SENTUIENTS DES JÉSUITES TOUCHANT LA SIMONIE
hommes à donner leur superflu^ et à leur faire connaître qu'ils en auront beaucoup^ s'ils le mesurent^ non par la cupidité^ qui ne souffre point de bornes^ mais par la piété^ qui est ingénieuse à se retrancher^ pour avoir de quoi se répandre dans Texercice de la charité. « Nous « avons beaucoup de superflu^ dit saint Augustin , si « nous ne gardons que le nécessaire ; jnais si nousrecher- « chons les choses vaines^ rien ne nous suffira. Recher^ a chez^ mes frères, ce qui suffit à l'ouvrage de Dieu, » c'est-à-dire à la nature ; « et non pas ce qui suffit à votre « cupidité, x> qui est l'ouvrage du démon : « et souc( venez-vous que le superflu des riches est le nécessaire <c des pauvres (In Psalm. 147). >
Je voudrais bieUji mes Pères, que ce que je vous dis servit non-seulement à me justifier, ce serait peu, mais encore à vous faire sentir et abhorrer ce qu'il y a de corrompu dans les maximes de vos Casuistes, afin de nous unir sincèrement dans les saintes règles de l'Évangile, selon lesquelles nous devons tous être jugés.
Pour le second point, qui regarde la simonie, avant que de répondre aux reproches que vous me faites, je commencerai par l'édarcissement de votre doctrine sur ce siqet. Comme vous vous êtes trouvés embarrassés entre les canons de l'Église, qui imposent d'horribles peines aux simoniaques, et l'avarice de tant de peiv sonnes qui recherchent cet infâme trafic, vous avez suivi votre méthode ordinaire, qui est d'accorder aux hommes cequ'ils désirent, et ^ donner à Dieu des paroles et des apparences. Car qu'est-ce que demandent les simoniaques, sinon d'avoir de l'argent en donnant leurs bénéfices? Et
' Et donnera Dieu, texte des éditions originales : on lit et de donner dans les éditions modernes.
218 DOUZIÈME LETTRK.
c'est cela que TOUS aves exempté de simonie. Mais^ parce qu'il faut que le nom de simonie demeure^ et qu'il y ait un sujet où il soit attaché^ vous avea choisi pour cela une idée imag^naire^ qui ne vieiït jamais dans Fesprit des simoniaques^ et qui leur serait inxxtile : qui est d'estimer Fargent considéré en lu9-méme> autant qpe le bien spirituel considéré en hii^néme. Car qui s'ayiserait de comparer des cèose» si disproportionnées et d'un genre si différent? Et cependant^ pourvu qn'on ne fasse pas cette eomparaiscm métapliy^que^ on peut donner son bénéfice à un autre^ et recevoir de l'argent sans si* moBÎe, selon vos auteurs.
C'est ainsi que vous vous jovez de la religion pour suivre la passion des hommes; et voyez néanmoins avec quelle gravité votre père Valentia débite ses songes à Tendroit cité dans mes Lettres^ t. 3, disp. 6^ q. 16^ punct. 3, p. 3045 : • On peut, dit-il, donner un bien « temporel pour un spirituel en deux manières : l'une « en prisant davantage le tenqK»^] que le spirituel, et a Geseraitsimonie^rautreenprenantletemporelcomme « le motifetlafin qui porte à donner le spliritu^, sans c que néanmoins on prise le temporel ptus que le spi^ ce rituel, ei alovs ee n'est point simonie* Et la raison « en est que la simonie conteste à recevoir un temporel « comme le juste prix d'un Sf^rituel. hotte, si on de- «I mande le temporel, si pelatur iemponle, non pas « comme le prix, mais comme le motif qui détermine « à kreonfférer, ce n'est point du tout simonie, encore c qu'on ait pour fin et «ttente principale la possession a du temporel : Minime eritgmêma, êiiamri temporale a prindpaliterifUendaturetexpeeUtur. p Et votre grand Sanchez n'a-i-il pas une pareille révélation , au rapport d'Escobar, tr. 6, ex. â, n. 401 Voici ses mots : « Si on (( donne un bien temporel pour un bien spirituel > non
SENTIMEDfTS DES JÉSUITES TOCCHANT LA SIMONIE. 219
