‹ Les provinciales de PascalChapitre 16 sur 124 · Que des choses vraies · texte numérisé non relu

Que des choses vraies

le sens d'un passage. De sorte que si j'osais me servir, en cette rencontre, des paroles du même saint Hilaire, je pourrais bien vous dire avec lui : Si nous disons des choses fausses, que nos discours soient tenus pour infâmes ; mais si nous montrons que celles que nous produisons sont publiques et manifestes^ ce n'est point sortir de la modestie et de la liberté apostolique de les reprocher.

Mais ce n'est pas assez, mes Pères, de ne dire que des choses véritables, il faut encore ne pas dire toutes celles qui sont véritables *; parce qu'on ne doit rapporter que les choses qu'il est utile de découvrir , et non pas celles qui ne pourraient que blesser, sans apporter aucun fruit. Et ainsi, comme la première règle est de parler avec vérité, la seconde est de parler avec discrétion. Les méchants , dit saint Augustin , persecutent les bons en suivant aveuglément la passion* qui les anime; au lieu que les bons persécutent les méchants avec une sage discrétion : de même que les chirurgiens considèrent ce quHls coupent^ au lieu que les meurtriers ne regardent point où ils frappent. Vous savez bien, mes Pères, que je n'ai pas rapporté des maximes de vos auteurs celles qui vous auraient été les plus sensibles, quoique j'eusse pu le faire, et même sans pécher contre la discrétion, non plus que de savants hommes et très catholiques , mes Pères, qui l'ont fait autrefois. Et tous ceux qui ont lu vos auteurs savent aussi bien que vous combien en cela je vous ai épargnés, outre que je n'ai parlé en aucune sorte contre ce qui vous regarde chacun en particulier ; et je serais fâché d'avoir rien dit des fautes sçcrètes et personnelles, quelque

i. Des choses vraies... celles qui sont vraies. 2. En suivant Taveuglement de la passion.

preuve que j'en eusse. Car je sais que c'est le propre de la haine et de l'animosité , et qu'on ne doit jamais le faire, à moins qu'il y en ait^ une nécessité bien pressante pour le bien de l'Église. Il est donc visible que je n'ai manqué en aucune sorte à la discrétion dans ce que j'ai été obligé de dire touchant les maximes de votre morale, et que vous avez plus de sujet de vous louer de ma retenue que de vous plaindre de mon indiscrétion.

La troisième règle , mes Pères , est que , quand on est obligé d'user de quelques railleries, l'esprit de piété porte à ne les employer que contre les erreurs, et non pas contre les choses saintes ; au lieu que l'esprit de bouffonnerie, d'impiété et d'hérésie se rit de ce qu'il y a de plus sacré. Je me suis déjà justifié sur ce point.Et on est bien éloigné d'être exposé à ce vice , quand on n'a qu'à parler des opinions que j'ai rapportées de vos auteurs.

Enfin, mes Pères, pour abréger ces règles, je ne vous dirai plus que celle-ci, qui est le principe et la fin de toutes les autres : c'est que l'esprit de charité porte à avoir dans le cœur le désir du salut de ceux contre qui on parle , et à adresser ses prières à Dieu en même temps qu'on adresse ses reproches aux hommes. On doit toujours^ dit saint Augustin, cornerver la charité dans le cœur, lors même qu^on est obligé de faire au dehors des choses qui paraissent rudes aiuv hommes , et de les frapper avec une âpreté dure , mais bienfaisante ; leur utilité devant être préférée à leur satisfaction. Je crois, mes Pères, qu'il n'y a rien dans mes Lettres qui témoigne que je n'aie pas eu ce désir pour vous ; et ainsi la charité vous oblige à croire que je l'ai eu en effet, lorsque vous n'y voyez

i. Qu'il n'y ait.

garantirait pas par là cet autre endroit de Fa vant-propos du même livre : Que Veau de la rivière au bord de laquelle il a composé ses vers est si propre à faire des poètes^ que, quand on en ferait de Ceau bénite, elle ne chasserait pas le démon de la poésie; non plus que celuici de votre Père Garasse dans sa Somme des vérités capitales de la religion, p. 649, où il joint le blasphème à rhérésie, en parlant du mystère sacré de Tincarnation en cette sorte : La personnalité humaine a été comme entée ou mise à cheval sur la personnalité du Verbe ; et cet autre endroit du même auteur, p. 510, sans en rapporter beaucoup d'autres, où il dit sur le

sujet du nom de Jésus, figuré ordinairement ainsi, lîïs, que quelques-uns en ont ôté la croix pour prendre les seuls caractères, en cette sorte, IHS, qui est un Jésus dévalisé.

