‹ Les provinciales, ou, Les lettres écritesChapitre 2 sur 99 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

^occupation de Pascal dans ses diverses retraites^ soit à Port-jRoyal, soit à Vaumurier chez M. le duc de Luynes, soit à Paris ou ailleurs, était l'étude de la religion. Excepté le temps qu'il donnait à la conversation avec les personnes qui le consultaient, la prière et la lecture de TÉcriture sainte partageaient toute sa journée : il avait m don particuUer pour goûter Tonc^ tion de ces deux exercices. Il disait souvent que TÉcriture sainte est la science non de Pesprit, mais du cœur; qu'elle n'est intelligible que pour ceux qui ont le cœur droit; que la charité est non-seulement l'objet de l'Écriture sainte, mais qu'elle en est aussi la porte. Il s'était tellement appliqué à la méditation des livres saints, que sa mémoire en était remplie; en sorte que, quand on lui en citait un passage, il en marquait aussitôt l'endroit. Il assista aux conférences qui se tenaient à Vaumurier, où l'on travaillait à la traduction' du Nouveau Testament qu'on appela depuis la traduction de Mons,

Toutes les fois qu'il entretenait ses amis sur les vérités qu'il avait puisées dans l'Écriture sainte, il le faisait avec une éloquence qui se faisait admirer. Il ne cherchait pointée qu'on appelle de belles pensées, qui n'ont qu'un faux brillant j il joignait à la solidité des pensées le naturel de l'expression. Il concevait l'éloquence conmie un art de dire les choses de manière que ceux à qui l'on parle puissent les écouter avec jdaisir et les entendre sans peine ' . Pascal se mettait à la place de ceux qui devaient Pentendre, et éprouvait sur lui-même si le tour qu'il donnait à ses pensées était capable de frapper l'esprit et

^ Voyez, page 373 de notre édition in-8'' des Pensées de Pascal, ies paragraphes I et IV des Pensées sur V Éloquence et le Style, (Lef....)

UISTOIKE DES PROVINCIALES.

d'intéresser le ooeur^ et s'il pouvait s'assurer que l'auditeur serait comme forcé de se rendre. D se renfermait donc dans Tessentieletle simple naturel*. Ce n'était pas assez pour lui qu'une réflexion fût belle^ il fallait qu'elle fut propre au sujets et que son discours n'eût ni vide ni superfluité. Ce goût solkle sa trouvait joint en lui à l'heureuse facilité de discerner la vérité et de la présenter sous le point de vue le plus naturel et le plus frappant. C'est ce qui rendait son style si naïf et si agréable^ et en même temps plein de force et de justesse. Ce style lui était si propre que^ dès que l'on vit paraître les Provinciales, ceux qui le connaissaient particulièrement jugèrent qu'il en était l'auteur. Voici quelle fut l'occasion de ce livre.

M. le duc de Liancourt*, très-connu par sa piété et par ses grandes aumônes^ aUa se présenter pour la confession y en 1 655^ à M. Picoté^ prêtre de Saint-Sulpice^ sa paroisse^ à Parts. Cet ecclésiastique^ prévenu contre messieurs de Port-Royal ^ avec qui le duc avait de grandes liaisons^ refusa de l'absoudre^ à moins qu'S ne lui promit de rompre tout commerce avec ces messieurs^ de retirer sa petite-fiHe du monastère de Port- Royal; où elle était pensionnaire^ et de congédier de chez lui M. l'abbé de Bourzeîs^ savant théologien ^ qui a été un des membres de l'Académie Française. Cette affaire ayant fait grand bruit, M. Amaukl fut prié de faire imprimer une lettre pour la justification de ce seigneur, et pour montrer l'irrégularité de la conduite de M. Picoté, n se rendit aux désirs de ses amis, et la lettre parut^ datée du 24 février 1 65 jî, sous le titre de Lettre d'un docteur de,Sdrbonne à une personne de condition j eto. Cette lettre fut attaquée par beaucoup d'écrits injurieux, auxquels M. Amauld se crut obligé de répondre par une seconde lettre, oii il faisait voir les faussetés et les calomnies de ces écrits. Celle-ci est datée du lo juillet de la même

> « Les meilleurs li?res sont ceux que ceux qui les lisent croient qu'ils au- M raient pu faire. La nature , qui seule est bonne , est toute familière et a commune. » Voyez page S7I de notre édition in-8° dfs Pensées ée Pascal. (Lef....)

» VkB de M. Nicole, part. I , cbap, )v, et Mémoires de M. du Fossé, liv. I, chap. XVI.

année : elle parut sous le titre de Seconde Lettre d'un docteur de Sùrhonne à un duc et pair de France, etc. C'était M. le duc de Luynes.

Ce fut dans cette seconde lettre que ceux qui n'aimaient pas M. Arnauld cherchèrent de quoi flétrir sa réputation. Ils ea tirèrent deux propositions^ qu'ils pFéseotèrent à la Faculté de théologie pour les faire censurer. Beaucoup de docteurs, re* connus pour très-savants et très^pieux, jusqu'au n<»Qlure de soixante et onze, persuadés de la vérité d^ ces deux pr(^sitions, se crurent obligés de prendre la déf^se de celui qu'ils, ju^rent bien que l'on voulait opprimer. Ses adversayres, crair gnantalors de ne pouvoir obtenir ce qu'ils souhaitaient, euaent recours à des moyens peu propres à justifier le d^sseto qu'ils méditaient. Ils ne voulurent point lui permettre de récuser certains docteurs, qui étaient comme ses parties déclarées. Ils ne laissèrent point aux docteurs la liberté d'opinec aussi long-^ temps qu'il était nécessaire. Au liieu de deux docteurs de chacun des quatre «ordres mendiants, qui ont droit d'assister aux assemblées de la Faculté, on en fit venir plus de quarante ^ Enfin, on vit M. le chanceUer Séguier venir luirméme aux assemblées de la Sorbonne, donner des bornes aux avis des docteurs, et leur ôter la hberté nécessaire pour éclaircir la vérité.