« pas comme prix^ mais comme un motif qm porte le a collateur à le donner^ cm comme une reeoiinaissance^ « si on l'a déjà reçu^ est-ce ainonie? Sanchez assure que « non. » Vos thèses de Caen^ de 1644 : « C'est une opinion <i probable^ enseignée par plusieurs catholiques^ que « ce n^est pas simonie de donner un bien temporel pour « un spirituel^ quand on ne le donne pas eosune prix. » Et quant & Tanneras^ voici sa doctrine^ pareille à ceUe de Yalentia^ qui fera moir combien vous ave^ tort de vous plaindre de ce que j'ai dit qu'eUe n'est pas ceair forme à celle de saint Thomas, puisque hn^mème IV voue au lieu cité dans ma Lettre, tom. 3, disp. 5> dub. a, p. 1520 : « Il n'y a point, dit-il, pfOfHrement ^. vénff tablement de simonie, sinon à prendra na bien lem- « porel comme le prix d'un spirituel : mais quand on le c prend comme un motif qui porte adonner le spirituel, a ou comme en reconnaissance de ce qn'ou l'a donné, ce or n'est point simonie, an moins en conscience. » Et un peu après a : Il faut dire la même chose, encore qu'où a regarde le temporel comme sa fin principale, et qu'on « le préfère même au spirituel ;. quoique saint Thomas « et d'autres semblent dire le contraire, en ce qu'ils asa surent que c'est absolument sîmoiâe de donner un « bien spirituel pour un tempovd, lorsque le temporel « en est la fin. »
Voilà, mes pères, votre doctrine de la simonie «HAseignée par vos meilleurs auteurs, qui se suivent en cela bien exactement. Il ne me reste donc qu'à r^ondre à vos impostures. Vous n'avez rien dit sut Topinion de Valentia, et ainsi sa doctrine subsiste après votre réponse. Hais vous vous arrêtez sur celle de Tanneras, et vous dites qu'il a seulement décidé que ce n'était pas une simonie de droit divin; et vous voulez faire croire que j'ai supprimé de ce passage ces paroles , de droit
divin, sur quoi ^ vcfus n'êtes pas raisonnables^ mes pères.: car ces termes^ de droit divin, ne furent jamais dans ce passage. Vous ajoutez ensuite queTannerus déclare que c'est une simonie de droit poHlif. Vous vous trompez^ mes pères : il n'a pas dit cela généralement^ mais sur des cas particuliers^ in casibus a jure expressis, comme il le dit en cet endroit. En quoi il fait une exception de ce qu'il avait établi en général dans ce passage , que ce n'est pas « simonie en conscience; d ce qui enferme que ce n'en est pas aussi une de droit positif^ si vous ne voulez faire Tannerus assez impie pour soutenir qu'une simonie de droit positif n'est pas simonie en conscience. Mais vous recherchez à dessein ces mots de « droit divin^ « droit positif^ droit naturel^ tribunal intérieur et exté- « rieur^ cas exprimés dans le droite présomption exa terne ^ » et les autres qui sont peu connus^ afin d'échapper sous cette obscurité^ et de faire perdre la vue de vos égarements. Vous n'échapperez pas néanmoins^ mes pères ^ par ces vaines subtilités : car je vous ferai des questions si simples^ quelles ne seront point sujettes au Distinguo.
Je vous demande donc^ sans parler de droit positif ni de présomption externe, ni de tribunal extérieur*, si un bénéficier sera simoniaque^ selon vos auteurs^ en donnant un bénéfice de quatre mille livres de rente, Qt recevant dix mille francs argent comptant, non pas comme prix du bénéfice, mais comme un motif qui le porte à le donner. Répondez-moi nettement, mes pères : que faut-il conclure sur ce cas, selon vos auteurs? Tannerus ne dira-t-il pas formellement que « ce n'est point « simonie en conscience, puisque le temporel n'est pas
' 5ttr 9ttoi manque dans les éd. in-4° et in- 12. * Les éditions originales portent : ni de présomption de tribunal extérieur; c'est une faute, qu'on ne peut attribuer qu'aux imprimeurs.
