la subjuguer, d'avoir été l'âme et le chef de la moitié de l'Europe , d'avoir eu les ressources d'un général et la valeur d'un soldat, de n'avoir jamais persécuté personne pour la religion» d'avoir méprisé toutes les superstitions des hommes» d'avoir été simple et mojleste dans ses mœurs; ceuxlà sans doute donneront le nom de Grand à Guillaume plutôt qu'à Louis. Geux qui sont plus touchés des plaisirs et de l'éclat d'une cour brillante , de la magnificence , de la protection donnée aux arts , du ssèle pour te bien public, de la pfission pour la gloire»

DIXi-HUinÈlfS SltCLB. 33S

du trient de régner ; qui sont plus frappés de cette hauteur avec laquelle des ministres et des généraux ont ajouté des provinces k la France, sur un ordre de Iftur roi ; qui s'étonnent davantage d -avoir vu un seul État résister ^ tant ^e puissances; ceux qui estiment plus iip roi 4e France qui sait donner Tëst pi|gne ^ son petit-(ils qp-up gendre qui détrdne son I^Q-pèrei enfin* ceux qui admirent davantage 1^ protecteur que le perséputeur du roi Jacques, ceux- 1^ donoeçunt i louis XIV te préférepce.

(SièeU de Louis Xiy.)

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