SOURCE DES CALOMNIES DES JÉSUITES
fi ment par des calomnies en fit tant naître en peu de a jours ^ et tant de médisances et tant de faux rap- « ports, que cela mit toute la cour en combustion et a en alarme; car il est aisé de s'imaginer Tusage a qu'elles en surent faire : de sorte que , pour apaiser tt ce tumulte^ on fut obligé d'appeler un bon père ca- « pucin d'une vie exemplaire , nommé le père Quiroga c( (et ce fut sur quoi le père DicastiUus le qu^ella tant)^ « qui vint leur déclarer que cette maxime était très- « pernicieuse, principalement parmi les femmes; et il « eut un soin particulier de faire que l'impératrice en a ^Jîolit tout à fait l'usage. » On ne doit pas être surpris des mauvais effets que causa cette doctrine. Il faudrait admirer, au contraire, qu'elle ne produisit pas cette licence. L'amour-propre nous persuade toujours assez que c'est avec injustice qu'on nous attaque; et à vous principalement, mes pères, que la vanité aveugle de telle sorte, que vous voulez faire croire en tous vos écrits que c'est blesser l'honneur de l'Église que de blesser celui de votre Société. Et ainsi, mes pères, il y aurait lieu de trouver étrange que vous ne missiez pas cette maxime en pratique. Car il ne faut plus dire de vous, comme font ceux qui ne vous connaissent pas : Conunent ces bons pères* voudraient-ils calom;nier leurs ennemis^ puisqu'ils ne le pourraient faire que par la perte de leur salut? Mais il faut dire au contraire : Comment ces bons pères' voudraient-ils perdre l'avantage de décrier leurs ennemis, puisqu'ils le peuvent faire sans hasarder leur salut? Qu'on ne s'étonne donc plus de voir les Jésuites calomniateurs : ils le sont en sûreté de conscience, et rien ne les en
' Ces bons pères manque dans les éd. ^1-4" et in-ia. ' Id. : ibid.
peut empêcher; puisque^ par le crédit qu'ils ont dans le moilde^ ils peuvent calomnier sans craindre la justice des hommes y et que^ p€ur celui qu'ils se sont donné sur les cas de conscience^ ils ont établi des maximes pour le pouvoir faire sans craindre la justice de Dieu.
Voilà, mes pères ^ la source d'où naissent tant de noires impostures. Voilà ce qui en a fait répandre à votre père Brisacier jusqu'à s'attirer la censure de feu M. l'archevêque de Paris. Voilà ce qui a porté votre père d'Anjou à décrier en pleine chaire, dans l'église de Saint-Benoit, à ParisS le 8 mars 1655, les personnes de qualité qui recevaient les aumônes pour les pauvres de Picardie et de Champagne^ auxquelles ils contribuaient tant eux-mêmes; et à dire', par un mensonge* horrible et capable de faire tarir ces charités, si on eût eu quelque créance en vos impostures , « qu'il savait « de science certaine que ces personnes avaient détf tourné cet argent pour l'employer contre l'Église et tf contre l'État : » ce qui obligea le curé de cette par roisse/ qui est un docteur de Sorbonne , de monter le lendemain en chaire pour démentir ces calomnies. C'est par ce même principe que votre père Grasset a tant prêché d'impostures dans Orléans^ qu'il a fallu que M. l'évêque d'Orléans Tait interdit comme un imposteur public, par son mandement du 9 septembre dernier', où il déclare « qu'il défend à frère Jean Grasset, « prêtre de la compagnie de Jésus , de prêcher dans «son diocèse; et à tout son peuple de l'ouïr, sous c< peine de se rendre coupable d'une désobéissance
' A Pari$ manque dans les éd. in- 4^ et in-12.
' Los éditions originales portent et de dire, ce qui est une faute, la phrase commençant par : « Voilà ce qui a porté votre père d'Anjou a décrier... » (M. VabbéMa^nard.)
* Dernier manque dans les éd. in-4'' et in-1 2.