SENTIMENTS DES lÉSUITES TOUCHANT LA SIMONIE. 221
« le prix du bénéfice^ mais seulement le motif qui le « fait donner? » Yalentia^ vos thèses de Caen^ Sanchez et Escobar^ ne décideront-ils pas^ de même « que ce « n'est pas simonie^ » par la même raison? En fautril davantage pour excuser ce bénéficier de simonie? et oseriez-VQus le traiter de simoniaque dans vos confessionnaux^ quelque sentiment que vous en ayez par vousmèmeS; puisqu'il aurait droit de vous fermer la bouche^ ayant agi selon l'avis de tant de docteurs graves? Confessez doQC qu'un tel bénéficier est excusé de simonie , selon vous; et défendez maintenant cette doctrine^ si vous le pouvez,
Voilà^ mes pères^ comment il faut traiter les questions pour les démêler, au lieu de les embrouiller, ou par des termes d'école, ou en changeant l'état de la question, comme vous faites dans votre dernier reproche en cette sorte. Tanneras, dites-vous, déclare au moins qu'un tel échange est un grand péché; et vous me re*prochezd'avoir supprimé malicieusement cette circonstance, qui le justifie entiiremmt, à ce que vous prétendez. Mais vous avez tort, et en plusieurs manières. Car , quand ce que vous dites serait vrai, il ne s'agissait pas, au lieu où j'en parlais, de savoir s'il y avait en cela du péché, mais seulement s'il y avait de la simonie. Or, ce sont deux questions fort séparées : les péchés n'obligent qu'à se confesser, selon vos maximes; la simonie oblige à restituer; et il y a des personnes à qui cela paraîtrait assez différent. Car vous avez bien trouvé des expédients pour rendre la confession douce , mais vous n'en avez point trouvé pour rendre la restitution agréable. J'ai àvous dire déplus que le casque Tannerus accuse de péché n'est pas simplement celui où l'on donne un bien spirituel pour un temporel, qui en est le motif même principal ; mais il ajoute : « encore que
ââ2 ^ DOUZIÈME LETTRE.
« l'on prise le temporel pluâ que le spirituel , » ce qui est oe cas imaginaire dont nous aTons parlé. Et il ne fait pas mai de diarger celui4à de péché ^ puisqu'il faudrait être bien méchant ou bien stupide pour ne vouloir pas éviter un pédbé par un moyen aussi facile qu'est celui de s'abstenir de comparer les prix de ces deux choses y lorsqu'il est permis de donn^ l^ule pour l'autre. Outre que Valentia, examinant^ au lieu déjà cité, s'il y a du pédiè à donner un Men spirituel pour un temporel, qui en est le motif principal^, rapporte les raisons de ceux qui disent que oui , en ajoutant : <x Std hoc non videtur mihi salis certum : cela ne me a parait pas assex certain. »
Mais, depuis, votre père Érade Bille, professeur des cas de conscience à Caen , a décidé qu'il n'y a en cda* aucun péché : car les opinions prol)ables vont toujours en mûrissant. C'est ce qu'il déclare dans ses écrits de iOib^b, contre lesquels M. du Pré, docteur et professeur à Caen, fit cette belle harangue imprimée, qui est assez connue. Car, quoique ce père Érade Bille reconnaisse que la doctrine de Valentia, suivie par le père Milhard, et condamnée en Sorbonne, soit t contraire au senti- « ment commun, suspecte de simonie en plusieurs a choses, et punie en justice , quand la pratique en est « découverte, » il ne laisse pas de dire que c'est une opinion probable, et par conséquent sûre en conscience, et qu'il n'y a en cela ni simonie ni péché. « C'est, dit-il, « une opinion probable , et enseignée par beaucoup de - « docteurs catholiques, qu'il n'y a aucune simonie ni « Aucim PÉCHÉ à donner de l'argent, ou une autre chose «temporelle, pour un bénéfice, soit par forme dere-
■ Principal manque dans les éd. in-12 et quelques exempl. in-4*. * En cela manque dans les éd. in-4° et in-12.
