Et par celui de Dieu même
rhomme * depuis sa chute , on trouve un discours de moquerie, et une ironie piquante, selon les Pères. Car, après qu'Adam eut désobéi, dans l'espérance que le démon lui avait donnée d'être fait semblable à Dieu, il paraît par TÉcriture que Dieu , en punition , le rendit sujet à la mort ; et qu'après l'avoir réduit à cette misérable condition, qui était due à son péché, il se moqua de lui en cet état par ces paroles de risée : Voilà rhomme qui est devenu comme Vun de nous : ecce Adam quasi unus ex nobis : ce qui est une ironie sanglante et sensible dont Dieu le piquait vivement ^ selon saint Chrysostome et les interprètes. A cfawi, dit Rupert, méritait d^être raillé par cette ironie, et on lui faisait sentir sa folie bien plus vivement par cette expression ironique que par une expression sérieuse. Et Hugues de Saint- Victor, ayant dit la mênfè chose, ajoute que cette ironie était due à sa sotte crédulité; et que cette espèce de raillerie est une action de justice , lorsque celui envers qui on en use Va méritée.
Vous voyez donc, mes Pères , que la moquerie est quelquefois plus propre à faire revenir les hommes de leurs égarements', et qu'elle est alors une action de justice ; parce que, comme dit Jérémie, les actions de ceux qui errent sont dignes de risée y à cause de leur vanité : vana sunt^ et risu digna. Et c'est si peu une impiété de s'en rire, que c'est l'effet d'une sagesse divine, selon cette parole de saint Augustin : Les sages rient des insensés parce qu'ils sont sages, non pas de leur propice sagesse, mais de cette sagesse diviiie qui rira de la inort des méchants.
Aussi les prophètes remplis de Fesprit de Dieu ont usé de ces moqueries, comme nous voyons par les
\. A dites à Thomme.
exemples de Daniel et d'Élie. Enfin les diseoars d.' Jésus-Christ même n en sont pas sans exemple ' ; f't saint Augastin remarque que, quand il voulut humilier Nicodème, qui se croyait habile dans l'intelligence de la Loi, comme il le vouait enflé d'orgueil par sa qualité de docteur des Juifs ^ il exerce et étonne sa présomption par la hauteur de ses demandes : et, Payant réduit à l'impuissance de répondre : Quoi! lui dit-iL vous êtes maître en Israël, et vous ignorez ces choses! Ce qui est le même que s^il eût dit : Prince superbe, reconnaissez que vous ne savez rien. Et saint Ghrysostome et saint Cyrille disent sur cela qui! méritait d'être jout^ de cette sorte.
Vous voyez donc, mes Pères, que, s'il arrivait aujourd'hui que des personnes qui feraient les maîtres euvers les chrétiens, comme Nicodème et les Pharisiens envers les Juifs, ignoraient les principes de la religion, et soutenaient*, par exemple, qu'on peut être sauvé sans avoir jamais aimé Dieu en toute sa vie, on suivrait eu cela Texemple de Jésus-Christ, en se jouant de leur vanité et de leur ignorance.
Je m'assure, mes Pères, que ces exemples sacrés suffisent pour vous faire entendre que ce n'est pas une conduite contraire à celle des saints, de rire des erreurs et des égarements des hommes : autrement il faudrait blâmer celle des plus grands docteurs de l'Église qui l'ont pratiquée, comme saint Hiérome' dans ses lettres, et dans ses écrits contre Jovinien, Vigilance et les p/'lagiens ; TerluUien, dans son Apologétique, contre* les folies des idolâtres; saint Augustin, contre les religieux d'Afrique qu'il appelle les chevelus ; saint Irénée, contre