On a supprimé Me
les ont mal acquis qu^aux créanciers légitimes ? C'est à quoi il faut répondre ; mais "c'est ce qui vous met dans un fâcheux embarras, que vous essayez en vain d'éluder en détournant la question , et citant d'autres passages de Lessius, desquels il ne s'agilpoint. Je vous demande donc si cette maxime d'Escobar peut être suivie en conscience par ceux qui font banqueroute. Et prenez garde à ce que vous direz. Car si vous répondez que non, que deviendra votre docteur, et voire doctrine de la probabilité? Et si vous dites que oui, je vous renvoie au parlement.
Je vous laisse dans cette peine, mes Pères; car je n'ai plus ici de place pour entreprendre l'Imposture suivante sur le passage de Lessius touchant l'homicide ; ce sera pour la première fois, et le reste ensuite.
Je ne vous dirai rien cependant sur les AvefHissements pleins de faussetés scandaleuses par où vous finissez chaque Imposture ': je repartirai à tout cela dans la Lettre où j'espère montrer la source de vos calomnies. Je vous plains, mes Pères, d'avoir recours à de tels remèdes. Les injures que vous me dites n'éclairciront pas nos différends , et les menaces que vous me faites en tant de façons ne m'empêcheront pas de me défendre. Vous croyez avoir la force et l'impunité, mais je crois avoir la vérité et l'innocence. C'est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d'opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité, et ne servent qu'à la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence, et ne font que l'irriter encore plus. Quand la force combat la force, la plus puissante détruit la moindre : quand l'on oppose les discours aux discours, ceux qui sont véritables et convaincants confondent et dissipent ceux qui n'ont que
la vanilé et le mensonge; mais la violence et la vérité ne peuvent rien Tune sur l'autre. Qu'on ne prétende pas de là néanmoins que les choses soient égales ; car il y a cette extrême différence que la violence n'a qu'un cours borné par Tordre de Dieu, qui en conduit les effets à la gloire de la vérité qu'elle attaque , au lieu que la [vérité subsiste éternellement et triomphe enfin de ses ennemis, parce qu'elle est éternelle et puissante comme Dieu même.
REMARQUES
SUR LA DOUZIÈiME PROVJNGIALE
P. 66. — Disciple de Du Moulin. — Les jésuites avaient publié une Lettre Sur la conformité des reproches et des calomnies que les jansénistes publient contre les Pères de la compagnie de Jésus, avec celles que le ministre Du Moulin a publiées devant eux (c'est-à-dire avant eux) dans son livre des Traditions, imprimé à Genève en l'année 1632. Cette Lettre figure dans le recueil des Responses aux Lettres provinciales , p. 67-86.
M. Tabbê Maynard, dans son Introduction^ p. 36, prétend qu'avant Du Moulin Calvin avait déjà publié la Théologie morale des papistes , c violente diatribe contre les doctrines catholiques » ; mais il s*est évidemment trompé. Aucun ouvrage sous ce titre, ni dont le titre se rapproche de celui-là, ne se trouve dans la liste des ouvrages de Calvin, en 96 articles , donnée par MM. Haag dans la France protestante, t. ;3, p. 143-161. De plus^ si Calvin eût fait un ouvrage de ce genre , il est clair que c'est Calvin^ et non Du Moulin , que les jésuites auraient reproché à Pascal d'avoir copié.
p. 57. — Cest ce que dit Caietan après saint Thomas, — Les textes seront cités plus loin.
— Que j'ai rapportée dans mes Lettres. — Lettre 6 , p. 116.
— Corduba^ dit-il, enseigne, — Antoine de Cordoue (en latin Gorduba),né en 1559, mort enl634) jésuite^ a écrit ilnstruçtio confessariorum tribus partihus, Grenadej 1621, in-12.
P. 59. — Et fen parlerai quand il vous plaira^ — Il ne Ta
pas fait ; Nicole y a suppléé dans sa Note 2 sur la Lettre 12.
P. 59. — Et très commodes pour les riches, — « Pour les confesseurs des riches , » dit le texte : quse quidem confessariis divitum multum plausibilia erunt.
P. 60. — Tandis que votre théologie, — Tandis que a ici le
sens de tant que.
— Omnia pro tempore, — Je ne puis dire d'où sont tirées ces paroles.