C'est ainsi que vous traitez indignement les vérités de la religion, contre la règle inviolable qui oblige à n'en parler qu'avec révérence. Mais vous ne péchez pas moins contre celle qui oblige à ne parler qu'avec vérité et discrétion. Qu'y a-t-il de plus ordinaire dans vos écrits que la calomnie? Ceux du Père Brisacier sont-ils sincères? et parle-t-il avec vérité, quand il dit, 4' part., pag. 24 et 25, que les religieuses de Port- Royal ne prient pas les saints , et qu'elles ti'ont point d'images dans leur église? Ne sont-ce pas des faussetés bien hardies, puisque le contraire paraît à la vue de tout Paris ? Et parle-t-il avec discrétion , quand il déchire l'innocence de ces filles, dont la vie est si pure et si austère, quand il les appelle des filles impénitentes ^ asacramentaires , incommuniantes, des vierges folles, fantastiques , calaganes , désespérées , et tout ce quHl vous plaira ;Qi qu'il les noircit par tant d'autres médisances, qui ont mérité la censure de feu M. l'archevêque

ONZIËHE LETTRE 45

de Paris ; quand il calomnie des prêtres dont les mœurs sont irréprochables, jusqu'à dire, part. i^,f. 22,Çu'i7« pratiquent des nouveautés dans les confessions^ pour attraper les belles et les innocentes ; et qu'il aurait horreur de rapporter les crimes abominables qu'ils commettent ? N'est-ce pas une témérité insupportable d'avancer des impostures si noires, non seulement sans preuve, mais sans la moindre ombre et sans la moindre apparence? Je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet, et je remets à vous en parler plus au long une autre fois : car j'ai à vous entretenir sur cette matière, et ce que j'ai dit suffit pour faire voir combien vous péchez contre la vérité et la discrétion tout ensemble.'

Mais on dira peut-être que vous ne péchez pas au moins contre la dernière règle , qui oblige d'avoir le désir du salut de ceux qu'on décrie, et qu'on ne saurait vous en accuser sans violer le secret de votre cœur, qui n'est connu que de Dieu seul. C'est une chose étrange, mes Pères, qu'on ait néanmoins de quoi vous en convaincre; que, votre haine contre vos adversaires ayant été jusqu'à souhaiter leur perte éternelle, votre aveuglement ait été jusqu'à découvrir un souhait si abominable; que, bien loin de former en secret des désirs de leur salut, vous ayez fait en public des vœux pour leur damnation ; et qu'après avoir produit ce malheureux souhait dans la ville de Gaen avec le scandale de toute l'Église, vous ayez osé depuis soutenir encore à iParis, dans vos livres imprimés , une action si diabolique. Il ne se peut rien ajouter à ces excès contre la piété : railler et parler indignement des choses les plus sacrées ; calomnier les vierges et les prêtres faussement et scandaleusement, et enfin former des désirs et des vœux pour leur damnation. Je ne sais, mes Pères , si vous n'êtes point confus, et comment vous

garantirait pas par là cet autre endroit de Ta vant-propos du même livre : Que Veau de la rivière au bord de laquelle il a composé ses vers est si propre à faire des poètes, que, quand on en ferait de Veau bénite, elle ne chasserait pas le démon de la poésie; non plus que celuici de votre Père Garasse dans sa Somme des vérités capitales de la religion, p. 649, où il joint le blasphème à rhérésie, en parlant du mystère sacré de Tincarnation en cette sorte : La personnalité humaine a été comme entée ou mise à cheval sur la personnalité du Verbe ; et cet autre endroit du même auteur, p. 510, sans en rapporter beaucoup d'autres, où il dit sur le

sujet du nom de Jésus, figuré ordinairement ainsi, liîs, que quelques-uns en ont ôté la croix pour prendre les seuls caractères, en cette sorte, IHS, qui est un Jésus dévalisé.