DÉMÊtÉ ENTRE M. PUVS ET LE P. ALBY. 273
« mortelle, sur ce qu'il a appris qtie ledit Crasset avait « fait UH discours en chaire rempli de fausseté et de « calomnie contre les ecclésiastiques de cette jrille, leur <( imposant faussement et malicieusement qu'ils soute- « naient ces propositions hérétiques et impies : Que les c< Commandements de Dieu sont impossibles; que ja- « mais on ne résiste à la grâce intérieure ; et que Jésus* « Christ n'est pas mort pour tous les hommes ; et au- « très semblables ; condamnées par Innocent X. )» Car c'est là, mes pères, votre imposture ordinaire, et la première que vous reprochez à tous ceux qu'il vous est important de décrier. Et, quoiqu'il vous soit aussi impossible de le prouver de qui que ce soit , qu'à votre père Crasset de ces ecclésiastiques d'Orléans, votre conscience néanmoins demeure en repos, parce que vous croyez que a cette manière de calomnier ceux qui vous « attaquent est si certainement permise, » que vous ne craignez point de le déclarer publiquement et à la vue de toute une ville.
En voici un insigne témoignage dans le démêlé que vous eûtes avec M. Puys, curé de Saint-Nisier, à Lyon ; et comme cette histoire marque parfaitement votre esr prit, j'en rapporterai les principales circonstances.
Vous savez, mes pères, qu'en 1649 M. Puys traduisit en français un excellent livre d'un autre père Capucin, « touchant le devoir des chrétiens à leur paroisse, contre c< ceux qui les en détournent, » sans user d'aucune invective, et sans désigner aucun religieux ni aucun ordre en particulier. Vos pères néanmoins prirent cela pour eux; et, sans avoir aucun respect pour un ancien pasteur, juge en la primatie de France et honoré de toute la ville, votre père Alby fit un livre sanglant contre lui, que vous vendîtes vous-mêmes dans votre propre église le jour de l'Assomption, où ir l'accusait de plusieurs
PBOVINCIAUS. iS
â7i> QVlffZltME LETTRE.
choses^ et entre autres de « s'être rendu scandaleux « par ses galanteries^ et d'être suspect d'impiété^ d'être a hérétique, excommunié, et enfin digne du jeu^ » A cela M. Puys répondit, et le père Alby soutint, par unse^ cond livre, ses premières accusations. N'estai! donc pas vrai , mes pères , ou que vous étiez des calomniateurs, ou que vous croyiez tout cela de ce bon prêtre ; et qu'ainsi il fallait que vous le vissiez hors de ses erreurs pour le juger digne de votre amitié? Écoutez donc ce qui se passa dans l'acconmiodement qui fut fait en présence d'un grand nombre des premières personnes de la ville, dont les noms Bont au bas de cette page comme, ils sont marqués dans Facte qui en fut dressé le 25 septembre 1650. Ce fut en présence de tout ce monde que H. Puys ne fit autre chose que déclarer « que ce qu'il avait écrit a ne s'adressait point aux pères Jésuites : qu'il avait « parlé en général contre ceux qui éloignent les fidèles « des paroisses, sans avoir pensée d'attaquer en cela la <x Société, et qu'au contraire il l'honorait avec amour. » Par ces seules paroles, il revint de son apostasie, de ses scandales et de fton excommunication , sans rétractation et sans absolution; et le père Alby lui dit ensuite ces propres paroles : « Monsieur, la créance que j'ai eue que <i vous attaquiez la Compagnie dont j'ai l'honneur d'être, « m'a fait jn^ndre la plume pour y répondre; et j'ai cru « que la manière dont j'ai usé m'était permise. Mais,
< connaissant mieux votre intention, je viens vous dé-
< olarer qu'iL n'y a plus rien qui me puisse empêcher « de vous tenir pour un homme d'esprit très-éclsdré, de <r doctrine profonde et orthodoxe, de mœurs irrêpré- « HENSIBLBS, ct, eu uu mot, pour digne pasteur de votre a église. C'est une déclaration que je fais avec joie; je t< prie ces messieurs de s'en souvenir. »
Ils s'en sont souveniis, mes pères; et on fut plus scan-
