PERMIS DE TD^R AUX RELIGIEUX
que sur la gr&ce. Me voici bien savant sur ce chapitre; et je connais parfaitement qu'il n'y a plus que les gens d'église qui s'abstiendront de tuer ceux qui leur feront tort en leur honneur ou en leur bien ' . Que voulez-vous dire? répliqua le père. Cela seraii-il raisonnable^ à votre avis^ que ceux qu'on doit le plus respecter dans le monde fussent seuls exposés à Tinsolence des méchants? Nos pères ont prévenu ce désordre; car Tanneras^ t. 3^ in 2. 2,y à. 4^ q. 8^ d. &^ n. 76 et 77^ dit « qu'il est permis aux ecclésiastiques et aux religieux a même de tuer^ pour défendre nonnseulement leur vie^ a mais aussi leur bien ^ ou celui de leur communauté. » Molina, qu'Escobar rapporte^ n. 43; Bécan^ Summ,, par. 3, tr. 2, c. 64, q. 7, concl. 2, n. 4; Reginaldus^ t. II^1.%21, c. 5,n. 68; Layman^l. 3,tr. 3, p. 3,c. 3, n. 4; Lessius^ 1 2, c. 9, d. 11 , n. 72, et les autres , se servent tous des mêmes paroles.
Et-môme, selon notre célèbre père L'Amy, il est permis aux prêtres et aux religieux de prévenir ceux qui les veulent noircir par des médisances, en les tuant pour les en empêcher. Mais c'est toujours en dirigeant bien l'intention. Voici ses termes, t. 5, disp. 36, n. 118 : « U est permis à un ecclésiastique, ou à un relia gieux, de tuer un calomniateur qui menace de publier « des crimes scandaleux de sa communauté, ou de lui- « même, quand il n'y a que ce seul moyen de Ten ema pêcher, comme s'il est prêt à répandre ses médisances a si on ne le tue promptement : car en ce cas, comme et il serait permis à ce religieux de tuer celui qui lui « voudrait ôter la vie, il lui est permis aussi de tuer
< Éd. in-4* et in- 12 : « Il n'y a plus que les gens d'église qu*on puisse offenser, et pour rhonneur et pour le bien , sans craindre qu'ils tuent ceux ftii les offensent. »
128 SErTIÈME LETTRE.
« celui qui lui veut ôter Thonneur^ ou celui de sa com-" « munauté^ de la même sorte qu'aux gens du monde. » Je ne savais pas cela^ lui dis-je; et j'avais cm simplement le contraire sans y faire de réflexion^ sur ce que j'avais oui dire que l'Église abhorre tellement le sang^ qu'elle ne permet pas seulement aux juges ecclésiastiques d'assister aux jugements criminels. Ne vous arrêtez pas à cela, dit-il; notre père L'Amy prouve fort bien cette doctrine, quoique, par un trait d'humilité bienséant à ce grand homme , il la soumette aur lecteurs prudents. Et Garamuel, notre illustre défenseur, qui la rapporte dans sa Théologie fondamentale, p. 54'3, la croit si certaine, qu'il soutient que vl le contraire n'est (( pas probable ; d et il en tire des conclusions admirables, comme celle-ci, qu'il appelle « la conclusion des eon- « clusions, conclusionum conclusio : Qu'un prêtre nona seulement peut, en de certaines rencontres, tuer un « calomniateur, mais encore qu'il y en a où il 1^ doit a faire : etiam aliquando débet occidere, » Il examine plusieurs questions nouvelles sur ce principe; par exemple, celle-ci : Savoir si les Jésuites peuvent tuer les Jansénistes? Voilk , mon père, m'écriai-je, un point de théologie bien surprenant! et je tiens les Jansénistes déjà morts par la doctrine du père L'Amy. Vous voilà attrapé, dit le père : Caramuel conclut le contraire des mêmes principes. Et comment cela, mon père? Parce, me dit-il, qu'ils ne nuisent pas à notre réputation. Voici ses mots, n. 1146 et 1147 , p. 547 et 548 : a Les Jansé- « nistes appellent les Jésuites Pélagiens : pourra-iron les « tuer pour cela? Non, d'autant que les Jansénistes a n'obscurcissent non plus l'éclat de la Société qu'un « hibou celui du soleil; au contraire, ils l'ont relevée, « quoique contre leur intention : occidi non possunt^ a quia nocere non potuerunt. »