C'est ainsi que vous traitez indignement les vérités de la religion, contre la règle inviolable qui oblige à n'en parler qu'avec révérence . Mais vous ne péchez pas moins contre celle qui oblige à ne parler qu'avec vérité et discrétion. Qu'y a-t-il de plus ordinaire dans vos écrits que la calomnie? Ceux du Père Brisacier sont-ils sincères? et parle-t-il avec vérité, quand il dit, 4' part., pag. 24 et 25, que les religieuses de Port- Royal ne prient pas les saints , et qu'elles ti'ont point d'images dans leur église? Ne sont-ce pas des faussetés bien hardies, puisque le contraire parait à la vue de tout Paris ? Et parle-t-il avec discrétion , quand il déchire l'innocence de ces filles, dont la vie est si pure et si austère, quand il les appelle des filles impénitentes, asacramentaires y incommuniantes, des vierges folles, fantastiques , calaganes , désespérées , et tout ce qu'il vous plaira; et qu'il les noircit par tant d'autres médisances, qui ont mérité la censure de feu M. l'archevêque

de Paris ; quand il calomnie des prêtres dont les mœurs sont irréprochables, jusqu'à dire, part, l'^jp. ^^^Qu'ils pratiquent des nouveautés dans les confessions^ pour attraper les belles et les innocentes ; et qu\l aurait horreur de rapporter les crimes abominables quHls commettent ? N'est-ce pas une témérité insupportable d'avancer des impostures si noires, non seulement sans preuve, mais sans la moindre ombre et sans la moindre apparence-? Je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet, et je remets à vous en parler plus au long une autre fois : car j'ai à vous entretenir sur cette matière, et ce que j'ai dit suffit pour faire voir combien vous péchez contre la vérité et la discrétion tout ensemble.'

Mais on dira peut-être que vous ne péchez pas au moins contre la dernière règle , qui oblige d'avoir le désir du salut de ceux qu'on décrie, et qu'on ne saurait vous en accuser sans violer le secret de votre cœur, qui n'est connu que de Dieu seul. C'est une chose étrange, mes Pères, qu'on ait néanmoins de quoi vous en convaincre; que, votre haine contre vos adversaires ayant été jusqu'à souhaiter leur perte éternelle, votre aveuglement ait été jusqu'à découvrir un souhait si abominable; que, bien loin de former en secret des désirs de leur salut, vous ayez fait en public des vœux pour leur damnation ; et qu'après avoir produit ce malheureux souhait dans la ville de Gaen avec le scandale de toute l'Église, vous ayez osé depuis soutenir encore à iParis, dans vos livres imprimés , une action si diabolique. Il ne se peut rien ajouter à ces excès contre la piété : railler et parler indignement des choses les plus sacrées ; calomnier les vierges et les prêtres faussement et scandaleusement, et enfin former des désirs et des vœux pour leur damnation. Je ne sais, mes Pères , si vous n'êtes point confus, et comment vous

avez pu avoir la pensée de m'accuser d'avoir manqué de charité, moi qui n'ai parlé qu'avec tant de vérité et de retenue, sans faire de réflexion sur les horribles violements de la charité que] vous faites vous-mêmes par de si déplorables excès *.

Enfin, mes Pères, pour conclure par un autre reproche que vous me faites, de ce qu'entre un si grand nombre de vos maximes que je rapporte, il y en a quelques-unes qu'on vous avait déjà objectées, sur quoi vous vous plaignez de ce que je redis contre vous ce qui avait déjà été dit*, je réponds que c'est au contraire parce que vous n'avez pas profité de ce qu'on vous Ta déjà dit que je vous le redis encore. Car quel fruit a-t-il paru de ce que de savants docteurs et l'Université entière vous en ont repris par tant de livres? Qu'ont fait vos Pères Annat,Gaussin, Pintereau et Le Moyne,dans les réponses qu'ils y ont faites, sinon de couvrir dlnjures ceux qui leur avaient donné ces avis si salutaires ' ? Avez-vous supprimé les livres où ces méchantes maximes sont enseignées? En avez-vous réprimé les auteurs? En êtes-vous devenus plus circonspects? Et n*est-ce pas depuis ce temps-là qu'Escobar a tant été imprimé de fois en France et aux Pays-Bas, et que vos Pères Gellot, Bagot, Bauny,L*Amy, Le Moyne et les autres ne cessent de publier tous les jours les mêmes choses et de nouvelles encore, aussi licencieuses que jamais? Ne vous plaignez donc plus, mes Pères, ni de ce que je vous ai reproché des maximes que vous n'avez point quittées, ni de ce que je vous en ai objecté de nouvelles, ni de ce que j'ai ri de toutes. Vous n'avez qu'à les considérer, pour y trouver votre confusion et

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