dEimifENTS DES JÉSUITES TODCHÀJTT LA SIMONIE. 223
a connaissance^ soit comme un motif sans lequel on ne c le donnerait pas, pourvu qu'on me le domie pas comme a un prix égal au béiv^ce. d C'est là tout ce qu'on peut désirer. Et^ tselon toutes ces maximes^ vous voyes^ mes pères^ que la simonie sera si xare^ qu'on en aurait exempté Simon même le Magicien^ qui voulait acheter le Saint-Esprit ^ en quoi il est rimage des simoniaques qui achètent; et Gifezi^ qui reçut de Targent pour un mira/cle^ en quoi il est la figure des simoniaques qui vendent. Car il est sans doute que quand Sknon y dans les Actes ^ offrit de l'argent aux Apôtres pour mn^ir leur puissance , il ne se servit ni des termes d'acheter^ ni de vendre^ ni de prix^ et qu'il ne fit autre chose que d'offrir de l'argent, comme un motif pour se faire donner ce bien spirituel. Ce qui étant exempt de simonie, selon vos auteurs, il se fût bien garanti de l'anath^oie de saint Pierre , s'il eût été instruit de vos maximes * . Et cotte ignorance fit aussi grand tort à Giezi , quand il fut frappé de la lèpre par Elisée; car , n'ayant reçu l'argent de ce prince guéri miiaculeosement que comme une reconnaissance, et non pas comme un prix égal à la vertu divine qui avait opéré ce miracle , il eût obligé Elisée à le guérir, sur peine de péché mortel, puisqu'il aurait agi selon tant de docteurs graves, et qu'en pareils cas vos confesseurs sont obligés d'absoudre leurs pénitents * , et de les laver de la lèpre spirituelle , dont la corporelle tfest que la figure.
Tout de bon, mes pères, il serait aisé de vous tourner là-dessus en ridicule; je ne sab pourquoi vous vous y exposez. Car je n'aurais qu'à rapporter vos autres maximes, comme celle-ci d'Escobar dans la Praiiqm de la
' Éd. in-4° et ia-12 : s'il eût su leurs maximes.
* Éd. in-4® et in- 12 : et que vos confesseurs sont obligés d'absoudre leurs pénitents en pareils cas.
ft2h DOUZIÈME LETTRE.
Simonie sehn la Société de Jésus, tr. 6^ ex. 2^ n. 44 : « Est-œ simonie^ lorsque deux religieux s'engagent Fun « à l'autre en cette sorte : DonnesHuoi votre voix pour c me Hure élire provincial, et je vous donnerai la mienne « pour vous faire prieur? Nullement, s Et cette autre, tr. 6, ex. 2, n. 14 : c Ce n'est pas simonie de se fitire « donner un bénéfice en promettant de l'argent, quand c on n'a pas dessein de payer en effet ; parce que ce n'est c qu'une simonie feinte , qui n'est non plus vraie que du « faux or n'est pas du vrai or ^. > C'est par cette subtilité de conscience qu'il a trouvé le moyen, en ajoutant la fourbe à la simonie, de faire avoir des bénéfices sans argent et sans simonie. Mais je n'ai pas le loisir d'en dire davantage; car il faut que je pense à me défendre contre votre troisième calomnie sur le sujet des banqueroutiers.
Pour celle-ci, mes pères, il n'y a rien de plus grosh sier. Vous nie traitez d'imposteur sur le sujet d'un sentiment de Lessius que je n^ai point cité de moi-même, mais qui se trouve allégué par Escobar dans un passage que j'en rapporte : et ainsi , quand il serait vrai que Lessius ne serait pas de l'avis qu'Escobar lui attribue, qu'y a-lril de plus injuste que de s'en prendre à moi? Quand je cite Lessius et vos autres auteurs de moi-même, je consens d'en répondre : mais, comme Escobar a ramassé les opinions de vingt-quatre de vos pères, je vous demande si je dois être garant d'autre chose que de ce que je cite de lui; et s'il jEaiut, outre cela, que je réponde des citations qu'il fait lui-même dans les passages que j'en ai pris? Cela ne serait pas raisonnable. Or, c'est de quoi il s'agit en cet endroit. J'ai rapporté dans ma lettre ce passage d'Escobar ( Tr. 3,
' Éd. m-4° et in-12 : non plus véritable... véritable or.
