‹ Les provinciales de PascalChapitre 15 sur 124 · De charité si on no leur découvrait pas · texte numérisé non relu

De charité si on no leur découvrait pas

ONZIÈME LETTRE 3l)

craindre cette parole de saint Augustin sur celle de Jésus-Ghrist dans FÉvangile : Malheur aux aveugles qui conduisent I malheur aux aveugles qui sont couduits ! Vœ cœcis ducentibus ! vœ cœcis sequentibus !

Mais , afin que vous n'ayez plus lieu de donner ces impressions aux autres, ni de les prendre vous-mêmes, je vous dirai, mes Pères (et je suis honteux de ce que vous m'engagez avons dire ce que je devrais apprendre de vous), je vous dirai donc quelles marques les Pères de rÉglise nous ont données pour juger si les répréhensions partent d'un esprit de piété et de charité, ou d'im esprit d'impiété et de haine.

La première de ces règles est que l'esprit de piété porte toujours à parler avec vérité et sincérité ; au lieu que l'envie et la haine emploient le mensonge et la calomnie : splendentia et vehementia, sed rébus veris, dit saint Augustin. Quiconque se sert du mensonge agit par l'esprit du diable. Il n'y a point de direction d'intention qui puisse rectifier la calomnie ; et quand il s'agirait de convertir toute la terre , il ne serait pas permis de noircir des personnes innocentes; parce qu'on ne doit pas faire le moindre mal pour en faire réussir* le plus grand bien, et que la vérité de Dieu tCa pas besoin de notre mensonge, selon l'Écriture. // est du devoir des défenseurs de la vérité , dit saint Hilaire, de n^ avancer que des choses véritables *. Aussi, mes Pères, je puis dire devant Dieu qu'il n'y a rien que je déteste davantage que de blesser tant soit peu la vérité ; et que j'ai toujours pris un soin très particulier non seulement de ne pas falsifier, ce qui serait horrible, mais de ne pas altérer ou détourner le moins du monde

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