Le livre même où vous renvoyez
que Lessius condamne Topinion qu'on peut tuer pour un soufflet ? et que , n'en ayant rapporté en tout que cette seule preuve, vous triomphiez là-dessus, en disant comme vous faites : Plusieurs personnes d^honneur dans Paris ont déjà reconnu cette insigne fausseté par la lecture de Lessius, et ont appris par là quelle créance on doit avoir à ce calomniateur ? Quoi ! mes Pères, est-ce ainsi que vous abusez de la créance que ces personnes d'honneur ont en vous ? Pour leur faire entendre que Lessius n'est pas d'un sentiment, vous leur ouvrez son livre en un endroit où il en condamne un autre. Et comme ces personnes n'entrent pas en défiance de vôtre bonne foi , et ne pensent pas à examiner s'il s'agit en ce lieu-là de la question contestée, vous trompez ainsi leur crédulité, je m'assure , mes Pères, que , pour vous garantir d'un si honteux mensonge, vous avez eu recours à votre doctrine des équivoques , et que , lisant ce passage tout haut , vous disiez tout bas qu'il s'y agissait d'une autre matière. Mais je ne sais si cette raison , qui suffit bien pour satisfaire votre conscience , suffira pour satisfaire la juste plainte que vous feront ces gens d'honneur, quand ils verront que vous les avez joués de cette sorte.
Ëmpêchez-les donc bien, mes Pères, de voir mes Lettres, puisque c'est le seul moyen qui vous reste pour conserver encore quelque temps votre crédit. Je n'en use pas ainsi des vôtres : j'en envoie à tous mes amis ; je souhaite que tout le monde les voie ; et je crois que nous avons tous raison. Car enfin, après avoir publié cette quatrième Imposture avec tant d'éclat, vous voilà décriés , si on vient à savoir que vous y avez supposé un passage pour un autre. On jugera facilement que, si vous eussiez trouvé ce que vous demandiez au lieu même
OÙ Lessius traitait cette matière ', vous ne l'eussiez pas été chercher ailleurs; et que vous n'y avez eu recours que parce que vous n'y voyiez rien qui fût favorable à votre dessein. Vous vouliez faire trouver dans Lessius ce que vous dites dans votre Imposture, pag. 10, lig. 12 : Qu'il n'accorde pas que cette opinion soit probable dans la spéculation ; et Lessius dit expressément en sa conclusion, n. 80: Cette opinion^ qu'on peut tuer pour un soufflet reçu^ est probable dans la spéculation. N'est-ce pas là mot à mot le contraire de votre discours? Et qui peut assez admirer avec quelle hardiesse vous produisez en propres termes le contraire d'une vérité de fait; de sorte qu'au lieu que vous concluiez de votre passage supposé que Lessius n'était pas de ce sentiment, il se conclut fort bien , de son véritable passage , qu'il est de ce même sentiment?
Vous vouliez encore faire dire à Lessius qu'il en condamne la pratique; et, comme je l'ai déjà dit, il ne se trouve pas une seule parole de condamnation en ce lieulà; mais il parle ainsi : // semble qu'on n'en doit pas FACILEMENT permettre la pratique: inpraxinon videtur FACILE permittenda. Est-ce là, mes Pères, le langage d'un homme qui éondamne une maxime? Diriez-vous, mes Pères*, qu'il ne faut pas permettre facilement, dans la pratique, les adultères ouïes incestes? Ne doiton pas conclure au contraire , puisque Lessius ne dit autre chose , sinon que la pratique n'en doit pas être facilement permise, que la pratique même en peut être quelquefois permise , quoique rarement ' ? Et, comme