‹ Les provinciales, ou, Les lettres écritesChapitre 4 sur 99 · DU POUVOIR PROCHAIN · texte numérisé non relu

DU POUVOIR PROCHAIN

Tfsite inutiie, je lui dis au hasard : Je l'entends au sens des Molinistes. Â quoi mon homme ^ sans s'émouvoir : Auxquels des Molinistes^ medii-il^ me renvoyeas-vous? le les lui offris tous ensemble, comme ne faisant qu'un même corps et n'agissant que par un même esprit.

Mais il me dit : Vous êtes bien peu instruit. Us sont si peu dans les mêmes sentiments, qu'ils en ont de tout contraires. Hais ^ étant touis Uids dans le dessein de perdre H^ Àmauld, ils se sont avisés de s'accorder de ce terme de prochain, que les uns et les autres diraient ensemble, quoiqu'ils l'entendissent diversement, afin, de parler un même langage, et que par cette conformité apparente Us pussent former un corps considérable, et composer le plus grand nombre, pour l'opiprimer avec assurance.

Cette réponse m'étonna. Mais, sans recevoir ces impressions des méchants desseins des Molinistes, que je ne veux pas croire sur sa parole, et où je n'ai point d'intérêt, je m'attachai seulement à savoir les^ divers sens qu'ils donnent à ce mot mystérieux de prochain. U me dit ' : Je vous en éclaircirais de bon cœur; mais vous y verriez une répugnance et une contradiction si grossière, que vous auriez peine à me croire : je vous serais, suspect. Vous en serez plus sûr en l'apprenant d'euxmêmes , et je vous en donnerai les adresses. Vous n'avez qu'à voir séparément M. Le Moine ' et le père Nicolai. Je ne connais ni l'un ni l'autre, lui dis-je. Voyez donc, me dit-il, si vous ne connaîtrez point quelqu'un de ceux que je vous vas nommer ; car ils suivent les sentiments de H. Le Moine. J'en connus, en effet,, quelques-uns. Et

' L'idée exige la conjonction mats , qui a été retranchée dans Téd. in-12etles éd. modernes, pour éviter une répétition. (M. FabbiMaynard.) ' Ëd. in-4^ : mais il me dit.

^ Éd. in-l2 : un nommé M. Le Moine.

30 pbkmièrë lettrb.

ensuite il me dit : Voyes si vous ne eonnaissez point des Dominicainis, qu'on a^[»eUe nouveaux Thomistes; enr ils sont tous comme le père Nicolal. J'en connus aussi en^pe ceux qu'il me nomma; et^ résolu de profiter de cet avis et de sortir d^affaire^ je le quittai , et allai ^ d'abord chez un des disciples de M. Le Moine.

Je le suppliai de me dire ce que c'est * qu'ovotr le pùueoir prochain défaire yuelfiM chos€. Cela est aisé, me dit-tl : c'est avoir tout ce qui est nécessaire pour la faire, de telle sorte qu^il ne manque rien pour agir. Et ainsi, lui dis-je, avoir le fouf^oir prochain de passer une ri-' vière, c'est avoir un bateau, des bateliers, des rames, et le reste, en sorte que rien ne manque. Fort bien, me dilril. Et avoir le pouvoir prochain de votV , lui dis-je, c'est avoir bonne vue, et être en plein jour. Car qui aurait bonne vue dans l'obscurité n'aurait pas k pouvoir prochain de voir, selon vous ; puisque la lumière lui manquerait, «ans quoi on ne voit point. Doctement, me dit-il. Et par conséquent, oontinuai«*je, quand vous dites que tous les justes ont toujours le pouvoir prochain d'observer les eommandements, vous entendes qu'ils ont toujours toute la gràee nécessaire pour les .accomplir; od sorte qu'il ne leur mamque rien de la part de IHeu. Attendeia; me dit-il ; ib ont toujours tout ce qui est nécessaire pour les observer, ou du moins pour le* demander à Dieu ^ J'entends bien, lui dis-je; ils ont t&eà ce qui est nécessaire pour prier Dieu de les assister, sans qu'il soit nécessaire qu'ils aient aucune nouvelle grâce de Dieu pour prier. Vous l'entendez, me dit-il. Mais

« Éd. in 4° : fus,

» Éd. in-4° et in-lî : e'àtait

' Éd. in-4® : pour prier Dt«t«. — L'éd. de 1659 porte ici : ou du moins^ pour la demander à prier Dieu : cela ne donne aucun sens;- évidemment le passage est fautif; notre leçon est celle de Tédition in-i2 de 1657.

