‹ Les provinciales, ou, Les lettres écritesChapitre 18 sur 99 · S VALI^TS · texte numérisé non relu

S VALI^TS

Nous^ avons considéré^ à leur égard, la peine qu'ils ont, quand iksont gpens de oonscienee, & servir des n]ialtre$ débauchés. Car s'ils ne font tous ks messages ou ils les emploient, ila perdent leur fortune; et s'ils leur obéissent, ils en ont du scrupule. Cest^ pour les en soulager que noa vingi^quatre pèves, tr. T, ex. 4, n. 383 , ont marqué les services qu'ils peuvent rendre en sûreté de conscience. En voici qudqueft«-un8 ; a Por- « ter des lettres et des présents ; ouvrir les portes et les • fenêtres ; aider lâur mattre à monter à la fmètre ; tenir a Féch^e pendant qu^il y moaate : tout cela est permis 4 et indifférent. Il est vrai que pour tenir TéchcAle il a tmt qu'ils soient menacés plus qu'& l'ordinaire;, s'ila < y manquaient; car c'est Sakte ii^ure au maître d'une « maison, d'y entrw par la fenêtre. »

Voyeasrvous. combien eela est judicieux? Je n'alkodais rienmoins» lui dis-je, d'un livre tiré de vingtrquatre Jésuites, Mm, igouta le père, notre père Bauny a en« cetre bii^x ap|Kria aux valets à rendre tous ces devotrshlà innocemment à leurs maître», efu frisant qu'ils portent leur intention^ non pas mnx pédués dont ils scmt les eon tremetteurs, mais seul^neat au gain qui leur en revient. C'est ce qu'ila bien expliqué dans m Somme de& péchés, en la. page 710 de la pceni^ impression : « Que les a eanfesseurs, dià-il, remarquent, bien qu'on ne peut « absoudre les valets quifoiiikdesmcssaigesdéfibonnëtes, « s'ils consentent aux péchés die leurs maîtres; mais^ il « faut dire le contraire,, s'ik le* font pour leur com^ <^ médité temporelle, m Et cela est bieu facile à faiipe; car pourquoi s'cd^stinerasent-ils à consentir à des. pédbéa dont ils n'ont que la peiBs?

Et le même père Bauny a encore établi cette grande

' Éd. in-4* et m-12 : £t c'est.

108 sixié;m£ lettre.

maxime en faveur de ceux qui ne sonf pas contents de leurs gages; c'est dans sa Somme^ p. 213 et 21& de la sixième édition : « Les valets qui se plaignent de leurs « gages peuvent-ils d'eux-mêmes les croître en se gar- « nissant les mains d'autant de bien appartenant à leurs (1 maîtres^ comme ils s'imaginent en être nécessaire « pour égaler lesdits gages à leur peine? Ils le peuvent « en quelques rencontres, comme lorsqu'ils sont si « pauvres en cherchant condition y qu'ils ont été obligés « d'accepter l'offre qu'on leur a Caite, et que les autres <x valets de leur sorte gagnent davantage ailleurs. »

Voilà justement, mon père, lui dis-je, le passage de Jean d' Alba. Quel Jean d'Alba? dit le père ; que voulezvous dire? Quoi! mon père, ne vous souvenez-vous plus de ce qui se passa en cette ville* l'année- 1647 ? et où éties-vous donc alors? J'enseignais, ditril, les cas de conscience dans un de nos collèges assez éloigné de Paris. Je vois donc bien , mon père , que vous ne savez pas cette histoire : il faut que je vous la die. C'était une personne d'honneur qui la contait l'autre jour en un lieu où j'étais. Il nous disait que ce Jean d'Alba, servant vos pères du collège de Clermont de la rue Saint- Jacques, et n'étant pas satisfait de ses gages, déroba quelque chose pour se récompenser; que vos pères, s'en étant aperçus, le firent mettre en prison, l'accusant de vol domestique, et que le procès en fut rapporté au Ghàtelet le sixième jour d'avril 1647, si j'ai bonne mémoire; car il nous marqua toutes ces particularités^là, sans quoi à peine l'aurait-on cru. Ce malheureux, étant interrogé, avoua qu'il avait pris quelques plafis d'étain à vos pères; mais il soutint* qu'il né les

• Éd. m-4° et in- 12 : de ce qui se passa en Vannée 1647. ' il soutint manque dans les éd. in-4"ct in-12.