P. 61. — Qu'on est obligé par justice. — On voit par la traduction de Nicole que ce n'est pas ici le texte même de Gaïetan; c'est seulement son opinion exprimée par Vasquez ; mais Nicole cite lui-même le texte de Gaïetan , qui est encore plus fort : « Le riche qui ne distribue pas son superflu, mais qui l'accumule pour s'acheter des domaines , par la seule passion de grandir, non seulement fait mal en s'abandonnant à cette passion de grandeur et à un amour déréglé de l'argent, mais pèche mortellement envers ses frères indigehts, en employant ainsi un superflu qui est dû aux pauvres, par cela seul qu'il est superflu. » II, 2, qu. 18, art. 4.
p. 62. — Bien commodes et bien agréables. — Voir plus haut Mais Pascal n'en dit pas autant qu'il en pourrait dire sur cette naïveté de Diana. Dans son Traité IBi résolution 26 , on lit en titre : « Un confesseur était tourmenté de grands scrupules , quand il recevait les confessions d'un certain riche, sur le sujet du précepte de donner l'aumône. C'est alors que, pour lui être agréable, j'ai recueilli les décisions suivantes dans un grand nombre de docteurs. » Suivent ces décisions , qui permettent de le dispenser de l'aumône ; après quoi Diana conclut : « D'après tout cela , il est aisé aux confesseurs de se décharger de leurs scrupules; cependant, ils devront toujours conseiller aux riches de faire l'aumône aux pauvres largement. »
P. 62. — Que ces paroles de Jésus-Christ. — Matih, xix , 24, etc.
— Que cette parole du même Sauveur. — Matth. xv, 14.
— Mais tout notre superflu. — Le texte renvoie à Luc, XI, 41, que j'ai déjà cité (t. 1, p. i33), et ajoute que, dans l'Église aussi, les dîmes données aux prêtres doivent être par eux distribuées aux pauvres.
— De ces paroles de saint Grégoire.-^ Begula pastoralis, part. 3, admonit. 22.
P. 63. — Dit saint Augustin. -^In psalmum 447. — Le texte dit: « Cherchez ce qui suffît à Tœuvre de Dieu, non ce qui suffît à votre convoitise. Votre convoitise n'est pas Tœuvre de Dieu ; votre corps , votre âme , voilà toute Tœuvre de Dieu... Le superflu des riches est le nécessaire des pauvres ; on possède le bien d'autrui quand on possède du superflu. »
— Nous devons tous être jugés. — La question de Taumône est une de celles où les casuistes se trouvaient dans une position fausse. Non seulement Taumône , comme procédé pour combattre le paupérisme, n'est pas avouée par l'économie politique ; mais, même au point de vue moral , le précepte de donner ce qu'on appelle le superflu n'est ni raisonnable ni praticable. Cependant , les casuistes n'osaient récuser le passage de l'Évangile où on croyait lire ce précepte , et je laisse de côté des paroles qui allaient encore plus loin. D'ailleurs , l'Église elle-même tenait essentiellement à l'aumône, qui était le principal fondement de son existence et de son établissement. 11 fallait donc à la fois maintenir le principe et trouver des expédients pour n'en être pas par trop gêné .
Aussi, les réponses des jésuites sur cet article sont-elles extrêmement embarrassées. Ils se sont attachés surtout à excuser ces paroles (p. 4] : « Ce que les gens du «monde gardent pour relever leur
condition et celle de leurs parents n*est pas appelé superflu, etc. » Et, comme elles avaient fort scandalisé, ils ont crié que Vasquez entendait seulement parler de la relever c dans une mesure convenable », et qu'il Tavait dit, Uatum quem licite possunt acquirere^ statum quem digne possunt acquirerej et ils ont affecté de s'indigner que Pascal eût supprimé ces paroles. Pascal n'avait rien supprimé : ces deux incises se trouvent dans Vasquez à plus de quinze pages in-folio de distance de la phrase qu'il a citée. Et qui ne voit, d'ailleurs, que des réserves comme celle-là , par leur vague même , permettent tout et n'empêchent rien?
Indépendamment de ce qu'ils avaient dit là-dessus dans leur première Imposture, ils sont revenus sur cette question dans leur Response à la douzième Lettre^ et un anonyme , qui est sans doute Nicole , répliqua à cette réponse par une Réfutation de la Réponse à la douzième Lettre, qui fut imprimée, dans le recueil de 1657, à la suite de cette Lettre , et reproduite dans les éditions postérieures, mais non numérotée, etmise ainsi à part de celles de Pascal. Dans la traduction latine de Nicole , elle est devenue la Note 1 de la lettre 12. Voir particulièrement dans celte Réfutation le quatrième alinéa.