Ces disputes faisaient donc un grand éclat ', et il en résultait dans le public diverses impressions opposées. Ceux qui ne savaient pas quel était le sujet de ces di^utes s'imaginaient qu'il s'y agissait des fond^nents de la foi, ou au moins de quelque que^on d'une extrême conséquence pour la religion. Ceux qui étaient mieux instruits de l'affaire gémissaient de voir les simples dans l'erreur, et les théologiens divisés par dès CŒitestations de cette espèce.

Ce fut alors que Pascal s'entretenant à son ordinaire avec quelques amis, on paria de la peine que ces personnes avaient de ce qu'on imposait ainsi à ceux qui n'étaient pas capaUes de juger de ces disputes, et qui les auraient mépi^ées s'ils avaient pu en juger. Tous ceux de la compagnie trouvèrent que

* Wendrokii Prasloquio ffl, et Mémoires sur la Vie de M. Pciscal.

la chose méritait qu'on y fit attention^ et quil eût été à souhaiter qu'on eût pu désabuser le mcHide. Sur cela^ un d'eux dit que le meilleur moyen pour y réussir était de répandre dans le public une espèce àefactwn, où Ton fU voir que dans ces disputes il ne s'agissait de rien d'important ni de sérieux, mais seulement d'une question de mots et d'une pure chicane y qui ne roulait que sur destermes équivoques qu'on ne voulait point expliquer* Tous fq>prouvèrent ce dessein y et pressèrent fort M. Amauld de se défendre. Est-ce que vous vous laisserez condamner, lui' disaient-ils, comme un enfant, sans rien dire , et sans imtruire le public de quoi il est question? Il composa donc un écrit dont il fit lecture à ces messieurs. Ceux-ci ne donnant aucun signe d'approbation, il leur dit avec franchise : Je vois bien que vous ne trouvez pas cet écrit bon, et je crois que ^ous avez raison. Puis il dit à Pascal : Mais vous, qui êtes jeune, vous devriez faire quelque chose. Pascal , qui n'avait encore presque rien écrit, et qui ne connaissait pas xombien il était ci^ble de réussir dans ces sortes d'ouvrages, dit c[u'il concevait à la vérité conmient on pouvait faire le factum dont ils'a^sait, mais que tout ce qu'il pouvait promettre était d'en ébaucher un projet, en attendant qu'il se trouvât quelqu'un qui pût le polir et le mettre en état de paraître. Le lendemain il voulut travailler au projet qu'il avait promis; mais au lieu d'une ébauche, il fit une lettre : il la lut à la compagnie. M. Amauld dit aussitôt : Cela est excellent, cela sera goûté; il faut l'imprimer. Tous étant du même avis, on le fit. Cette lettre est datée du 23 janvier 1656. C'est la première des Prot;mem/«5.

Le sucîès fut tel qu'on pouvait le désirer : cette lettre fut lue par les savants et par les ignorants, et produisis dans l'esprit de tous l'effet qu'on en attendait. Elle eut encore un auti*e effet, auquel on n'avait point pensé : elle fît connaître combien le genre d'écrire que Pascal avait choisi était propre pour appliquer le monde à cette dispute. On .vit qu'il forçait en quelque sorte les plus insensibles et les plus indifférents à s'y intéresser ; qu'il les remuait, qu'il les gagnait par le plaisir ; et qu'il ne se promettait pas de ne leur donner qu'un vain divertissement.

Cependant les adversaires de M. Amanld suivaient toujours leur entreprise '. Ce docteur^ jugeant bien qu'il n'avait point de justice à attendre d'une assemblée où ses parties avaient toute l'autorité^ y fit signifier^ le 27 janvier^ une protestation de nullité de tout ce qui s'y était fait et s'y ferait dans la suite . Mais les docteurs passèrent outre^ et achevèrent la censure^ qui ne condanmait pas seulement la doctrine des deux propositions^ mais la personne même de M. Arnauld^ en l'excluant pour toujours de la Faculté. La censure est du 31 janvier 1666. Pascal % pour s'opposer aux intrigues des ennemis de M. Amauld^ et troubler un peu leur triomphe^ fit encore avec une grande promptitude la seconde^ la troisième et la quatrième lettre. Elles furent reçues avec encore plus d'applaudissement. Rien n'était égal à l'empressement des premiers magistrats; et M. de Bellièvre, alors premier président , donna ordre qu'on les lui apportât dans l'instant qu'elles paraîtraient ^, Tout le monde y admirait cette brièveté charmante^ cette naïveté inimitable et cette parfaite pureté de style'qui les ont fait regarder de tous les habiles gens comme l'ouvrage le plus achevé en toute manière qui eût paru en notre langue.

L'applaudissement avec lequel ces quatre premières lettres furent reçues invitait Pascal à suivre ce qu'il avait commencé; et en effet il se proposait de continuer à expliquer les matières de la grâce ^ ; mais ayant mis à la fin de sa quatrième lettre que dans la suivante il pourrait parler de la morale des jésui tes, il se trouva engagé à le faire. Lorsqu'il fit cette promesse , il n'était pas encore assuré, comme il l'a souvent dit lui-même, s'il écrirait effectivement sur ce sujet. U considérait seulement que si, après y avoir bien pensé, on jugeait que ce travail fût utile à l'Église, il n'y aurait rien de plus facile que de satisfaire à sa promesse par une ou deux lettres; et que cependant il n'y avait point de danger d'en menacer les jésuites et de leur donner l'alarme, afin que la crainte au moins les portât à avoir plus

' Mémoires de if. du Fossé, liv. I, chap. xti.

