‹ Les provinciales, ou, Les lettres écritesChapitre 43 sur 99 · DOCTRINE DES JÉSUITES SUR L HOMICIDE · texte numérisé non relu

DOCTRINE DES JÉSUITES SUR L HOMICIDE

suivante, une proposition si téméraire, et si injurieuse à rÉglise. Il importe de faire voir qu'elle est exempte* de vos corruptions, afin que les hérétiques ne puissent pas se prévaloir de vos égarements pour en tirer des conséquences qui la déshonorent. Et ainsi, eh voyant d'une part vos pernicieuses maximes, et de l'autre les canons de l'Église qui les ont toujours condamnées , on trouvera tout ensemble, et ce qu'on doit éviter, et ce qu'on doit suivre.

Votre quatrième imposture est sur une maxime touchant le meurtre, que vous prétendez que j'ai faussement attribuée à Lessius. C'est celle^îi : « Celui qui a c< reçu im soufflet peut poursuivre à l'heure même son « ennemi, et même à coups d'épée, non pas pour se « venger, mais pour réparer son honneur. » Sur quoi vous dites que cette opinion-là est du Casuiste Victoria. Et ce n'est pas encore là* le sujet de la dispute ; car il n'y a point de répugnance à dire qu'elle soit tout ensemble de Victoria et de Lessius, puisque Lessius dit lui-même qu'elle est aussi de Navarre et de votre père Henriquez, qui enseignent que a celui qui a reçu un « soufflet peut à l'heure même poursuivre son homme, « et lui donner autant de coups qu'il jugera nécessaire « pour réparer son honneur. » Il est donc seulement question de savoir si Lessius est du sentiment' de ces auteurs, aussi bien que son confrère. Et c'est pourquoi vous ajoutez que « Lessius ne rapporte cette opinion « que pour la réfuter; et qu'ainsi je lui attribue un sen- « timent qu'il n'allègue que pour le combattre, qui est « l'action du monde la plus lâche et la plus honteuse à «un écrivain. » Or, je soutiens, mes pères, qu'il ne la

* Éd. in-4** et in-1 2 : pure,

* Là manque dans les mêmes éditions.

^ Éd. in-^** et in-1 2 : est aussi du sentiment.

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rapporte que pour la suivre. C'e$t une question de fait qu^il sera bien facile de décider. Voyons donc comment vous prouves ce que vous dites > et vous verrez ensuite e<Mnitteat je prouve ce que je dis.

Pour montrer que Lessius n^esl pas de ce sentiment , vous dites qu'il en c<mdamne la pratique. El^ pour prouva cela ^ vous rapportez un de ses passages > liv. 2 , c. 9^ n. 82^ où il dit ces mots : a Ten condamne la praa tique. » Je demeure d'accord que si on cherche ces paroles dans Lessius^ au ncMnbre 82^ où vous les citez, (m les y trouvera. Mais que dira-ion, mes pères, quand on verra en môme temps qu'il traite en cet endroit d'une question toute différente de celle dont nous par- Ions, et que Fopinion dont il dit en ce lieu-Ià qu'il en condamne la pratique n'est en aucune sorte celle dont il s'agit ici, mais une autre toute séparée? Cependant il ne &uty pour en être éelaiici, qu*ouvrir le livre même^ où vous r^ivoyez; car on y trouvera toute la suite de son discours en cette manière.

Il traite la question, « savoir si on peut tuer pour un (([ soufflet, » au n. 79, et il la finit au n. 80 , sans qu'il y ait en tout cela un seul mot de condamnation. Cette questicm étant terminée, il en commence une nouyelle en l'art. 81 , « savoir si on peut tuer pour des médisances. y> Et c'est sur celle-là qu'il dit, au n. 82 , ces paroles que vous avez citées : a J'en condamne la pra- Or tique. »

N'est-ce donc pas une chose Inmieuse, mes pères, que vous osiea produire ces paroles, pour faire croire que Lessius condamne l'opinion qu'on peut tuer pour un soufflet, et que, n'en ayant rapporté en tout que cette seule preuve, vous triomphiez là-dessus, en di-

' Éd. in-4* et in- 12 : lo livre au (ieu même.