HISTOIRE DE JEAN d'aLBA. 109

avait pas volés pour cela^ rapportant pour sa justification c«tte doctrine du père Bauny ^ qu'il présenta aux juges avec un écrit d'un de vos pères sous lequel il avait étudié les cas de conscience^ qui lui avait appris la même chose. Sur quoi M. de Montrouge^ y l'un des plus considérés de cette compagnie^ dit en opinant « qu'il a n'était pas d'avis que^ sur des écrits de ces pères^ con- « tenant une doctrine illicite^ pernicieuse^ et contraire <x à toutes les lois natureUes^ divines et humaines^ cac( pable de renverser toutes les familles^ et d'autoriser « tous les vols domestiques^ on dût absoudre cet accusé. « Mais qu'il était d'avis que ce trop fidèle disciple fût a fouetté devant la porte du collège par la main du « bourreau^ lequel en même temps brûlerait les écrits « de ces pères traitant du larcin^ avec défense à eux de t< plus enseignerune telle doctrine, sur peine de la'vie. » . On attendait la suite de cet avis, qui fut fort approuvé, lorsqu'il arriva un incident qui fit remettre le jugement de ce procès. Mais cependant le prisonnier disparut on ne sait comment, sans qu'on parlât plus de cette affaire-l&; de sorte que Jean d'Âlba sortit, et sans rendre sa vaisselle. Voilà ce qu'il nous dit ; et il ajoutait à cela que l'avis de M. de Montrouge est aux registres du Chàtelet , où chacun le peut voir. Nous primes plaisir à ce conte.

A quoi vous amusea^vous? dit le père. Qu'est-ce que tout cela signifie? Je vous parle des maximes de nos Casuistes; j'étais prêt à vous parler de cdles qui regardent les gentilshommes, et vous m'interrompez par deâ histoires hors de propos I Je ne vous le disais qu'en passant, lui dis-je, et aussi pour vous avertir d'une chose importante sur ce sujet, que je trouve que vous avez

' Les deux éd. in-12 : feu M. de Montrouge.

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oubliée en établissant votre doctrine de la probabilité. Et; quoi? dit le père; que pourrait-il y avoir de manque «presque tant d'habiles gens y ontpassé^? C'est^lui ré^ pondis-je » que vous avea bien mis ceux qui suivent vos opinions probables en assurance & Tégard de Dieu et de la conscience; car> à ce que vous dites , on est en sûreté de ce c6té4à ensuivant un docteur grave. Vous les avea encore mis en assurance du Côté des confesseurs; car vous avez obligé les prêtres aies absoudre sur ilne opi^ nion probable^ à peine dé péché morteL Mais vous ne les avez point mis en assurance du c6té des juges; de sorte qu'ils se trouvent exposés au fouet et à la potence en suivant vos probabilités : c'est un défaut capital que cela. Vous avez raison , dit le père; vous me faites plai^ sir. Mais c'est que nous n'avons pas autant de pouvoir sur les magistrats que sur les confesseurs ^ qui sont obli^ gés de se rapporter à nous pour les cas de conscience; car c'est nous qui en jugeons souveraiuemenl J'entends bien> lui dis^je; mais si d'une part vous êtes les juges des confesseurs^ n'étes-vous pas de l'autre les confe»seurs des juges? Votre pouvoir est de grande étendue : obligeat-les d'absoudre les criminds qui ont une opinion probable, à peine d'être exclus des sacremente; afin qu'il n'arrive pas , au grand mépris et scandale de lapro* habilité^ que ceux que vous rendez innocents dans la théorie soient fouettés ou pendus dans la pratiq[Ue. Sans cela, comment trouveriez-vous des disciples? Il y faudra songer, me dit'il; cela n'est pas à négliger. Je le proposerai à notre père provincial. Vous pouviez néanmoins réserver cet avis à un autre temps, sans interrompre ce que j'ai à vous dire des maximes que nous avons établies en faveur des gentilshommes; et je ne

Êd

in-4^ et m-12 : après tant d'habiles gens qui y oftt passé?

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