* Wendrockii Prœloquio III.

^ Mémoires de M. du Fossé, liv. I , chap. x vu.

* Wendrockii Prasloquio IIL

tO HISTOIRE DES PROVINCIALES.

de retenue. En effet; ii pensait si peu à exécuter cette piomesse;, qu'après même avoir excité par là Tattente du puMii', qui souhaitait avec impatience de lui voir exposer la morale des jésuites, il délibéra longteinps s^l le ferait. Quelques personnes de ses amis lui représentèrent qu'il quittait trop tôt la matière de la grâce; que le monde paraissait disposé à souffrir qu'on Ten instruisit, et que le succès de sa denùère lettre en était une preuve convaincante. Cette raison faisait beaucoup d'impression sur lui ; il croyait pouvoir traiter ces questions, qui disaient alors tant de bruit, et les débarrasser des termes obscurs et équivoques des scolastiques, des vaines chicanes de mots, et de tout ce qui ressent la chaleur de la dispute; il espérait, dis-je, les expliquer d'une manière si aisée et si proportionnée à rintelligence de tout le monde, qu'il pourrait forcer les jésuites mêmes de se rendre à la vérité.

Mais il n'eut pas plus tôt commencé à lire Escobar avec un peu d'attention, et à parcourir les autres casuistes, qu'il no put retenir son indignation contre ces opinions monstrueuses, qui font tant de déshonneur au christianisme. Il jugea qu'il n'y avait rien de plus pressé que d'exposer à la vue du public des relftchements en même temps si ridicules et si détestables. Il crut devoir travailler à rendre cette fausse doctrine nonseulement la fable, mais encore l'objet de la haine et de l'exécration de tout le monde. C'est à quoi il s'appliqua entièrement depuis, par le seul motif de servir l'Ë^se. Alors il ne composa plus ses lettres avec la même vitesse qu'auparavant, mais avec une contention d'esprit, un soin et un travail incroyables. Il était souvent vingt jours entiers sur une seule lettre. Il en recommençmt môme quelques-unes jusqu'à sept ou huit fois, afin de les mettre au degré de perfection où nous les voyons. On dit même qu'il refit la dix-huitième jusqu'à treize fois ' .

On ne doit point être surpris qu'un ^prit aussi vif ait eu cette patience. Autant qu'il avait de vivacité , autant avait-il de pénétration pour découvrir les moindres défauts dans les ouvrages d'esprit; souvent à peine trouvait-il supportable ce

' Mémoires sur la Vie de M. Pascal.

qui faisait radiniraii(xi des autres. De plus, la matière qu'il traitait avait ses difliculiés particulières. Il fallait réunir comme dans un seul corps un grand nombre de passages tirés de divers auteurs, et de différents endroits dans les mêmes auteurs; il fallait les lier d'une manière naturelle et qui n'eût rien de forcé. Pascal avait aussi à soutenir le caractère du jésuite qu'il fait parler dans ces lettres, ce qui demandait de grandes précauticHis. Il avait de même à conserver le caractère de l'autre personne qui soutient le dialogue, c'est-à-dire de sa propre personne; et il ne devait pas approuver grossièrement les sentiments du jésuite , ni aussi les condamner trop ouvertement , pour ne pas le rendre plus réservé à découvrir les relâchemaits de ses casuistes. C'est ce qu'il a fait dans les six lettres qui suivent les quatre premières.

Dans la première édition de la cinquième letb^ , Pascal avait négligé de marquer les citations des textes qu'il attaquait dans les livres des casuistes. Chi sentit bientôt l'inconvénient de cette omission; et ce fut ce qui lui donna lieu de dire au commencernent de sa sixième lettre, en annonçant le récit de la seconde visite qu'il suppose avoir faite à ce jésuite : « Je le fe- « rai (ce récit) plus exactement que Tautre; car j'y porterai <( des tablettes pour marquer les citations des passages; et je a fus bi^i fâché de n'en avoir point apporté dès la première « fois. Néanmoins, si vous êtes en peine de quelqu'un de ceux « qae je vous ai cités dans Tautre lettre, faites-le-moi savoir, « et je vous satisferai facilement. » Dans les éditions postérieures, on a ajouté dans la cinquième lettre les citations qui y manquaient, et on a supprimé cet avis, qui devenait inutile.

On crut d'abord qu'il suffisait de citer les pages où se trouvaient ces textes ; mais de là résultait un nouvel inconvénient, et bientôt il y eut des gens qui accusèrent Pascal d'infidélité dans ses citations '. Quelques personnes en ayant parlé un jour devant M. Bariet, secrétaire du cabinet, à qui on fit voir un livre où les passages n'étaient pas à la page marquée , il en écrivit à M. Aniauld, qui lui manda que l'édition que l'on

' Mémoires de M. du Fossé, liv. 1 , ctiap. xvii.

avait citée n'était pas celle qiii lui avait été montrée ^ mais l'édition d'une telle année ^ comme il le trouva en effet. Pouf prévenir cet inconvénient^ on observa dans la suite de citer non les pages ^ mais le traité^ le chapitre^ le paragraphe et l'article; en sorte que les textes pussent être vérifiés dans quelque édition que ce fût. Et cette vérification nuisit plus aux jésuites qu'à Pascal; car si quelquefois on remarquait une citation moins exacte^ ou un texte présenté d'une manière peut-être trop concise'^ très-souvent on trouvait qu'il avait épargné les jésuites^ en ne rapportant pas tout ce qu'il aurait pu rapporter de leurs casuistes.

