‹ Les provinciales, ou, Les lettres écritesChapitre 16 sur 99 · AUTORITÉS ÉLUDÉES · texte numérisé non relu

AUTORITÉS ÉLUDÉES

iupanar. Et d'où vient^ iuon père^ qu'ils les ont déchargés de l'excommunication en cette rencontre? Né le comprenez-vous pas? me dit-il. Ne voyez^ous pas quel scandale ce serait de surprendre un reÙgiieux en cet état avec son habit de religion? Et n'avez^vous point oui parler, continua-t-il, comment on répondit à lapremière bulle, C<mtra solUdtatUes? et de quelle sorte nos vingtquatre, dans un chapitre aussi de la Pratique de l'école de notre Société , expliquent la bulle de Pie V , Ctmfta tlericàs, etc.? Je ne sais ce que c'est que tout cela, lui dis-je. Vous ne lisez donc guère Escobar? me dit*-il. Je ne l'ai que d'hier, mon père; et même j'eus de la peine à le trouver. Je ne sais ce qui est arrivé depuis peu, qui fait que tout le monde le cherche. Ce que je vous (disais, repartit le père, est au tr. 1, ex. 8, n. 102. Voyez-le en votre particulier; vous y trouverez un bel exemple de la manière d'interpréter favorablement les bulles. Je le vis en effet dès le soir même; mais je n'ose vous le rapporter, car c'est une chose effroyable.

Le bon père continua donc ainsi : Vous entendez bien maintenant comment on se sert des circonstances favorables. Mais il y en a quelquefois de si précises, qu'on ne peut accorder par là les contradictions; de sorte que ce serait bien alors que vous croiriez qu'il y en aurait. Par exemple, trois papes ont décidé que les religieux qui sont obligés par un vœu particulier à la vie quadragésimale n'en sont pas dispensés, encore qu'il soient faits évêques. Et cependant Diana dit que, « nonobstant « leur décision, ils en sont dispensés. » Et comment accorde*-t-il cela? lui dis-je. C'est, répliqua le pèrci par laplus subtile de toutiss lesnouvelles méthodes, et par. le plus fin de la probabilité. Je vas vous l'expliquer. C'est que, comme vous le vîtes l'autre jour, l'affirmative et la négative de la plupart des opinions ont chacune quel-

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que probabilité, au jugement de nos docteurs^ et assez pour être suivies avec sûreté de conscience. Ce n'est pas que le pour et le contre soient ensemble véritables dans le même sens^ cela est impossible ; mais c'est seulement qu'ils s(mt ensemble ^ probabke, et sârs par conséquent

Sur ce principe, Diana, notre bon ami, parle ainâ en la part. 6, tr* IS, r. 89 : « Je réponds à la décision de ct'oes trois papes, qui est' contraire à mon opinion, « qu'ils ont parlé de la sorte en s'attachent à Taffir^ a mative, laquelle en effet est probable, à mon juge- « ment même : mais il ne s'ensuit pas de là que la né- « gative n'ait aussi sa probabilité, d Et, dans le même traité, r. 65, sur un autre sujet, dans lequel il est encore d'un sentiment contraire à un pape, il parle ainsi : « Que le pape l'ait dit comme chef de rÉgUse, je le veux. « liais il ne l'a fait que dans l'étendue de la sphèiy de « probabilité de son sentiment. » Or, vousvoyezbien que ce n'est pas blesser les sentiments des papes : on ne le souffrirait pas àRome, où Diana est enun si grand crédit. Car il ne dit pas que ce que les papes ont décidé ne soit pas probable; mais, en laissant leur opinion dans toute la sphère de probabilité, il ne laisse pas de dire que le jQontraire est aussi probable. Cela est très^respectueux, iui dis-je. Et cela est plus subtil, igoutart^^il, que la réponse que fit le pare Bauny quand on eut censuré ses livres à Rome. Car il lui édiappa d'écrire contre M. Rallier, qui le persécutait alors furieusement : « Qu'a de a commun la censure de Rome avec celle de France? » Vous voy^ asses parla que, soit par Tinterprétation des termes, soit parla remarque desciréonsiances favorables.

* Ensemble manque dans les éd. in-4'^ et in-l?. ' Qui eit manque dans les éd. in-4* et in-ts.

