‹ Les provinciales de PascalChapitre 22 sur 124 · L'autre conditiou est que · texte numérisé non relu

L'autre conditiou est que

DOUZIÈME LETTRE m

étendez d*abord sur Tobligation que Yasquez impose aux ecclésiastiques de faire l'aumône; mais je n'en ai point parlé, etj'en parlerai quand il vous plaira. Il n'en est donc pas question ici. Pour les laïques, desquels seuls il s'agit, il semble que vous vouliez faire entendre que Vasquez ne parle, en l'endroit que j'ai cité, que selon le sens de Gaiètan, et non pas selon le sien propre. Mais comme il n'y arien de plus faux, et que vous ne l'avez pas dit nettement, je veux croire pour votre honneur que vous ne l'avez pas voulu dire.

Vous vous plaignez ensuite hautement de ce qu'après avoir rapporté cette maxime de Vasquez : A peine se trouvera-t'il que les gens du monde^ et même les rois, aient jamais de superflu , j'en ai conclu que les riches sont donc à peine obligés de donner l'aumône de leur superflu. Mais que voulez-vous dire, mes Pères? S'il est vrai que les riches n'ont presque jamais de superflu, n'est-il pas certain qu'ils ne seront presque jamais obh'gés de donner l'aumône de leur superflu? Je vous en ferais un argument en forme, si Diana, qui estime tant Vasquez, qu'il l'appelle le phénix des esprits, n'avait, tiré la même conséquence du même principe; car, après avoir rapporté cette maxime de Vasquez , il en conclut que dans la question , savoir si les riches sont obligés de donner Vaumône de leur superflu, quoique V opinion qui les y oblige fût véritable, il n^ arriverait jamais y ou presque jamais, qu^elle oblige dans lapra^ tique. Je n'ai fait que suivre mot à mot tout ce discours* Que veut donc dire ceci, mes Pères ? Quand Diana rapporte avec éloge les sentiments de Vasques , quand il les trouve probables, et très commodes pour les riches, comme il le dit au même lieu, il n'est ni calomniateur, ni faussaire, et vous ne vous plaignez point qu'il lui impose : au lieu que , quand je représente ces mêmes

sentiments de Yasquez , mais sans le traitçr de phénix^ je suis un imposteur, un faussaire et un corrupteur de ses maximes. Certainement, mes Pères, vous avez sujet de craindre que la différence de vos traitements envers ceux qui ne diffèrent pas dans le rapport, mais seulement dans Testime qu'ils font de votre doctrine, ne découvre le fond de votre cœur , et ne fasse juger que vous avez pour principal objet de maintenir le crédit et la gloire de votre compagnie ; puisque, tandis que votre théologie accommodante passe pour une sage condescendance, vous ne désavouez point ceux qui la publient, et vous les louez, au contraire', comme contribuant à votre dessein. Mais quand on la fait passer pour un relâchement pernicieux, alors le même intérêt de votre Société vous engage à désavouer des maximes qui vous font tort dans le monde ; et ainsi vous les reconnaissez ou les renoncez, non pas selon la vérité , qui ne change jamais , mais selon les divers changements des temps , suivant cette parole d'un ancien : Omnia pro tempore ^ nihil pro veritate. Prenez-y garde , mes Pères; et, afin que vous ne puissiez plus m'accuser d'avoir tiré du principe de Vasquez une conséquence qu'il eût désavouée, sachez qu'il l'a tirée lui-même, c. 1, n. 27 : A peine est-on obligé de donner V aumône, quand on n'est obligé à la donner que de son superflu^ selon Vopinion de Caietan et selon la mienne : et secundum nostram. Confessez donc , mes Pères, par le propre témoignage de Vasquez, que j'ai suivi exactement sa pensée ; et considérez avec quelle conscience vous avez osé dire que si Von allait à la source , on verrait avec étonnement qu'il y enseigne tout le contraire.

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