Le plaisir que causait la lecture des Petites Lettres faisait désirer d'en connaître l'auteur : ce fut ce qui donna lieu à Pascal de commencer ainsi sa huitième lettre : a Monsieur^ vous d ne pensiez pas que personne eût la curiosité de savoir qui ft nous sommes : cependant il y a des gens qui essayent de le c( deviner ; mais ils rencontrent mal. Les uns me prennent « pour un docteur de Sorbonne; les autres attribuent mes « lettres à quatre ou cinq personnes^ qui^ comme moi^ ne a sont ni prêtres ni ecclé^astiques. Tous ces faux soupçons me a font connaître que je n'ai pas mal réussi dans le dessein que « j'ai eu de n'être connu que de vous et du bon père qui souffre a toujours mes visites^ et dont je souffre toujours les discours. » L'une de ces quatre ou cinq personnes à qui l'on attribuait ces lettres était Pascal même; mais on ignorait d'où sa main portait ces coups*.

Pascal était venu se loger alors dans une aubei^e à Paris ^ , rue des Poirées, vis-à-vis le collège des jésuites, quoiqu'il eût

> « Pascal , coDime tous les gens d'esprit qui citent,^ tire tégèremeut à lui ; il dégage (^opinion de Tadversaire plus nettement qu'elle ne se lirait dans le texte complet ; parfois il arrache quatre mots de tout un passage quand cela lui va et sert à ses fins ; il aide volontiers à la lettre ; enfin , dans cette ambiguïté d'autorités et de décisions, il lui arrive» par moments aussi, de se méprendre. C'est là tout ce qu'on peut dire, sans avoir droit de mettre en doute sa sincérité. » (M. Saimte-Becve, Port-Royal, lomeUl» p. 60.)

» Voyez ci-après la première note de la lettre VIII.

^ Mémoires sur la Vie de M, Pascal.

son propre domicile dans cette ville. M. Perier^ ^son beaufrère y arrivant bientôt après dans la même ville , alla se mettre dans la même auberge, sans faire connaître qu'il était allié de Pascal, qui y était sous le nom de M. de Mons. Pendant que M . Perier logeait dans cette auberge , le père Defrétat , jésuite , Tun de ses parents, vint lui rendre visite, et lui dit qu'ayant rhonneur de lui appartenir, il était bien aise de l'avertir que dans la Société on était persuadé que c'était M. Pascal, son beau-frère, qui était l'auteur des Petites Lettres répandues dans Paris contre les jésuites, et qu'il devait le lui dire, et lui conseiller de ne les pas continuer, parce qu'il pourrait lui en arriver du chagrin. M. Perier le remercia, et lui dit que l'avis serait inutile , et que Pascal lui répondrait qu'il ne pouvait pas empêcher les jésuites de lui attribuer ces lettres, parce que quand il leur dirait qu'il n'en était pas l'auteur, ils ne le croiraient pas; et qu'ainsi s'ils s'imaginaient que cela était, il n'y avait point de remède. L^ père Defrétat se retira, disant toujours qu'il était bon de l'avertir, afin qu'il prit garde à lui. M. Perier fut fort soulagé quand le père s'en alla ; car il y avait sur son lit une vingtaine d'exemplaires de la septième lettre, qu'il y avait mis pour sécher. H alla aussitôt en divertir Pascal , qui était dans la chambre au-dessous de lui , et que les jésuites ne croyaient pas si proche.

Quelques-uns ont dit que le provincial à qui ces dix lettres étaient adressées était M. Perier, qui demeurait ordinairement à Glermont. Pascal n'a signé que la troisième : cette signature est une suite de dix lettres initiales : E. A. A. B. P. A. F. D. E. P. Pour en comprendre le sens, il faut les couper en deux parties, dont la seconde doit être lue avant la première. Voici alors ce qu'elles signifient : Biaise Pascal, Auvergnat, JUs d'Etienne Pascal, et Antoine Amauld. C'est ce que l'on a su des amis de M. Nicole'.

' Voyez, à la fin de la troisièine lettre, rexplicàtion de ces initiales donnée par M. Tabbé Maynard , dans sa bonne et curieuse édition des Prooinciales; Paris, Firmin Didot frères, 1851, 2 vol. in-8^ Cette édition contient une Réfutation des Lettres de Pascal , que les admirateurs de ce grand écri?ain doivent consulter. Sans doute elle n*en diminuera pas le

\h HISTOIRE DES PROVINCIALES.

Les jésuites^ voyant le tort que les Peiites^ Lettres leur fàisaient de tous côtés, se crurent obligés d'y répondre; mais c'est en qud 3s se trouvèrent embarrassés, car il n'y avait que deux questions à faire à ce sujet : Tune, si leurs casuistes avai^fit enseigné ces opuioiis, et c'était une vérité de fait qui ne pouvait être désavouée; l'autre, si ces opinions n'étaient pas impies et insoutenables, et c'est ce qui ne pouvait être ré* voqué en doute, tant ces égarements étaient grossiers. Aàaai ils travaillèrent sans fruit, et il fut bien facile à Pascal de se défendre : c'est ce qu'à foit sur les principcoix points dans ses huit dernières lettres.