ADT0BITÉ8 ISLt&llES. 99

0oit enfin par la double probabilité dtt pour ^\ du eontre, on accorde toujours oes coâtmâitâtiéiDl prétendues qui voui étonnaient auparavaût> mm jamais blesser les dédsions de l'ÉcHture, 4m conuilês ou des papes, comme vous le vo^eiB. Mon révérend père^ lui dis-je, que le monde est heureux de vous avoir pour maitl^sM Que ces probabilités sout utiles! lé ne savais pourquoi Vous aviet pris tant tâe soin d'étatdir qu'un seul docteur^ ê*il eiî gtmt, peut rendre une opinion probable; que le contraire peut Tètre aussi ; et qu'alors on peut choisir du pour et du contre celui qui agrée le plus, encoite qu'on ne le croie pas véritable, et avec tant de sûreté de conscience, qu'un confesseur qui iiefuSertut de donner l'absolution sur la foi de Ces Gasuistes s^^ait en état de danmation : d'où je comprends qu'un seul Gasuiste peut à son gré foire de nouvelles règles de morale, et disposer, selon sa fantaisie, de tout ce qui régarde la conduite des mœurs •. H faut, me dit le père, apporter quelque tempérament à ce que vous dites. Appreuea bien ceci. Voici notre méthode, où vous verrez le progrès d'une opinion nouvelle, depuis sa naissance jusqu'à sa maturité.

D'abord le docteur jrcwe qui Fa inventée l'expose au monde, et la jette comme une semence pour prendre racine. Elle est encore faible en Cet état, mais il faut que le temps la mûrisse peu à peu. Et c^est pourquoi Diana, qui en aintroduit plusieurs, dit en un eildi^t : œ J'avance « cette opinion; mais patx^e qu^elle est nouvelle^ je la « laisse mûrir au temps, rédngtiofempofîfiuimrandain.» Ainsi en peu d'années on la voit insensiblement s'affer-

' Éd. in-4*' et in- 12 : que V Église est heuftu$e de vous avoir pour défenteuts.

* MA, : la conduite de FtgHse.

mir ; et^ après un tooips considérable^ elle se trouve autorisée par la tacite approbation de l'Église y selon cette gmnde majdme du pèreBauny : a qu'une opimon étant « avancée.par quelques Casuistes^ et l'Église ne s'y étant « point opposée^ c'est un témoignage qu'elle Tapa prouve. » Et c'est en effet par ce principe qu'il autorise un de ses sentiments dans son traité 6^ q. 9^ partie i, p. 312. Eh quoi! lui dis-je^ mon père^ l'Église^ à ce compte-là^ approuverait donc tous les abus qu'elle souf&e^ et toutes les erreurs des livres qu'elle ne censure point? Disputez^ me dit-il^ contre le père Bauny . Je vous fais un récita et vous contestez contre moi l II ne faut jamais disputer sur un fait. Je vous disais donc que quand le temps a ainsi mûri une opinion^ alors elle est tout à fait probable et sûre. Et de là vient que le docte Caramuel^ dans la lettre où il adresse à Diana sa Théologie fondamentale , dit que ce grand « Diana a « rendu plusieurs opinions probables qui ne l'étaient « pas auparavant^ qum antea nonerant; et qu'ainsi on a ne pèche plus en les suivant^ au lieu qu'on péchait « auparavant : jam nanpeccant, licet ante peccaverint. »

En vérité, mon père, lui di&-je , il y a bien à profiter auprès de vos docteurs. Quoi I de deux personnes qui font les mêmes choses, celui qui ne sait pas leur doctrine pèche; celui qui la sait ne pèche pas? Elle est donc tout ensemble instructive et justifiante? L^ loi de Dieu faisait des prévaricateurs , selon saint Paul; celle-ci fait qu'il n'y a presque que des innocents. Je vous supplie^ mon père, de m'en bien informer; je ne vous quitterai point que vous ne m'ayez dit les principales maximes que vos Casuistes ont établies.