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sant^ comme vous faites : a Plusieurs personnes d'hon^ « neur daus^ Paris ont dégà reconnu cette insigne faus-^ c< seté par la lecture de Lessius , et ont appris par là <i quelle créance on doit avoir à ce calomniateur? n Quoi! mes pères ^ est<^e ainsi que vous abusez de la créance que ces personnes d'honneur ont aa votis? Pour leur faire entendre que Lessius n'est pas d'un sentiment, vous leur ouvrez son livre en un endroit où U en condamne un autre. Et comme ces personnes n'entrent pas en défiance de votre bonne foi , et ne pensent pas à exa* miner s'il s'agit en ce lien-là de la question contestée > vous trompez ainsi leur crédulité* Je m'assure, mes pères, que, pour vous garantir d'un si honteux mensonge, vous avez eu recours à votre doctrine des équivoques, et que» lisant ce passage tout haut^ vouié disiez tout bas qu'il s'y agissait d'une autre m«tière« Mais je ne sais si cette raison , qui suffit bien pour satisfaire votre conscience, suffira pour satisfaire la juste pfeinte que vous fercmt ces gens d'honneur, quand ils verront que vous lea avez joués de cette sorte.

Empéchez-les donc bien, mes pères, de voir mes Lettres, puisque c'est le seul moyen qui vous reste pour conserver encore quelque temps vofare crédit. Je n'en use pas ainsi des vôtres ; j'en envoie à tous 0kes amis; je souhaite que tout le monde les voie ; ^ je crois que nous avons tous raison. Car enfiba, après avoir publié cette quatrième imposture avec tant d'éclat, vous voilà décriés, si on vient à savoir que vous y avez supposé un passage pour im autre. On jugera facilement que, si vous eussiez trouvé ce que vous demandiez au lieu même où Lessius traite cette mutière, tom ne feQSsiez pas été chercher ailleurs; et que vous n^ avez eu recours que parce que vous n'y voyiez rien qui fût favorable à votre dessein. Vous vouliez faire trouver dans

Lessius ce que vous dites dans votre imposture^ pag. 10^ lig. 12 : a Qu'il n'accorde pas que cette opinion soit pro^ «( bable dans la spéculation; » et Lessius dit expressement en sa conclusion^ n. 80 : a Cette opinion^ qu'on « peut tuer pour un soufflet reçu^ est probable dans la « spéculation. » N'est-ce pas là mot à mot le contraire de votre discours? Et qui peut assez admirer avec quelle hardiesse vous produisez en propres termes le contraire d'une vérité de fait; de sorte qu'au lieu que vous concluiez^ de votre passage supposé^ que Lessius n'était pas de ce sentiment^ il se conclut fort bien, de son véritable passage, qu'il est de ce même sentiment?

Vous vouliez encore faire dire à Lessius « qu'il en « condamne la pratique; » et, comme je l'ai déjà dit, il ne se trouve pas ime seule parole de condamnation en ce Ueu-là; mais il parle ainsi : « Il semble qu'on n'en doit pas FACILEMENT permettre la pratique'.* Inpraxi non videiur facile permittenda. i> Est-ce là, mes pères S le langage d'un homme qui condamne une maxime? Diriez vous* qu'il ne faut pas permettre facilement j dans la pratique, les adultères ou les incestes? Ne doit-on pas conclure, au contraire, que puisque Lessius ne dit autre chose, sinon que la pratique n'en doit pas être facilement permise, son sentiment est que cette pratique peut être quelquefois permise, quoique rarement'? Et cx>mme s'il eût voulu apprendre à tout le monde quand on la doit permettre, et 6ter aux personnes offensées les

■ Mes pérti manque dans les éd. in-4<* et in-l 2. ' Ibid. : Dînez-yoïu, mes pères.

^ Ëd. in-4* et in-l 2 ; « Ne doit-on pas conclure au contraire, puisque Lessius ne dit autre chose , sinon que la pratique n*en doit pas être facilement permise , que la pratique même en peut être quelquefois permise, quoique rarement ?»

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