SENTIMENTS DES XÉSDITES SUR LES fiANQUEROUTIERS. 225
ex. 2, n, 163 ) traduit fort fidèlement^ et sur lequel aussi VOUS ne dites rien : a Celui qui fait banqueroute peut- « il ^ en sûreté de conscience^ retenir de ses biens autant « qu'il est nécessaire pour vivre avec honneur, m ince décore vivat? Je réponds que oui avec Lessius , cuh (( Lessio assero POSSE,etc. » Sur cela vous me dites que Lessius n'est pas de ce sentiment. Mais pensez un peu où vous vous engagez. Car s'il est vrai qu'il en est, on vous appellera imposteurs d'avoir assuré le contraire; et s'il n'en est pas, Escobar sera l'imposteur : de sorte qu'il faut maintenant, par nécessité, que quelqu'un de la Société soit convaincu d'imposture. Voyez un peu quel scandale! Aussi, vous ne savez* prévoir la suite des choses. 11 vous semble qu'il n'y a qu'à dire des injures aux personnes*, sans penser sur qui elles retombent. Que ne faisiez-vous savoir votre difficulté à Escobar, avant que de la publier? 11 vous eût satisfaits. 11 n'est pas si malaisé d'avoir des nouvelles de Yalladolid, où il est en parfaite santé, et où il achève sa grande Théologie morale en six volumes, sur les premiers dei*quels je vous pourrai dire un jour quelque chose. On lui a envoyé les dix premières Lettres; vous pouviez aussi lui envoyer votre objection, et je m'assure qu'il y eût bien répondu : car il a vu sans doute dans Lessius ce passage, d'où il a pris le ne indecore vivat. Lisez-le bien, mes pères, et vous l'y trouverez comme moi, lib. 2, c. 16, n. 45 : Idem colligitur aperte exjuribus citalis, maocime quoad ea bona quœpost cessionem acquirity de quitus etiam i$ qui debitor est, ex delitto, potest retinere quantum necessarium est ut pro ma conditione non indecore VIVAT. Petes an leges idpermittant de bonis
• Éd. in-4" et in- 12 : vous ne savez pas.
' Ibid. : des injures au inonde.
PROVINCIALES. f5
1>0TJZIÈME LETTRE.
^quœ lempate imlantig cessionU habéhat ? lia videiur collai ex DD.
le ne m'arrélerai pas à vous montrer que Lessius, pour autoriser cette maûne , abuse de la loi , qui n'accorde que le simple vivre aux banqueroutiers^ et non pas de quoi subsister avec honneur. 11 suffit d'avoir justifié Escobar contre une tdle accusation; c'est plus que je ne devais faire. Mais vous, mes pères, vous ne faites pas ce que vous devez : car il est question de répondre au passage d'Escobar, dont les décisions sont commodes^ en ce qu'étant indépendantes du devant et de la suite, et toutes i*enlermées en de petits articles, elles ne sont pas si^ettes à vos distinctions^ Je vous ai cité son passage entier^ qui permet à ceux qui font cession de « retenir de leurs biens ^ quoique acquis iqjustement, a pour faire subsister leur famille avec honneur^ » Sur quoi je me suis écrié dans mes Lettres : « Gomment! «f mes pères, par quelle étrange charité voulez-'Vous que « les biens appartiennent plutôt à ceux qui les ont mal <i acquis, qu'aux créanciers légitimes? » C'est à quoi il faut répondre : mais c'est ce qui vous met dans un fâcheux embarras j que vous essayez en vain d'éluder en détournant la question^ et citant d'autres passages de Lessius^ desquels il ne s'agit point. Je vous demande donc si cette maxime d'Escobar peut être suivie en conscience par ceux qui font banqueroute. Et prenez garde à ce que vous direz. Car si vous répondez que non, que deviendra votre docteur, et votre doctrine de la probabilité? Et si vous dites que oui^ je vous renvoie au parlement.
Je vous laisse dans cette peine, mes. pères : car je n'ai plus ici de place pour entreprendre l'imposture suivante sur le passage de Lessius touchant l'homicide; ce sera pour la première fois, et le reste ensuite.