Hélas! me dit le père, notre principal but aurait été de n'étabhr point d'autres maximes que celles de l'Évangile dans toute leur sévérité; et l'on voit assez par le rè-

DES BÉNÉFICIERS. tOt

glementde nos mœurs que si nous souffrons quelque reV lâchement dans les autres^ c^est plutdt par condescen-t dance que par dessein. Nous y sommes forcé». Les hommes sont aujourd'hui tellement corrompus, que; uq pouvant les faire venir à nous, il faut bien que. nous aU lions à eux; autrement, ils nous quitteraient : ilsfe^ raient pis , ils s'àbandonuQraient entièrement. Et c'est pour les retenir que nos Casuistes ont considéré les vices auxquels on est le plus porté dans toutes les conditions, afin d^établir des maximes si douces^, sans toutefois blesser la vérité, qu*on serait de difficile composition si Ton n'en était content; car le dessein capital que notre Société a pris pour le bien de la religion est de ne rebuter qui que ce soit, pour ne pas désespérer le monde.

Nous avons donc des maximes pour toutes sortes dé personnes, pour les bénéficiers, pour les prêtres, pour les religieux, pour les gentUshonmies, pour les domestiques, pour les riches, pour ceux qui sont dans le commerce, pour ceux qui sont mat dans leurs affaires, pour ceux qui sont dans Tindigence, pour les femmes dévotes, pour celles qui ne le sont pas , pour les gens mariés, pQur les gens déréglés. Enfin , rien n'a échappé il leur prévoyance. C'est-à-dire, lui dis-je, qu'il y en a pour le dergé, la noblesse et le tiers état. Me voici bien disposé à les entendre.

Commençons, dit le père, par les bénéficiers. Vous savez quel trafic on fait aujourd'hui des bénéfices, et que s'il fallait s'en rapporter à ce que saint Thomas et les anciens en ont écrit, il y aurait, bien des simoniaques dans l'Église. C'est pourquoi il a été fort nécessaire que nos pères aient tempéré les choses parleur prudence, comme ces paroles de Valentia, qui est l'un des quatre animaux d'Escobar, vous l'apprendront. C'est h\

oonolusiaii d'un loog dUscours^ où il en doniie plusieurs expédients» dont voîci le QieiUew> iiuu>Qayia. G'^^t ea to p. e039 du t. m. ^ Si VoRdwAeiiiA bien Mipwel p^ur ^ un biw spîritvel ; » Q'est^-dixe d^ Twi^mt pMur un hénéfiee, « et (fu'on donne Fi^Qnt wmm^ lep^ à^ bé* « néfice^ c'est une aûncme yisible. Um^ si on le dooine ic oommelemottfq«ipoHel9lVol<)otéduoolIateu^* AW « confiner S ce n'est poîut sûnonie^ encore que odui qui tf le eonfève w^mdibre et attende f arg wt connue sa fin € pmcftpale. » Tanuents^ qu c^t encore de wtre $o< (Àé\é, dit la mèu)^ ^loso dwa «ou t. lU^ p. t54&^ quoiqu'il aToue « qu^ «w)t Tbomaa y est Qontwre> en ce tf qu'il enseigne abi^ument que ç'e^t toiQows simicmie H de donner un kôeni spirituel pour un temporel> si le a temporel est la fin. » Par ce moyen nous emp^bopa une iidBnité de swiwie«- Car qui «er^ji; a$$e9i nvéclwit pour refusa» en dînant del'argwt pour un bMâ/oe^ de por^r so«^ intenliioo. ^ te donner cquune tMftma<^quJk porte le béné^er 4 le i^gu/çir^ aui lieu de W dQnner comme k prioo dn bôu^eeî Pewonne n,'est o^sez «ban^ donné de Siteu poiip^ cela, 4e demeure d'aecord^ lui dis^ je, que tout le «a^oAde a des grâces syf fissAtea pK»ur fm^ un tel marché, delà est assuré, repartit le père.

VoiUt comment nou^ avons adouci les choses 4 Té^ gard des bénéficiers. Quant au^ pj^tres, nous a^cons plusieurs maximes qui leur sont assez favorables ; pav exemple, celle-«i de nos vingt-quatre, tr^. H, e«, 11, n. 96 : « Un fwétre qui a reçu de Vargent poii^ dire « une messe peuiril recevoir de nouvel argei9^t sur la « même messe? Oui,, dit Filiutiu^.; en appliqua»* la paiv

' $d, in-4« : bénéficier.

' Ibid. : Résigner. Non tanquam ^reîium beneficii , $ed ftitt^tMmi fitotivumad rejignandwik — Éd. in-12> : UmquammoUvumoênférenditpi' Htuak.