Gomme il avait renfermé dans les six leUres précédentes ' les principales maximes des jésuites sur la morale , et que ces lettres avaient eu tout le succès qu'il désirait , il avait d'abord résolu de finir à la dixième, et de suivre le conseil de ses amis, qui l'exhortaient à ne plus écrire. Ce fut l'empcnlement des je* suites qui lui arrad:ia encore , comme malgré lui , les huit autres lettres* Elles ne sont pas moins élégantes ni moins châtiées que les précédantes, si on en excepte la seirâème, qu'il se hâta de piîUier, comme il le témoigne lui-même , à cause des recherches qu'on faisait chez les imprimeurs. Cette lettre est donc plus loûgae qu'à ne souhaitait : cependant elle ne l'est pas trop pour les lecteurs. A l'égard des deux dermères, si elle& ne sont pals aussi concises que les autres, ce ne fut pas manque de temps; mais il ne put expliquer en moins de paroles la matière qu'il y traite. Elles sont au reste trè&*polies et fort, travaillées , surtout la dix-hiûtième. De ces huit demièiees lettres, les six premières soski adressées aux révérends pères jésuites , et les deux dernières au père Annat , de la même Société, qui fut un de ceux qui s'élevèrent contre les Prmnao/e^.

Les douze premières lettres furent présentées à la reine de Suède % qui se trouvait alors à Paris, et elle les reçut avec joie. Cette princesse avouait franchement aux jésuites qu'elle avait

nonbre ; maigrie nous semble devoir, sinon détruire » du nioin$ aflgiiblir de iâclieiues pfévertlions. ( Lef.... )

' Wmdrockii Prxloquio Ut.

* Lettres 45 et 47 de M Arnauld.

' peu d'estime pour leur Soeiété; qu'elle ne pouvait a^^rouver qu'ils se mêlassent de tant de choses^ et qu^ib eussent de si étranges maximes.

Entre la douzième et la treizième des lettres de Montalte % on a depuis inséré dans quelques édiiions une lettre qui parut sous le titre de Réjf^miion de la réponse à la douzième Lettre*. Elle Alt donnée au pubtie par un auteur inecmnu y qui examine en détail quelques chicanes de jésuites^ auxquelles Montalte n^aurait pu s'arrêter sans faire tort au public y qui attendait de lui tout autre chose. Elle est fort éloignée de 1^ beauté de$ autres.

Les lettres de Montalte continuaient d'être reçues du publie avec le plus vif empressement. Le débit était teP qu'un ami de M. Perier^ hii envoyant la dix-septikne y le priait de ne pas se presser de la montrer, « parce que y disait-il y il n'y wi a « que dix mille de tirées, et qu^it en &ut encœe beaucoup » .

Si Pascal prit tant de peine pour la dix-huitième lettre, c'est qu'il ne voulait pas donner prise sur lui dans une matière aussi d^cate que cette théologie scdasliqae qui fait l'<d)jet de cette dernière lettre, comme des trois prafnières : ce qui n'a pas empêché toutefois que ses adversaires ne Faieiii accusé de tomber en contradiction avec Kti-ro^e. Le (Mré4exte dont ils couvrent cette accusation, c'est que, dans les premières, Pascal semble tourner en ridicule ks thomistes, et que dans la dernière il déclare que les prétendus jansénistes s(mt thomistes. Mais pour dissiper ce vain prétexte , il suffit d'observer que dans les premières lettres Pascal attaque seulement quelques nouveaux thomistes , c'estràrdire quelques dominicains de Paris , qui s'étaient alors particulièrement unis aux molinistes, et qu'il n'attaque nullement les anciens thomistes, dont messieurs de Pori-Royal adoptaient la doctme.

Ces dix-huit lettoes pururent d'abord 8^[)ftréiaeat, et furent appelées Petites Lettres, apparemment parce que chacune ne

' Wendrockii nota i, in epist. XI f.

^ C'est l'un des écrits que nous avons placés à la suite des Lettres de Pat^^al, sous le titre d'Appendice. ( Lef.... ) ^ Histoire de Port-Royal, part. II, liv. VI, art. ;V7.

contenait qu'une seule feuille d'impression de huit pages in-4°, excepté les trois dernières y qui sont un peu plus étendues. Bientôt après elles furent appelées Provinciales , parce que les dix premières ayant été adressées sans aucun nom à une personne de province y Timprimeur les publia sous ce titre : Lettre écrite à un Provincial par un de ses amis; et les huit suivantes sous le titre de Lettres écrites par Vauteur des Lettres au Provincial. On prétend que ce fut Pierre Le Petit, célèbre libraire et imprimeur du roi à Paris ^ et ami particulier de messieurs de Port-Royal, qui se chargea d'imprimer les Provinciales. Ce fut , dilron , pour cet ouvrage qu'il conunença à se servir d'une espèce d'encre dont on a perdu le secret avec hii : elle prenait au papier sans qu'il fût besoin de le faire tremper, et séchait au moment même ; en sorte qu'on tirait ordinairement ces lettres la nuit du jour où on devait les distribuer. On rappoiie qu'elles furent imprimées, pour la plupart, dans un de ces moulins qui sont à Paris entre le pont Neuf et le pont aux Changes'. La dernière est datée du 24 mars 1657.

