‹ Les provinciales de PascalChapitre 44 sur 124 · Vous voudriez · texte numérisé non relu

Vous voudriez

2. Sauver son écu. — Si Ton ne peut le sauver. — Pour sauver son écu.

QUATORZIÈME LETTRE li7

mais je n'approuve point leur opinion , même dans le tribunal extérieur.

Aussi, mes Pères, il est constant que vos auteurs permettent de tuer pour la défense de son bien et de son honneur, sans qu'on soit en aucun péril de sa vie. Et c'est par ce même principe qu'ils autorisent les duels, comme je l'ai fait voir par tant de passages sur lesquels vous n'avez rien répondu. Vous n'attaquez dans vos écrits qu'un seul passage de votre Père Layman, qui le permet, lorsque autrement on serait en péril de perdre sa fortune ou son honneur; et vous dites que j^ai supprimé ce qu'il ajoute , Que ce cas-là est fort rare. Je vous admire, mes Pères; voilà de plaisantes impostures que vous me reprochez. Il est bien question de savoir si ce cas-là est rare ! il s'agit de savoir si le duel y est permis. Ce sont deux questions séparées. Layman, en qualité de casuiste, doit juger si le duel y est permis, et il déclare que oui. Nous jugerons bien sans lui si ce cas-là est rare , et nous lui déclarerons qu'il est fort ordinaire. Et si vous aimez mieux en croire votre bon ami Diana, il vous dira qu'il est fort commun, part. 5, tract. 14, mise. 2, resol. 99. Mais qu'il soit rare ou non, et que Layman suive en cela Navarre, comme vous le faites tant valoir, n'est-ce pas une chose abominable qu'il consente à cette opinion : Que, pour conserver un faux honneur , il soit permis en conscience d'accepter un duel, contre les édils de tous les États chrétiens et contre tous les canons de l'Église, sans que vous ayez encore ici, pour autoriser toutes ces maximes diaboUques, ni lois, ni canons, ni autorités de l'Écriture ou dés Pères, ni exemple d'aucun saint, mais seulement ce raisonnement impie : L honneur est plus cher que la vie. Or, il est permis de tuer pour défendre sa vie. Donc il est permis de tuer pour défondro son honneur. Quoi !

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mes Pères, parce que le dérèglement des hommes leur a fait aimer ce faux [honneur plus que la vie que Dieu leur a donnée pour le servir, il leur sera permis de tuer pour le conserver ! C'est cela môme qui est un mal horrible, d'aimer cet honneur-là plus que la vie. Et cependant cette attache vicieuse, qui serait capable de souiller les actions les plus saintes, si on les rapportait à cette fin, sera capable de justifier les plus criminelles, parce qu'on les rapporte à cette fin ! Quel renversement, mes Pères! et qui ne voit à quels excès il peut conduire?

Car enfin il est visible qu'il portera jusqu'à tuer pour les moindres choses , quand on mettra son honneur à les conserver; je dis même jusqu'à tuer powr une pomme/ Vous vous plaindriez de moi, mes Pères, et vous diriez que je tire de votre doctrine des conséquences malicieuses, si je n'étais appuyé sur l'autorité du grave Lessius, qui parle ainsi, n. 68 : // n'est pas permis de tuer pour conserver une chose de petite valeur, comme pour un écu , ou POUR une pomme, aux pro pomo, si ce n'est qu'il nous fût honteux de la perdre. Car alors on peut la reprendre, et même tuer^ s'il est nécessaire, pour la ravoir : et si opus est, occidere ; parce que ce n'est pas tant défendre son bien que son honneur. Cela est net, mes Pères. Et, pour finir votre doctrine par une maxime qui comprend toutes les autres, écoutez celleci de votre P. Hereau, qui l'avait prise de Lessius : Le droit de se défendre s'étend à tout ce qui est nécessaire pour nous garder de toute injure.

Que d'étranges suites enfermées dans ce principe inhumain ', et combien tout le monde est-il obligé de s'y opposer, et surtout les personnes publiques ! Ce n'est pas seulement l'intérêt général qui les y engage, mais

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