P. 63. — Pour le second point. — C'est la seconde Imposture relevée par les jésuites. Pascal avait traité ce sujeU dans la Lettre 6.
P. 65. — Non pas comme prix, mais comme un motif. — Ces derniers mots ne sont pas dans le texte, ni par conséquent cette antithèse ; mais c'est bien là la pensée.
— Vos thèses de Caen de i6H, — Voir t. 1, p. 163-4, et la Lettre i3.
— Au moins en conscience, — Le texte dit : « au moins dans le for de la conscience. » Et l'auteur explique ces mots, en ajoutant : « Ce qui n'empêche
pas que , dans des cas déterminés par le droit, il n'y ait simonie encourue, soit celle de droit positif dont j'ai parlé plus haut, soit celle qui consiste dans la présomption du for extérieur, i» Droit positif, for extérieur, ou encore droit ecclésîsiastique , c'est la môme chose, par opposition au for de la conscience, ou for intérieur, ou droit divin. Au confessionnal, rÉglise juge dans le for de la conscience ; comme pouvoir public, constitué et reconnu au dehors, elle juge dans le for extérieur par ses tribunaux. La présomption du for extérieur, c'est la simonie présumée, et comme telle poursuivie de • vant les tribunaux ecclésiastiques. Voir les trois Notes de Nicole sur cette Lettre.
P. 65. — Et qu'on le préfère même au spirituel, — Le texte donné par Nicole ajoute : « Ainsi l'enseignent Sotus, etc. »
— Quoique saint Thomas et (T autres. — Et d'autres n'est pas dans le texte.
p. 68. — Qu'elles ne seront pas sujettes au distinguo. — C'est le mot qui revenait sans cesse dans les disputes des écoles. Voir Thomas Diafoirus dans Molière : « DistinçfUOy mademoiselle. »
P. 67. — Qu'un tel échange est un grand péché, — Voici le texte de Tannerus : « Il est vrai qu'un tel échange constitue un péché grave , et qu'en môme temps , diins des cas déterminés par le droit, on encourt une simonie au moins de droit positif ^ »
P. 68. — Mais depuis, votre Père Erard Bille. — La Biblio^ thèque des écrivains de la compagnie de Jésus l'appelle Erard Bile. Elle dit qu'après avoir professé à Gaen, il partit en mission pour l'Amérique et fit
1. Esta quidemjtali commutatione grave peccatum committatur, ac simul, in casibus Jure expressis, simonia saltem juris positivi incurratur. Je prends ce texte dans la Response à la douzième Lettre du P. Nouet : dans sa seconde Imposture, il ne Tavait que traduit, ot traduit infidèlement, en français.
naufrage. Le texte latin, donné par Nicole , commence ainsi : Concludimus sexto ^ non esse improhahUe, etc.
P. 63. — Contre lesquels M. Du Pré. — Jacques Du Pré, docteur de la Faculté de théologie de Caen , était de rOratoire; mais il en fut exclu, en 1645, pour des opinions qui ne furent pas trouvées orthodoxes : il est mort en 1652. Cette belle harangue était en latin ; elle avait 21 pages in-4® (voir Moréri) ; elle fut imprimée en 1645. Je ne sais rien de plus sur le P. Milhard.
P. 69. — Et Giezij qui reçut de l'argent, — Rois, iV, v, 20.
— Que quand Simon^ dans les Actes. —An chap. viii, 18. P. 70. — De vous tourner là-dessus en ridicules» — .Au pluriel, dans le texte primitif, c'est-à-dire sans doute en personnages ridicules. Littré n'indique aucun exemple de cette locution. Dans traduire en ridicule, ridicule est ordinairement un neutre.
Le P. Pirot, dans V Apologie des casuistes, s'était ebstiné à soutenir ces étranges subtilités sur la simonie ; Nicole lui a répondu dans la Note 3 sur cette Lettre.
— Sur le sujet des banqueroutiers. — C'est la troisième Imposture du P. Nouet. Voir la huitième Provinciale.
P. 71. — Qu'à dire des injures au monde. — On a corrigé « aux personnes » , apparemment parce que le monde, en ce sens, n'a pas paru assez noble, u II est familier », dit, en effet, l'Académie.