Dans la même année 1657 , les Provinciales furent imprimées deux fois en petit in-l2 , par les Ëlzévîrs , sous le nom de Pierre de la Vallée, Ces deux éditions sont fort estimées des curieux; la seconde est plus correcte : on peut la recoaiiaiti*e à ce c[ue, dans la première éditioti, au commencement de la première lettre , l'auteur avait mis la Faculté de Paris , au lieu que dans la sec<Hide il fit mettre la Faculté de théologie de Pch ris; ce qui a été conservé dans les éditions postérieures, dans lesquelles on a fait successivement plusieurs autres correc-

' H est Traisemblable que pour satisfaire d'un câté aux désirs impatients du public , et de l'autre pour échapper aux recherches des agents du gourernement qui couraient sans cesse les imprimeries ^ comme dit Pascal ù la fin de sa dix-septième Pro?inciale, pour dérouter leurs poursuites et ne compromettre personne, on Imprima en plusieurs endroits simultanément Marguerite Perier nous apprend en effet que les Provinciales ont été imprimées au collège d^Harcourt , par les soins du proviseur Fortin. On assure f dit-elle dans ses Mémoires, qu'elles ont été imprimées dans le collège même, ( Af . l'abbé Maynard. ) ~ Elles le furent un peu partout, dit M. Sainte-Beuve, dans son Histoire de Port-Royal, tome 11, p. 553.

KlSTOillK ïiKS PBOVINCIALES. 17

tîoiis : Texactitude de messieurs de Port-Royal les portait à retoucher souvent leurs*buvrages.

Dès que Tauteur des Petites Leitrea eût commencé à attaquer la morale des jésuites^ toi^ le monde eut horreur des opinions monstrueuses que ces Lettres firent remarquer dans les ouvrages publiés par les casuistes de cette Société *; et à peine , en les voyant, pouvaitron croire qu'elles fussent jamais venues dans Pétrit de théologiens catholiques. Les curés de Paris furent les premiers qui s'élevèrent publiquement contre ces excès. La première de ces Lettres contre la morale des jésuites est datée du 20 mars I6â6; la seconde du 10 avril, la troisième du 25; et dès le 12 mai suivant, dans l'assemblée ordinaire des curés de Paris, qui alors s'assembbHent tous les mois pour les af&ires de leurs paroisses. M* Rousse, curé de Saint-Roch, leur syndic, fit de grandes plaintes contre la licence des opinions sur la morale : il fut d'avis que la compagnie chargent quelques-uns d'entre eux de vérifier sur les livres des casuistes les propositions rapportées par l'auteur des Lettres^ afin .#^ demander en corps la condûnnaii<»i de ses Lettres, si ces pnq[iositions n'étaient pas véritablement des auteurs auxquds il les attribuait, ou la condamnation des casuistes, si elles en étaient fidèlement extraites. Mab comme, dans ce temps-là , il y avait des troubles dans le diocèse de Paris touchant la juridiction de l'archevêque, ce dessein ne put avoir alors son effet , et ils furent obligés d'en différer l'exécution.

Cependant les curés de Rouen commencèrent à témoigner le même zèle contre ces nouvelles opinions. M. Du Four, alors curé de Saint*Maclou, et depuis abbé d'Aulnay, les combattit avec beaucoup de force dans quelques-uns de ses sermons. Les jésuites S'en offensèrent, quoiqu'il ne les eût point nommés : ils firent grand bruit. Le père Brisacier, recteur de leur collège de Rouen, présenta requête à M. de Harlai, pour lors archevêque de Rouen, contre le curé de Saint-Maclou, comme si « décriant les casuistes , il eût calomnié la Société. Tous les

Wendrockii Prœloquio III.

l>ROVi:<iaALES.

autres curés se jdignireni aussitôt à leur oanfirère. lis délibé* rèrent dans une de leurs assendilées de oonsuMer les livras d'où l'on disait qu'étaient tirées les maximes pernicieuses que M. le x^uré de SabtrMaclou avait décriées , et d'en faire des extraits fidèles^ afin d^en demander la condamnation si elles se trouvaient dans les casuistes; et si elles ne s'y tronvaieni pas , d'abandonner cette cause^ et poursuivre la censure des Lettres mm Piv0ineiaL Six d'entre eux furent nommés par la compagnie pour s'employer à ce travail. Ils y vaquèrent un mm entier> trouvèrent les textes allégués^ en firent les extraits, et rapportèrent le tout à leurs confrères dans une seconde assemMée^ en laqudle^ pour une phis grande précaution^ il fut arrêté que ceux d'entre eux qui voudraient être plus éclaircis sur ces matières^ se rendraient avec les députés au lieu où étaient les livres pour les consulter de nouveau. Cet ordre fut gardée et les cinq ou six jours suivants tt se trouva jusqu'à dix ou onze curés à la fois^ qui firent encore la recherche des pastôges^ et demeurèrent satisfiiits. Après cet examen^ les curés demandèrent^ par une requête qu'ils présentèrent à l'arclievéque^ la condamnation de ces maximes corrompues. Mais ce prélat jugea à propos de renvoyer cette affaire à l'assemblée générale du clergé qui se tenait alors à Paris depuis 1655.

Les curés de Paris pensaient de leur côté aux moyens qu'ils prendraient pour arrêter cette contagion. Ils reçurent dans ce même temps une lettre de ceux de Rouen , qui les prinent de les assister de leurs conseils, et d'intervenir avec eux dans cette affaire. Non-seulement ils se joignirent à eux, ma» ils voulurent encore examiner par enx-mémes les livres «les casuistes. Ils firent des extraits des plus dangereuses propositions, et en demandèrent la condamnation, premièrement au grand vicaire de M. l'archevêque de Paris , et ensuite , par son ordre , à l'assemblée générale du clergé. Et afin de donner pkis de pmds à leur requête, ils l'appuyèrent de l'intervention d'un grand nombre d'autres curés des villes les plus considérables du royaume, qu'ils avaient exhortés à s'unir à eux, et dont ile avaient eu des procurations en bonne forme. Le peu de temps qui restait à l'assemblée, qui était près de se séparer, ne lui

permit p»s d^entrer dans Texamen de tant d'auteurs; mais elle cvdûooa seiil^aient qu'on imprimât aux dépens du clergé ies instruatiêm de saint €harh» Bortmnée, ^ur arrêter par là , eomrae «tte le témoigne eHe-mà»e^ le cours de ees maxkneâ oQiilagîeii^e&.

