‹ Les provinciales, ou, Les lettres écritesChapitre 45 sur 99 · SPÉCULATION ET PRATIQUE · texte numérisé non relu

SPÉCULATION ET PRATIQUE

maximes. Il y avait une distance infinie entre la défense <pie Dieu a faite de tuer^ et la permission spéculative que vos auteurs en ont donnée. Mais la distance est bien petite de cette permission à la pratique. Il ne reste seulement qu'à montrer que ce qui est permis dans la spé-^ culative Test bien aussi dans la pratique. Or^ on ne manquera pas de raisons pour cela. Vous en avez bien trouvé en des cas plus difficiles. Voulez-vous voir, mes pères, par où l'on y arrive ? Suivez ce raisonnement d'Escabar; qui Fa décidé nettement dans le premier des six tomes de sa grande Théologie morale, dont je vous ai parlé , où il est tout autrement éclairé que dans ce recueil qu'il avait fait de vos vingt-quatre vieillards : car, au lieu qu'il avait penséen ce temps-là qu'il pouvait y avoir des opinions probables dans la spéculation qui ne fussent pas sûres dans la pratique, il a connu le contraire depuis, et Ta fort bien établi dans ce dernier ouvrage : tant la doctrine de la probabilité en général reçoit d'accroissement par le temps, aussi bien que chaque opinion probable en particulier. Écoutez-le donc m Prœloq., c. 3, n. 15. « Je ne vois pas, dit-il, comment il se pourraitfaire (( que ce qui parait permis dans la spéculation ne le fût ce pas dans la pratique ; puisque ce qu'on peut faire dans Ci la pratique dépend de ce qu'on trouve permis dans la a spéculation , et que ces choses ne diffèrent l'une de c( l'autre que comme l'effet de la cause : car la spéculation a est ce qui détermine à l'action. D'où il s'ensuit qu'on

« PEUT EN sûreté DE CONSCIENCE SUIVRE DANS LA PRATIQUE « LES OPINIONS PROBABLES DANS LA SPÉCULATION, Ct même

« avec plus de sûreté que celles qu'on n'a pas si bien « examinées spéculativement. »

En vérité, mes pères, votre Escobar raisonne assez bien quelquefois. Et en effet il y a tant de liaison entre la spéculation et la pratique, que , quand Tune a pris

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racine , vous ne faites plus difficulté de permettre l'autre sans déguisement. Cest ce qu'on a tu dans la permission de tuer pour un soufflet , qm de la simple spéculation a été portée hardiment par Lessius aune pratique qu'an ne daitpoê facilement accorder y et de là ^ par Escobar^ é unefratique facile ; d'où vos pères de Caen Tontconduite à une permission pleine , sans distinction de théorie et de pratique y comme vous l'avez déjà vu.

C'«st ainsi que vous faites croître peu à peu vos opinions. Si elles paraissaient tout d'un coup dans leur dernier excès^ elles causeraient de l'horreur; maisce progrès lent et insensible y accoutume doucement les hommes, et en 6te le scandale. Et par ce moyen la permission de tuer, si odieuseà l'État et à l'Église, s'introduit premièrement dans l'Église, et ensuite de l'Église dans l'État.

On a vu un semblable succès de 1 opinion de tuer pour des médisances; car elîe est aujourd'hui arrivée à une permission pareille sans aucune-distinction. Je ne m'arrêterais pas à vous en rapporter les passages de vos pères, si cela n'était nécessaire pour confondre l'assurance que vous avez eue de dire deux fois dans votre quinzième imposture, p. 26 et 30, a qu'il n'y a pas un « Jésuite qui permette de tuer pour des médisances. » Quand vous dites cela, mes pères, vous devriez aussi empêcher que je ne le visse, puisqu'il m'est si facile d'y répondre. Car, outre que vos pères Reginaldus, Fîliuiius, etc., l'ont permis dans la spéculation, comme je l'ai déjà dit , et que de là le principe d'Escobar nous mène sûrement à la pratique, j'ai à vous dire de plus que vous avez plusieurs auteurs qui Font permis en mots propres, et entre autres le père Hereau, dans ses leçons publiques, ensuite desquelles le roi le fit mettre en arrêt en votre maison, pour avoir enseigné, outre plusieurs erreurs, que, « quand celui qui nous décrie

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