9E9 PRÂTRES. tO&

«( tte du saerifiee qui lui i^ipttrti«it ùomme prétfe à ce^ « lui qui le paye de nouTea»^ pcmrvu qu'il n'eu reçoive a pas autant que pour une messe entière^ unûs seulement « pour une partie, comme pour un tiers de messe. »

Certes, mon père, voicâ une de ces reneontte&^ où le pour et le ^otHre scmt Meu probal^es; ear <^ que tous dites ne peut manquer de l'être , apfès Taiitorité de ¥i^ liutius et d'Cscobar, Hais eu le laissant dans sa gpkère de prebabilitif on pourrait bien, eeme semble, dire ausffi le contraire, et Tappuycne par ces raisons. Lorsque llËglise permet aux ppfttres qui sont pauvres de rece^ voir de Fargent pour leurs messes, pajcee qu'il est bien juste que ceux qtd servent é; VsLuiék vivent de Fautel, elle n'entend pas pour cela qirïls écfaangmi le sacrifice pour de l'aient, et encore moins qu'ils se piivent etrxmémes de foutes les grâces qu'ils en doiveoit tirer les pruniers. Et je dirais Picore que <r les piètres, sdton « saint Pau), sont dbiîgés d'oflMx'le sacrifice, pitWiiê^ « rement pour eux-mêmes, et puis* pour le peuj^e; » et qu'ainsi il leur est bien pemûs d'eu associer* d'autz^s au frmi du sacrifice, mais non pas de renoncer et(x-i mêmes volontairemMit à tout le irait du sacrifiée, et de le donner à un autre poitt \m tiers de messe, c'est-àr dire pour quatre ou cinq sou». En vérité, mon père^ pour peu que je fusse grecce, je rendrais cette opinion probable. Tous n'y auriez pas grand'peine, me dit-il; die l'est visiblement. La difficulté était de trouver de la probabilité dans le contraire des opinions qui sont manifestement bonnes ^; et c'est ce qtd n'appartient qu'aux grands personnages*. Le père Bauny y excdie. D y a du plaisir de voir ce savant €asuiste pénétrer dans le

' Ces mots : des opinions qvi sont manifestement bonnes , manquent dans les éditions in-4* et m-12.

' Êdit inr4* 00 m-12 : lU^mmef.

10^ SIXIÈME LËTTAE.

pour et le contre d'une même question qui regarde encore les prêtres^ et trouver nûson partout > tant il est ingénieux et subtil.

Il dit en un endroit ( c'est dans le traité 10^ quest. 12, part. I^ p. Vlk ) : « On ne peut pas faire une loi qui « obligeât les curés à dire la messe tous les jours , parce ce qu'ime telle loi les exposerait indubitablement, haud « dubie, au péril de la dire quelquefois en péché moiv a tel. » Et néanmoins, dans le même traité 10, quest. il, p. 441 , il dit que « les prêtres qui ont reçu de l'argent a pour dire la messe tous les jours la doivent dire tous les jours; et qu'ils ne peuvent pas s'excuser sur ce « qu'ils ne sont pas toujours assez bien préparés pour « la dire, parce qu'on peut toujours faire l'acte de cona trition; et que s'ils y manquent, c'est leur faute, et « non pas celle de celui qui leur fait dire la messe. » Et^ pour lever les plus grandes difficultés qui pourraient les en empêdbyer, il résout ainsi cette question dans le même traité, quest. 33, p. 457 : <c Un prêtre peut-il dire «c la messe le même jour qu'il a commis un péché moi^- « tel, et des plus criminels, en se confessant auparac( vaut? Non, dit Villalobos, à cause de son impureté. « Hais Sancius dit que oui, et sans aucun péché; et je « tiens son opinion sûre , et qu^elle doit être suivie dans <c la pratique : et tuta et sequenda inpraxi. ».

Quoil mon père, lui dis-je, on doit suivre cette opinion dans la pratique? Un prêtre qui serait tombé dans un tel désordre oserait-il s'approcher le même jour de l'autel, sur la parole du père Bauny? Et ne devrait-il pas déférer aux anciennes lois de l'Église , qui excluaient pour jamais du sacrifice, ou au moins pour un long temps*, les prêtres qui avaient commis des péchés de

' Ou au moins 2)our un long lempsy manque dans les éd. in*- 12.

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