L'assemblée s^étant séparée ^ tes jésuites s'ioMigiiièrent qu'il n^y avail plu» riei^à oraiiichre peur leur Soeiété; ils entreprirent donc de faire éclater leur ressentim^:it contre l^uteur des Lettres , et de rétid)lir l'honneur de leurs easuîstes^ que tout cet éclat avait rendus extrêmement méprisables. Dans ce de»" sein ils chargèrent un de leurs écrivains^ le père Pirot^ de faire VApetogie des CasmMes, Fiers de ee projet^ ils ne purent le tenir secret. Avant raénae que le livre fôt achevé^ ils s'en vantaient publiquement^ et en triomphaient par avance. Lorsqu'il fut en état d^tre imprimé^ ils en demandèrent le privilège à M. le okancelieff^ et l'approbation aux docteurs; l'un et l'autre leur furent refusés. Ils ne cbangèvent pas pour cela de dessein; et^ vers l'aimée 1667^ ils mirent enfin au jour cet ou" vrag». Aussitôt qu'il parut ^ il s'éleva un murmure secret; le puUîe en témoigna ensuite ouvertement son indignation. Enfin^ les curés de Paris et de Rouen se joignirent ensemble pour le réfuter^ et pour le déférer aux puissances ecclésiastiques : ceux de Parts le dénoncèrent auprès des grands vicaires, ceux de Rouen auprès de leur archevêque. Peu de temps après, la Sorbonne prit aussi la résolution de l'examiner.

M. révêque d'Orléans et M. l'évêque de Tulle furent les premiers qui condamnèrent V Apologie, Celui d'Oriéans fit^ du consentement de son clergé^ une censure de ee livre^ qui fat ' publiée aux fêtes de la Pentecôte de Tannée i %h%. La censure de M. révéque de Tulle est antérieure; mais, comme elle ne fut pas imprimée aussitôtj, oii n'en eut connaissance que Ippgtemps après. Elnsuite pf^rut la cei|$ure deSorbowe, là censure de M. Tarchevêque de Sens, accordée aux remontranees réitérées de tout son clergé, fut publiée dans le synode général de son diocèse le 4 septembre de la n^ême ^nnée. Elle fut suivie de deux autres^ non moins considérables, l'une de cinq évêques de Gascogne et de Languedoc , savoir, MM. les évoques .

âO HISTOIRE DES PAOVINCI ALES.

d'Alet^ de Pamiers, de Ck)inininge^ de Bazas et de Gouserans; l'autre fut celle des vicaires généraux de M. raichevéque de Paris : elle ne fut publiée que le premier dimanche de TAvent, quoiqu'dle eût été faite dès le 23 aoùU On yit ensuite paraître comme une nuée de censures des plus illustres évéques et archeyéquesdu royaume^ savoir^ de MM^ de Nevers^ de Beauvais^ d'Angers ^ d'Évreux^ de Rouen ^ de lizieu^, de Bourges, de Cahors> de GhÀlons-sur-Mame , de Vence, de Soissons et de Digne. Tous combattent dans un même esprit les mêmes relâchements avec autant de soienceque d'éloquence ; tousies condamnent avec la même force et la même rigueur. Ënfin^ l'approbation et le consentement des autres évéques et des autres Églises furent si unanimes et si universels, qu'il n'y eut personne qui réclamât contre tant de censure '.

Les jésuites, voyant que leur4po/o^f « étaitdevenuesi odieuse, tournèrent leurs espérances du côté de la cour de Rome. L'inquisition avait déjà rendu, le 6 septembre 1657, un décret qui condamnait les ProvineiaUes : les jésuites osèrent présumer que ceux qui avaient ccmdamné leur adversaire prendraient la défense de leur Apologie. Ils portèrent donc à Rome leur affaire; et ce qu'ils opposèrent le plus souvent à toutes les censures des évéques, était que VApoiogie avait été déférée an saint-siége. Ils se vantaient même que le jugement de Rome était plus à craindre pour les censeurs que pour les casuistes. Cette confiance ne leur fut pas tout à fait inutile ; et l'on prétend qu'ils détournèrent par là quelques évéques de publier leurs censures. Mais dans le temps qu'ils se glorifiaient davantage de la protection du saint-siége, on apprit que VApoiogie avmt été condamnée à Rome par un décret solennel, dont on

' M On ne saurait aujourd'hui se faire idée de Témoi du monde ecclésiasu tique à ce propos {VApoiogie de$ Casuistes ); les mandements des évéques « pleavaient de toutes parts pour flétrir les maximes relâchées qu'un im- « prudent et un brouillon venait d'essayer de défendre , et ce n'était pan « seulement des évéquea favorables aux jansénistes que partaient les ana- « thèmes , c'était de tous ceux qui avaient à cœur la régularité... »

« Tout ce respectable monde avait pris sans s'en douter une dose des Pro- « vindales, et elle opérait. » ( M. Sainte-Beuve, Port-Hoyal^ tome III, pape 140. ) . ^ '

reçut peu de temps après des copies authentiques. Ce décret est du 21 août 1659. Les jésuites se virent ainsi hors d'état d'em^ pécher que désormais leur morale ne fût regardée comme coi^ damnée par toute l'Église^ puisque l'autorité du saint^^.^ jofaïie aux jugements des évéques et aux censurer des docteurs, avait ainsi justifié les remontrances des curés et l'horreur, des fidèles. Tel fut l'heureux succès des Provinciaks.

