‹ Les provinciales de PascalChapitre 45 sur 124 · I. Que d'étranges suites sont enfermées · texte numérisé non relu

I. Que d'étranges suites sont enfermées

encore le leur propre, puisque vos casuistes cités dans mes Lettres étendent leurs permissions de tuer jusques à eux. £t ainsi les factieux qui craindront la punition de leurs attentats, lesquels ne leur paraissent jamais injustes, se persuadant aisément qu'on les opprime par violence, croiront en môme temps que le droit de se défendre s'étend à tout ce qui leur est nécessaire pour se garder de toute injure. Ils n'auront plus à vaincre les remords de la conscience , qui arrêtent la plupart des crimes dans leur naissance, et ne penseront plus* qu'à surmonter les obstacles du dehors.

Je n'en parlerai point ici, mes Pères , non plus que des meurtres * que vous avez permis , qui sont encore plus abominables et pins importants aux États que tous ceux-ci, dont Lessius traite si ouvertement dans les Doutes 4 et 10, aussi bien que tant d'autres de vos auteurs. Il serait à désirer que ces horribles maximes ne fassent jamais sorties de l'enfer, et que le diable, qui en est lo premier auteur, n'eût jamais trouvé des hommes assez dévoués à ses ordres pour les publier parmi les chrétiens.

Il est aisé de juger par tout ce que j'ai dit jusques ici combien le relâchement de vos opinions est contraire à la sévérité des lois civiles, et même païennes. Que sera-ce donc si on les compare avec les lois ecclésiastiques^ qui doivent être incomparablement plus saintes, puisqu'il n'y a que l'Église qui connaisse et qui possède la véritable sainteté? Aussi cette chaste épouse du Fils de Dieu , qui , à l'imitation de son époux , sait bien répandre son sang pour les autres, mais non pas répandre pour elle celui des autres , a une horreur toute

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