Diriez-Yous, saris : mes Pères
3. Ne doit-on pas conclure, au contraire , que , puisque Lessius ne dit autre chose , sinon que la pratique n'en doit pas être lacUement permise, son sentiment est que cette pratique peut être quelquefois permise, quoique rarement?
s'il eût voulu apprendre à tout le monde quand on la doit permettre, etôter aux personnes offensées les scrupules qui les pourraient troubler mal à propos, ne sachant en quelles occasions il leur est permis de tuer dans la pratique, il a eu soin de leur marquer ce qu'ils doivent éviter pour pratiquer cette doctrine ^en conscience. Écoutez-le, mes Pères. // semble, dit-il, qu'on ne doit pas le permettre facilement^ a cause du danger qu'il y a qu'on agisse en cela par haine ou par vengeance^ ou avec excès, ou que cela ne causât trop de meurtres. De sorte qu'il est clair que ce meurtre restera tout à fait permis dans la pratique, selon Lessius, si on évite ces inconvénients, c'est-à-dire si Ton peut'agir sans haine, sans vengeance, et dans des circonstances qui n'attirent pas beaucoup de meurtres. En voulez-vous un exemple, mes Pères? en voici un assez nouveau : c'est celui du soufflet de Compiègne. Car vous avouerez que celui qui Ta reçu a témoigné, par la manière dont il s'est conduit , qu'il était assez maître de ses mouvements de haine et de vengeance. Il ne lui restait donc qu'à éviter un trop grand nombre de meurtres : et vous savez, mes Pères, qu'il est si rare que des Jésuites donnent des soufflets aux officiers de la maison du roi, qu'il n'y avait pas à craindre qu'un meurtre en cette occasion en eût tiré beaucoup d'autres en conséquence. Et ainsi vous ne sauriez nier que ce Jésuite ne fût tuable en sûreté de conscience , et que l'offensé ne pût en cette rencontre pratiquer en son, endroit la doctrine de Lessius. Et peut-être, mes Pères, qu'il l'eût fait s'il eût été instruit dans votre école, et s'il eût appris d'Escobar qu'un homme qui a reçu un soufflet est réputé sans honneur jusqu'à ce qu'il ait tué celui qui le lui a donné. Mais vous avez sujet de croire que les instructions fort contraires qu'il a reçues d'un curé que vous n'aimez pas
trop n'ont pas peu contribué en celte occasion à sauver la vie à un Jésuite.
Ne nous pariez donc plus de ces inconvénients qu'on peut éviter en tant de rencontres, et hors lesquels le meurtre est permis, selon Lessius, dans la pratique même. C'est ce qu'ont bien reconnu vos auteurs, cités par Escobar dans la Pratique de l'homicide selon votre Société. Est-il permis^ dit-il, de tuer celui qui a donnt^ un soufflet ? Lessius dit que cela est permis dans la spéculation, mais qu'on ne le doit pas conseiller dans la pratique, non consulendumin praxi, à cause du danger de la haine ou des meurtres nuisibles à l'État qui en pom*raient arriver. Mais les autres ont jugé qu'en évitant
CES INCONVÉNIENTS, CELA EST PERMIS ET SÛR DANS LA PRA- TIQUE : in praxi probabilem et tutam judicarunt Henriquezy etc. Voilà comment les opinions s'élèvent peu à peu jusqu'au comble de la probabilité. Car vous y avez porté celle-ci, eu la permettant enfin sans aucune distinction de spéculation ni de pratique, en ces termes ; Il est permiSy lorsqu'on a reçuun soufflet, de donner incontinent un coup d'épée, non pas pour se venger, mais pour conserver son honneur. C'est ce qu'ont enseigné vos Pères à Caen, en 1644, dans leurs écrits publics, que l'Université produisit au Parlement, dans sa troisième requête contre votre doctrine de l'homicide, p. 339.
Remarquez donc, mes Pères, que vos propres auteurs ruinent d'eux-mêmes cette vaine distinction de spéculation et de pratique , que l'Université avait traitée de ridicule , et dont l'invention est un secret de votre politique qu'il est bon de faire entendre. Car , outre que rintelligence en est nécessaire pour les 15, 16, 17 et 18* Impostures, il est toujours à propos de découvrir peu à peu les principes de cette politique mystérieuse.
90 LETTRES PROYINClALEfi
Quand vous avez entrepris de décider les cas de conscience d'une manière favorable et accommodante, vous en avez trouvé où la religion seule était intéressée, comme les questions de la contrition, de la pénitence, de Tamour de Dieu, et toutes celles qui ne touchent que rintérieur des ^consciences. Mais vous en avez rencontré d'autres * où l'État a intérêt aussi bien que la religion, comme sont celles de l'usure, des banqueroutes, de l'homicide et autres semblables. Et c'est une chose bien sensible à ceux qui ont un véritable amour pour l'Église, de voir qu'en une infinité d'occasions où vous n'avez eu que la religion à combattre , comme ce n'est pas ici le lieu où Dieu exerce visiblement sa justice, vous en avez renversé les lois sans aucune crainte, sans réserve et sails distinction *, comme il se voit dans vos opinions si hardies contre la pénitence et l'amour de Dieu.
Mais dans celles où lareligion et l'État ont part, vous avez partagé vos décisions , et formé deux questions sur ces matières ' : l'une que vous appelez de spéculation^ dans laquelle en considérant ces crimes en euxmêmes, sans regarder à l'intérêt de l'État, mais seulement à la loi de Dieu qui les défend, vous les avez permis sans hésiter, en renversant ainsi la loi de Dieu qui les condamne ; l'autre que vous appelez de pratique^ dans laquelle, en considérant le dommage queTÉtatjen