DÉMÊLÉ ENTRE M. PUYS ET f.Ë P. ALBY. 275
dalisé de la réconciliation que de la querelle . Car qui n admirerait ce discours du père Alby? il ne dit pas qu'il vient se rétracter^ parce qu'il a appris le changement des mœurs et de la doctrine de M. Puys^ mais seulement parce que^ a connaissant que son intention n'a pas été « d'attaquer votre Compagnie, il n'y a plus rien qui l'em- « pèche de le tenir pour catholique, n II ne croyait donc pas qu'il fut hérétique en effet? et néanmoins, après l'en avoir accusé contre sa connaissance, il ne dédain pas qu'il a failli; mais il ose dire, au contraire, te qu'il croit « que la manière dont il en a usé lui était permise* »
A quoi songez-vous, mes pères, de témoigner ainsi publiquement que vous ne mesurez la foi et la vertu des hommes que par les sentiments qu'ils ont pour votre Société ? Comment n'avez-vous point appréhendé de vous faire passer vous-mêmes , et par votre propre aveu, pour des imposteurs et des calomniateurs? Quoi! mes pères, un même homme, sans qu'il se passe aucun changement en lui, selon que vous croyez qu'il honore ou qu'il attaque votre Compagnie, sera pieux ou impie, irrépréhensible ou excommunié y digne ptuteur dt VÉfflise ou digne d'être mis au feu , et enfin catholique ou hérétique? C'est donc une même chose, dans votre langage, d'a^ taquer votre Société et d'être hérétique? Voilà une plaisante hérésie, mes pères; et ainsi, quand on voit dans vos écrits que tant de personnes catholiques y sont appelées hérétiques, cela ne veut dire autre chose, sinon que (( vous croyez qu'ils vous attaquent, » Il est bon> mes pères, qu'on entende cet étrange langage, selon lequel il est sans doute que je suis un grand hérétique . Aussi c'est en ce sens que vous me donnez si souvent ce nom. Vous ne me retranchez de l'Église que parce que vous croyez que mes Lettres vous font. tort; et ainsi il ne me reste pour devenir catholique, pu que d'approu-
276 QtJINZlÉMB LETTHE.
ver les excès de votre morale , ce que je ne pourrais faire sans renoncer à tout sentiment de piété; ou de vous persuader que je ne recherche en cela que votre véritable bien^ et il faudrait que vous fussiez bien revenus de vos égarements pour le reconnaître. De sorte que je me trouve étrangement engagé dans l'hérésie, puisque la pureté de ma foi étant inutile pour me retirer de cette sorte d'erreur, je n'en puis sortir, ou qu'en trahissant ma'conscience, ou qu'en réformant la v6tre. Jusque là je serai toujours un méchant et un imposteur; et, quelque fidèle que j'aie été à rapporter vos passages, vous irez crier partout qu'i7 faut être organe du détnon pour vous itnpuler des choses dont il n'y a ni marque m vestige dans vos livres; et vous ne ferez rien en cela que de conforme à votre maxime et à votre pratique ordinaire, tant le privilège que vous avez de mentir a d'étendue. Souffrez que je vous en donne un exemple que je choisis à dessein > parce que je* répondrai en même temps à la neuvième de vos impostures : aussi bien elles ne méritent d'être réfutées qu'en passant.
Il y a dix à douze ans qu'on vous reprocha cette maxime du père Bauny : a Qu'il est permis de recher- € cher directement, primo bt per se, une occasion pro- € draine de pécher pour le bien spirituel ou temporel « de nous ou de notre prochain , » 1. 1, tr. 4, q. 14, p. 94, dont il apporte pour exemple : a Qu'il est permis à chatf cun d'aller en des lieux publics pour convertir des « femmes perdues, encore qu'il soit vraisemblable qu'on « y péchera, pour avoir déjà expérimenté souvent qu'on (c est accoutumé de se laisser aller au péché par les ca- « resses de ces femmes. )> Que répondit à cela votie père Caussin , en 1644 , dans son Apologie pour la Compagnie de Jésus, p. 48? « Qu'on voie l'endroit du père Bauny, a qu'on lise la pç^ge, les marges, les avant-propos, les