' — Il vous dit satisfait. — C'est-à-dire, il eût satisfait à vous.
P. 72. — Sa grande Théologie morale en six volumes. — Elle en a eu sept, et ce sont des in-folio.
— Sur les premiers desquels je vous pourrai dire. — Il ne l'a pas fait.
— Idem colligitur aperte. — Je traduis ce texte : « Cela résulte évidemment des textes de droit cités,
surtout en ce qui concerne les biens acquis après la banqueroute , desquels celui-là môme dont la dette constitue une faute peut retenir autant qu'il est nécessaire pour vivre avec honneur suivant sa condition. Tu demanderas si les lois permettent la même chose pour le bien qu'il avait au moment où la banqueroute était imminente. C'est ce qu'on peut conclure d'après le Digeste. » Ex DD., c'est-à-dire ex DigesHs; ce que nous appelons en français le Digeste s'appelle en latin Digesia , au pluriel. Cette indica-tion est suivie, dans le texte donné par Nicole, de celle-ci : L, Qui honiSy qu'il faut lire : lege Qui bonis, dans la loi, c'est-à-dire dans l'article du Digeste commençant par Qui bonis (XLII, m, 6). Je ne vois rien dans cet article qui autorise la décision de Lessius.
P. 73. — Par où vous finissez chaque Imposture. — Chacun de ces petits morceaux est intitulé : Avertissement aux jansénistes.
— Dans la Lettre où j'espère montrer. — C'est la 1 5* .
ÉCRITE PAR l'auteur
DBS
AUX RÉVÉRENDS PÈRES JÉSUITES
Du 30 septembre 1656.
Mes Révérends Pères,
Je viens de voir votre dernier écrit, où vous continuez vos Impostures jusqu'à la vingtième, en déclarant que vous finissez par là cette sorte d'accusation, qui faisait votre première partie, pour en venir à la seconde, où vous devez prendre une nouvelle manière de vous défendre, en montrant qu'il y a bien d'autres casuistes que les vôtres qui sont dans le relâchement, aussi bien que vous. Je vois donc nïaintenant, mes Pères, à combien d'Impostures j'ai à répondre; et, puisque la quatrième, où nous en sommes demeurés, est sur le sujet de l'homicide, il sera à propos, en y répondant, de satisfaire en même temps aux 11, 13, 14, 15, 16, 17 et 18* qui sont sur le même sujet.
Je justifierai donc dans cette Lettre la vérité de mes citations contre les faussetés que vous m'imposez. Mais parce Ique vous avez osé avancer dans vos écrits que les sentiments de vos auteurs sur le meurtre sont con-
formes aux décisions des papes et des lois ecclésiastiques ^ vous m'obligerez à renverser \ dans ma Lettre suivante, une proposition si téméraire et si injurieuse à rÉglise. Il importe de faire voir qu'elle est pure de ,vos corruptions ' , afin que les hérétiques ne puissent pas se prévaloir de vos égarements pour en tirer des conséquences qui la déshonorent. Et ainsi, en voyant d'une part vos pernicieuses maximes, et de Vautre les canons de rÉglise qui les ont toujours condamnées , on trouvera tout ensemble, et ce qu'on doit éviter, et ce qu'on doit suivre.
Votre quatrième Imposture est sur une maxime touchant le meurtre, que vous prétendez que j'ai faussement attribuée à Lessius. C'est celle-ci : Celui qui a reçu un soufflet peut poursuivre à V heure même son ennemi et même à coups d'épéCy non pas pour se venger ^ mais pour réparer son honneur. Sur quoi vous dites que cette opinion-là est du casuiste Victoria. Et ce n'est pas encore ' le sujet de la dispute : car il n'y a point de répugnance à dire qu'elle soit tout ensemble de Victoria et de Lessius , puisque Lessius dit lui-même qu'elle est aussi de Navarre et de votre Père Henriquez, qui enseignent. Que celui qui a reçu un soufflet peut à V heure même poursuivre son homme, et lui donner autant de coups qu'il jugéra nécessaire pour réparer son honneur. Il est donc seulement question de savoir si Lessius est aussi du sentiment de ces auteurs, aussi bien que son confrère. Et c'est pourquoi vous ajoutez que Lessius ne rapporte cette opinion que pour la réfuter ; et qu'ainsi je lui attribue un sentiment qu'il n'allègue que pour le com-