DU POUVOIR PROCHAIN. 3i

il n'élit donc pas nécessaire qu'ila aient une gr&oe efficace pour prier Dieu? Non> me àOnif suivant ]|< Le Moine.

Pour ne point pardjre de temps, j'albâ &ux Jaeobim, et demandai c^ux que je savais être des nomveaux Tho^ mistes. Je les priai de me dire ce que c'est que pêunodr produUu. N-eat^e pas celui, leur dis^e, auquel il se manque rien pour a^ir? Non , me direatrilsL Hais quoi ! mon père, s'il manque quelque chose i ce pouvoir, i'appelez-vous prockai», et dipiez-^vous, par exemple, qu'un homme ait> lu uuit et sans aueune lumière, le pou^0irprochmnde voirl Oû^, il V^turait selon nous, s'il n'est pas avwgle. Je le veux hieii, l^ir di»*J€^; mais M. Le Moine l'entend d'une maniète contraire. Il e^t vrai, me dirent-'ils; mais nous l'entendons ainsi» J'y consens, leur di&je; car je ne dispute jamais du nom, pourvu qu'on m'avertisse du sens qu'on lui donne. Mais je voi» par là que , quand vous dites que les justes ont toujours le pouvoir prochain pour prier Dieu,, vou3 eatende» qu'il» ont besoin d'un autre seoours pour prier, sans quoi ïïa ne prieront jamais. Voilà, qui va bien , me rendirent mes pèrei^ en m'embrassant, voilà qui va bien : car il leur faut de plus une gr<uje effioace qui u'est pas donnée • à tous, et qui détermine leur volonté à prier : et c'est une bérésie de nier la nécessité de cette grâce efficace pour prier.

Voilà qui va biea, leur difi-je à mon tow; m«âs^ seloo vous, les Jansénistes sont catboUques^ et M. Le Moine hérétique : car les Jansénistes disent que les justes ont le pouvoir de prier, maia qu'il faut pourtant une gràee efficaxîe, et c'est ce que vous approuvez. St M. Le Moine dit que les justes prient sans grâce efficace, et c'est ce que vous condamnez. Oui, dirent-ils; mais nous sommes d'accord avec M. Le Moine, en ce que nous appelons prochain , aussi bien que lui , le pouvoir que les

32 PREmÈRe lettre.

justes ont de prier, oe que ne font pas les Jansénistes ^ Quoi! mes pères, leur dis-je, c^est se jouer des paroles, de dire (jue vous êtes d'accord à cause des termes communs dont vous usez, quand vous êtes contraires dans le sens! Mes pères ne répondent rien; et sur cela mon disciple de W. Le Moine arriva, par un bonheur que je croyais extraordinaire; mais j'ai su depuis que leur rencontre n'est pas rare, et qu'ils sont continuellement mêlés les uns avec les autres.

Je dis donc à mon disciple de M. Le Moine : Je ocmnais un homme qui dit que tous les justes ont toujours le pouvoir de prier Dieu, mais que néanmoins ils ne prieront jamais sans une grâce efficace qui leÈ détermine, et laquelle Dieu ne donne pas toujours à tous les justes. Esi-il hérétique? Attendez, me dit mon docteur, vous me pourriez surprendre. Allons donc doucement, distinguo : s'il appelle ce pouvoir pouvoir prochain , il sera thomiste, et partant catholique; sinon il sera janséniste, et partant hérétique. Il ne l'appelle, lui dis-je, ni prochain , ni non prochain. Il est donc hérétique, me dit-il : demandez-le à ces bons pères. Je ne les pris pas pour juges, car ils consentaient déjà d'un mouvement de tête; mais je leur dis : Il refuse d'admettre ce mot de prochain, parce qu'on ne le veut pas expliquer. A cela un de ces pères voulut en apporter sa définition; mais il fut interrompu par le disciple de M. Le Moine, qui lui dit : Voulez-vous donc recommencer nois brouilleries? Ne sommes-nous pas demeurés d'accord de ne point expliquer ce mot de prochain , et de le dire de part et d'autre sans dire ce qu'il signifie? A quoi le Jacobin consentit.

'Éd. in-4'etin-12 : Oui, dirent-ils; mots Af. Le l\Saine appelle ce pouvoir iH>Dvoin prochain.

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