Messieurs de Port-Royal, et en particulier Pascal % eurent pant aux écrits qui furent publiés alors contre les maximes des casuistes. MM. les curés de Paris virent bien qu^ils devaient nommer quelqu'un de leur corps pour tenii* la {>lume dans la poursuite de cette affaire; mais aucun d'eux ne s'empressait de se charger de cette commission : elle demandait un temps qu'ils devaient préférablement accorder aux fonctions de leur ministère. M. Fortin, curé de Saint-Christophe, ami de Pascal, et qui était un honmie fort zélé, persuada à M. Mazure, curé de Sainte Paul, d'accepter l'entreprise, et lui promit de faire composer ces écrits par des personnes très-habiles. Il s'adressa pour cela à MM. Amauld,^ Nicole et Pascal. Ces messieurs composèrent donc les écrits " qui parurent sous le nom des curés de Pans,

> àiémo^e #iir la vi» 4fi M, J^a$eal , et Vie dfi ilf. Nicole.

> « Pascal priVpart à. tous, dit M. Sainte-Qeuye ( PùrURoyal^iom^ 111 , pages 138 et 139). Le second est de lui seql, il le fit en un jour. Le cinquième est tout de lui encore, et. U s'eQ. ressentait légitimement auteur et père, au point de regarder cet écrit comme lemeilteur quHl eût fait Ce qo'on peut dire avec vérité, c'est qo0 l'argomentatton en est fort habile, et même perfide. Pascal y joue de sa plus savante escrime , en se couvrant

tant qu'il peut du ton de prOae des curés Le sixième écrit, signé des

mêmes curés ( 34 juillet 1658 ), l'est bien mieux encore, par une éloquente invective qui fait exactement TelFet d'an passage des Provinciales égaré dans ces Factums. Les jésuites, pressés sur cette malencontreuse Apologie d'un des leurs, avaient publié, sous le titre de Sentiments des Jésuites, une justification ambiguë, pour dire qu'ils n'approuvaient pas VApologie^ et qu'ils ne prenaient intérêt ni à défendre ni à combattre aucune de ces opinions arbitraires. Sur quoi Pascal, comme si nous l'entendions en personne, s'écrie :

« Quoy, mes Pères, tonte l'EgHse est en rumeur dans la dispute présente. « L'Euangile est d'vn costé , et l'Apologie des Oasuistes de l'autre. Les pre- <^ lats , les pasteurs, les docteurs et les peuples sont ensemble d'vne part : et <v les lesuites presses de choisir déclarent, page 7, qu'ils ne prennent point

ii HISTOIRE D£S PROVINCIALES.

qui, wprès les avdr lus et examiaés avec soin, les signaieat. Le ^nquîènie écrit est attribué à Pascal , qui y fait voir que c'est à tort cpie tes hérélîques, en s'élevaet coqUtb l'Église , prennent avimitageée la monde des casuistes et des jésuites, puisque les évoques et tes curés des priacipales villes de France s'opposent à ces excès, et que toute l'Église témoigne combien eUe les déteste; cet écrit est daté du H juki 16&8. M. DujMn attribue aussi à Pa$cld le troi;sîènie écrît, le sixième et le septième.

•.éeporii dans cette guerre, CriiDineHe Beutralité! Kst-ce donc 11^ tout le « fraict de dos trauaux , que d'auoir obtenu des lesuites qu^ls demeurerolent <i dans rindifference entre Terreur et ta vérité , entre l'Euangile ti l^Afio- « logle, sans condamner ny Tun ny Ivoire ? Si tout le monde estolt en œs « termes, l'Eglise n^auroîl gu^résiMnofité.ettes teraites n'mroient rien perdu. « Carîls«*ontiaiiM|s4emaBdé la suppression de l'Euangile. Ils y perdroîent. « Ils eni>nt affaire pour les ^ens dje bien, ils s*en serueot quelquefois aussi « vtilement que des Casoistes; mais ils perdroieol aussi, si on leur ostoit « l'Apologie qui leur est si souuent nécessaire. Lemr théologie va unique- « meojL % û'eiLtbvt ny l^on ny l'autre , et À, se OéOMiruer va libre vsage de « tout Ainsi oA'Hepeut dire, ny de l'Enangile seul ny de l'Apologie seuie , « qu^tls contiennent leurs seotimens. Le dérèglement qu^on leur repro^li«i « tonsiste dans cet assemblage, et leur iustificatîoh ne peut consister qu^à « en faire la séparation, et à pronottcet nettemretit , qu'ails feçoioent Vun, « et qu'ils renoncent à l'aujtre : de sorte qu*il n'y a rien, qui les iustifie (c moins, et qui les confonde dayantage , que de nous répondre autre chose, « lorsque "tout le fort de notre accusation est qti'ils vnissent par vue alKance « horrible Jésus -Christ avec fieliàl, sinon quMs ne renoncent pas à Iesus- « Christ , sans dire en aucune manière qu'ils renoncent à QHral.

« Tout ce qu'il$ ont donc gàigné par leur écrit esit qulls etot fait oèttnoistre « eux-mesmes à ceux qui n'osdAent sefrmaginer,t)uie cet esprit d'Miffereace « et d'indécision entre les veritez tes plus tieceâsaires pour le salut , «t les « faussetez les plus capitales, est l^esprit noti-^saulement de quelques-uns de .< ces Pères, mais de la Société entière; et que c'est eu cela proprement que « consistent par leur propre aveu les ScniiMens des leméêes, »

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